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Mes Trackers Favoris

29/10/2010

MES TRACKERS FAVORIS

Dans cet article, j’effectue un bref retour historique sur les logiciels de conception musicale qui m’ont marqué et que j’ai utilisé.

Aujourd’hui, j’utilise Renoise qui est un logiciel de composition et d’enregistrement audio numérique. Bien que très évolué, il s’appuie sur un concept assez ancien qui date de l’ère de la micro-informatique des années 1987 : le concept des soundtrackers ou trackers.

 

LE CONCEPT DU TRACKING

L’interface d’un tracker est caractérisée par un visuel où l’aspect numérique est prépondérant. D’un premier abord déroutant pour qui est habitué à lire la musique sur des partitions conventionnelles ou sur d’autres systèmes de composition (i.e : les séquenceurs classiques comme Cubase), ce type de programme repose sur la manipulation précise de petits échantillons sonores (ou samples) préchargés en mémoire, lesquels sont joués synchrones avec des vitesses et tonalités plus ou moins hautes, et qui forment des rythmes et des mélodies combinés.

Renoise permet à un utilisateur d’arranger progressivement ces échantillons sonores, sur une partition à défilement vertical appelée « pattern » (ou patron en français).

Le pattern est similaire à un feuille de calcul de tableur, ou à un système musical à base de cartes perforées. Chaque cellule peut contenir au moins une note et un effet. Pour lancer la lecture d’un morceau, le tracker procède ligne par ligne. Il « mixe » les notes situées sur la même ligne, puis passe à la ligne suivante, à une vitesse constante, et ainsi de suite. Afin de faire que l’utilisateur ait toujours une vue active sur la position jouée, le pattern défile de bas en haut. Au sein du pattern, les tonalités apparaissent en notation « anglaise » (exemple : A, B, C, D, E, F#, G, H), et sont principalement entrées via le clavier AZERTY. Les paramètres des notes (volume, orientation stéréo, vibrato, glissando, tremolo, etc…), eux, sont entrés sur une colonne située juste à droite des notes, en mode d’affichage hexadécimal (pour un gain de place visuel). Initialement, un pattern comprend 4 pistes audio digitales, mais progressivement, les logiciels ont pu exploiter la croissante puissance des machines, puis repousser à chaque fois cette limite, selon une logique qui suit celle de la puissance de 2 (8 pistes, puis 16, 32, 64 pistes…). Pour information, les trackers disposent d’un système de visualisation du mixage ligne par ligne. Il peut s’agir de simples vues-mètres, attachés à chaque piste. Le tracker peut aussi comporter des « oscilloscopes », qui représentent le son de chaque piste prise individuellement avant mixage. Parfois, on trouve même un « analyseur de spectre de fréquences« , surtout utile pour la masterisation. Enfin, et surtout, en ce qui concerne les capacités d’édition du pattern, elles sont puissantes. Tirant partie à 100% de l’usage du clavier AZERTY et d’une logique de « raccourcis claviers », les trackers permettent de faciles copier-coller, des transpositions de lignes, de blocs ou de colonnes par simples raccourcis, des substitutions d’échantillons, des remplissages « semi-automatiques » de paramètres. La vitesse de défilement du pattern est facilement modulable, et l’on peut grandement augmenter la définition du pattern en augmentant le nombre de lignes défilant à la seconde. En outre, et afin que le rendu soit plus « naturel », certains paramètres contrôlent un petit délai avant le lancement d’un sample à mixer. D’autres paramètres permettent de faire que le playback d’un sample se fasse à rebours, ou en ping-pong. Certains « saucissonnent » un sample en 256 parties et permettent qu’il soit écouté à partir de l’une d’entre elles. La seule limitation de ce système, fut longtemps qu’il n’était pas possible d’avoir plusieurs paramétrages cumulés dans une seule cellule. Certains effets comme la reverb, la distorsion, le filtre passe haut, passe bas, résonance, ont été longtemps totalement absents du tracker, qui a donc longtemps fourni un rendu semi-professionnel dans le meilleur des cas.

Un morceau complet du point de vue d’un tracker, consiste donc en une série de patterns, pré-enregistrés au clavier AZERTY note par note, et qui s’enchaînent les uns à la suite des autres selon une liste qui commande leur séquence d’exécution. Cette liste est utile dans une logique de gain de place, d’autant plus qu’une majorité de parties musicales sont souvent des couplets repris à l’identique. La qualité digitale du rendu, et la compacité du système de notation, a rapidement fait que le tracker a été adopté par la communauté des programmeurs comme base technique pour des fonds sonores, jeux vidéo, et démos. Les premiers ordinateurs ou premières consoles disposaient de contraintes techniques fortes. Le moindre octet n’était pas de trop, et ce système « économique » a su convaincre un nombre important d’éditeurs. Un genre musical est d’ailleurs né de ce type d’outil. Il s’agit de ces musiques de fond assez « groovy » ou « jumpy » accompagnant les fonds sonores de jeux à succès : le genre Computer Game Music.

D’un point de vue strictement musical, on peut en tout cas dire que si le principe du tracker est cheap (bon marché), et son interface facilite un style un peu trop « mécanique » ou binaire (comme la techno par exemple), la précision de ce type de système de notation est inégalée, et fait du tracker un outil ultime pour les musiques très « techniques », nécessitant un contrôle presque « granulaire » sur la mélodie où sur la mise en œuvre d’effets sonores très précis. Attention : les systèmes MIDI en sont tout autant capables. Mais ils peinent sur la notion de « contrôle granulaire », ce que le tracker fait en fait nativement depuis l’origine.

Protracker

Par rapport à d’autres systèmes de composition et d’autres concepts de Musique Assistée par Ordinateur, le tracker a pour lui deux avantages majeurs en plus du contrôle granulaire précédemment évoqué.

Premièrement : la haute reproductibilité du rendu audio. Pour comprendre en quoi il s’agit là d’un avantage, il faut comparer le tracker au système qui le précède, à savoir un système basé sur des synthétiseurs, qui utilisent habituellement des logiciels appelés séquenceurs, qui pilotent le matériel en suivant une norme de communication technique appelée le MIDI. Les informations des matériels MIDI s’enregistrent dans un format de fichier d’extension .MID. Le problème avec ce type de fichier, c’est qu’il ne contient à l’origine qu’une partition très fine et détaillée. Aussi, jouer cette partition sur un autre système couplé à un autre matériel ou synthétiseur, sonnera donc différemment. Un musicien qui souhaite échanger ses fichiers .MID, ou travailler en collaboration avec d’autres musiciens ou avec un studio d’enregistrement professionnel, ne pourra pas se contenter de cette base. Il devra en réalité disposer, en plus de son synthétiseur et de son ordinateur, d’un système d’enregistrement numérique en plus du système de composition par ordinateur. Sans parler d’une table de mixage, forcément, qui sera nécessaire au processus. Et enfin, la distribution des pistes numériques prises séparément, malgré l’existence d’algorithmes de compression sonore de plus en plus performants (.mp3, ogg, wma etc…), est lourde : un morceau standard simple de 4 minutes comporte souvent une orchestration à 16 pistes minimum, et ferait en gros 40 mégas. Compter 40×16 = 640 mégas, pour un seul titre. On entre littéralement dans la nécessité de communiquer son travail par support matériel (CD). La compression réduit l’ensemble à 64 mégas… au risque d’une perte cette fois-ci sur la qualité… A contrario, un fichier produit par un tracker ( d’extension .MOD, diminutif de « module ») contient en lui-même tous les petits échantillons utiles pour sa propre reproduction, laquelle sera fidèle à 100%, quels que soit les postes des utilisateurs qui se l’échangent. Les échantillons étant « petits » et les pistes étant calculées à la volée et pré-mixées par le logiciel : on se débarrasse du problème du poids des fichiers, du mixage, de l’enregistrement numérique, du cout du home studio. Le partage du résultat final devient aussi simple qu’une pièce jointe au sein d’un mail.

Second avantage : l’ergonomie de l’interface. Il faut savoir que ce qui souvent rebute le plus un musicien dans la mise en œuvre de ses projets est la lenteur ou la lourdeur des outils.  Cette lenteur vient du fait que ceux ou celles qui font les logiciels, ne sont pas encore assez proches de ceux qui les utilisent. En effet, par exemple, certains séquenceurs professionnels abondent en fenêtres « flottantes » se recouvrant les unes les autres… Certes jolies, ce type de fenêtre rend inutilisable les autres qui sont « cachées ». Bien que fonctionnel, l’ensemble complique la vision « globale » du processus de composition et ne permet pas d’afficher clairement et corrélativement toutes les infos utiles, ni d’agir de manière rapide et intuitive sur la structure ou la logique de la composition. Les professionnels compensent ce problème en investissant dans des écrans géants, ou des multiples écrans dont chacun aura une fonction (le premier, affiche le mixeur, le second affiche les pistes audio, le troisième la partition, etc..). Cette solution est réelle, mais couteuse. A contrario, un tracker ne comporte souvent que très peu de « boites de dialogue ». Son interface graphique condense toute l’information dans un seul écran général, et est composée au pire de panneaux rétractables ou d’onglets qui ne masquent jamais la totalité des fonctions vitales, du moins, ne compromettent jamais les allées et retours rapides ni le visuel sur les autres aspects logiciels. Alors que les séquenceurs plus classiques rechignent utiliser des raccourcis claviers, et à se déplacer nativement sur la composition par repères quantifiés, le tracker suit la composition pas à pas, se positionne précisément, puis édite, copie, colle, avec une redoutable efficacité. A tel point que le module finit par devenir un format de fichier « standard », plus populaire que le MIDI.

LES ÉVOLUTIONS MAJEURES

Le premier tracker démontrant avec succès une corrélation positive entre ergonomie et productivité fut FastTracker II du groupe de demomakers Triton. Ce logiciel constitue un tournant, une révolution. Il reprend le concept du tracker en le poussant beaucoup plus loin. Il introduit premièrement à la place de la notion de sample, la notion d’instrument (regroupant 16 samples maximum, lesquels sont à répartir visuellement sur 8 octaves) . Premièrement, la notation s’enrichit avec une position dite de « note off » (relâcher la touche de l’instrument sur la piste active). Chose que les anciens trackers ne « concevaient » pas, car pour eux toute note continue son playback jusqu’à son terme à moins d’être coupée sur la piste par l’entrée d’une commande de volume ou par l’entrée d’un nouveau sample. Ensuite, pour gérer ce nouveau concept d’instrument, FastTracker II mise sur un système entièrement visuel. Chaque échantillonnage peut premièrement être effectué puis retouché directement dans l’éditeur visuel de samples, situé au sein-même du logiciel. Puis, pour affecter un sample aux touches d’un clavier de 8 octaves : un clic de souris sur un clavier virtuel représenté à l’écran suffit. Chaque instrument dispose en outre de paramètres généraux qu’on change par sliders, qui s’appliquent à tout moment sur toute piste. Ces paramètres génériques et ces sliders, permettent d’incroyables économies de temps sur les entrées de paramètres, et même, avec une certaine habileté, de cumuler des paramètres jusque là impossible à cumuler. Ce sont des « enveloppes », courbes multipoints à tracer à la souris, qui définissent graphiquement dans le temps le ‘panning’ (la position stéréophonique), et l’amplitude (la hauteur) du son joué. Là où le tracker classique affiche des chiffres hexadécimaux, FastTracker II propose des graphes effectifs en tâche de fond. Chaque enveloppe guide donc de façon uniforme le « rendu » pour chaque instrument, avec la possibilités de créer une boucle de lecture sur l’enveloppe, de définir la vitesse de fadeout, (le fondu au silence une fois la note relâchée en note-off), ainsi que l’amplitude et la fréquence d’un vibrato. Le tout déleste le compositeur du devoir de paramétrer la chose finement au cas par cas, point par point, note par note au sein du pattern, en mode hexadécimal.

FastTracker II explose en outre les limites classiques du tracker, en autorisant plus d’instruments, des patterns plus longs et de taille variable, plus de pistes mixables simultanément (jusqu’à 32), et l’addition d’une colonne de paramétrage supplémentaire dédiée au contrôle précis du panning et du volume. Le tout avec un moteur de playback d’excellente qualité pour l’époque. Doté d’un amplificateur efficace, avec des possibilités d’édition de pattern avancées, un module de capture en line in, microphone, ou d’extractions de pistes de CD audio, la possibilité d’exporter en fichier WAV le résultat audible du module , une excellente intégration de la souris et des raccourcis clavier, une interface aux couleurs facilement paramétrables… Fast Tracker II est si complet qu’à partir du moment où l’on dispose des samples, tous les aspects de la composition peuvent être gérables en interne, sans avoir besoin de quitter une seule fois le logiciel. La dernière version connue à ce jour de FastTracker II intégrait la gestion des entrées et sorties en MIDI, cependant, il semble que ça soit là le seul point négatif du tableau, dans la mesure où l’ensemble manquait de stabilité et que les plantages étaient nombreux.

Étendant les modules .MOD au delà de leurs capacités usuelles, les fichiers produits par FastTracker II portent une nouvelle extension spécifique extrêmement populaire : l’extension .XM. FastTracker II fut un logiciel étonnant dans son mode de distribution. Il n’avait aucune limitation d’usage ou aucun bridage, d’aucune sorte. L’enregistrement et le paiement de la licence étant facultatif, un problème de rentabilité s’est vite posé. FastTracker II se lançait à l’époque en « mémoire étendue » (dite XMS) depuis une invite de commande MS-DOS, et a été développé en pure perte pour ses auteurs (car ne rapportant logiquement rien). Un logiciel dont le développement ultra prometteur fut donc interrompu en pleine lancée par les inévitables déboires économiques rencontrés par ses auteurs. Bien entendu, d’autres logiciels ont par la suite tenté d’égaler la performance ergonomique de FastTracker II : sans aucun succès. Le seul à se distinguer du lot l’a été pour des motifs complètement différents.

Ce concurrent fut Impulse Tracker 2. Son interface est inspirée par celle de Scream Tracker (programme old school). Elle est beaucoup moins intuitive, mais en contrepartie, bourrée de raccourcis clavier efficaces, au détriment de la souris. Cette interface est disons-le, un peu moche, et ce n’est pas grâce à elle qu’Impulse Tracker 2 s’est distingué. Impulse Tracker 2 a introduit une mécanique de moteur de playback innovante, avec une excellente qualité, capable de gérer non plus 32 pistes mais 64. Impulse Tracker 2 a pour la première fois permis aux utilisateurs de s’affranchir de l’absence d’effet « sustain » sur le son et qui faisait cruellement défaut aux trackers. La stratégie a été de pousser le concept d’instrument encore un peu plus loin. Le principe est de préciser quelle action produire en cas de « nouvelle note ». En effet, un tracker a pour coutume de « couper » systématiquement l’exécution d’un sample si une « nouvelle note » est introduite sur la piste en cours. Impulse a permis de déterminer si le son devait être oui ou non effectivement coupé, ou plutôt s’il devait continuer à être joué en background, jusqu’à ce qu’on le relâche par un « note-off ». Cette simple subtilité a permis aux musiques de gagner globalement en naturel, dans la mesure où, celles qui comportaient des échantillons coupés donnaient le sentiment « mécanique » d’une limitation polyphonique. Cette limitation polyphonique initiale était peut-être concevable lors de la naissance de la micro-informatique où le gain de place et de puissance était vital. En l’an 2000, la mémoire et la rapidité des systèmes rendait cette logique obsolète. Impulse Tracker 2 gère donc le problème du sustain via des NNA ou New Note Actions en anglais. La polyphonie en background est en réalité le produit d’un remaniement complet du mécanisme de mixage des pistes, qui « en interne », peut créer et supprimer à la volée jusqu’à 256 pistes, en fonction des nécessités polyphoniques. Au niveau du moteur de playback, on note en plus  un agréable effet de ((surround)) sur les pistes, augmentant leur présence de façon certaine, et la capacité d’appliquer sur les instruments créés des effets de filtres de résonance et de cut-off, contrôlables par des enveloppes s’ajoutant à celles de panning et d’amplitude que FastTracker 2 aura déjà introduites.  Ces effets de filtres, très prisés par les amateurs de musique techno, leur permettaient des fondus audio et des acrobaties techniques impossibles à produire au préalable. De ce fait, le format propre à Impulse Tracker 2, .IT, s’est tout aussi largement répandu que le format .XM.Les deux logiciels sont restés longtemps au coude à coude et ont contribué à une déferlante de productions de musique électronique domestique.

Cependant, le développement d’Impulse Tracker 2 a lui-aussi cessé.  Ce sont plutôt les évolutions du hardware et du système d’exploitation hôte qui ont eu progressivement raison de ce logiciel. En effet, tant qu’on restait sur des systèmes type Windows 3.1, Windows 95, Windows 97, Windows 98, … encore bootables avec une sous-couche de MS-DOS (ancien système d’exploitation pour écrans monochromes, sans souris, sans graphismes, et avec un système de gestion de fichiers par lignes de commandes)… un usage de ces logiciels restait encore possible, moyennant un redémarrage de l’ordinateur.  Mais l’an 2000 et la sortie de Windows Millenium, bridant volontairement les possibilités de démarrage du système en mode MS-DOS, a sonné le glas de tous les programmes tournant sous ce système, dont les anciens jeux, mais aussi les logiciels comme FastTracker II et Impulse Tracker 2. Bien sûr, il a été ultérieurement et rétroactivement possible de faire tourner ces superbes logiciels dans une fenêtre d’émulateur de MS-DOS de type DosBox. Mais ce type d’émulateur n’avait, dans les années 2000, aucune chance de disposer de la puissance nécessaire sur le système hôte. Faute d’avoir suffisamment de puissance initiale pour alimenter l’émulateur, il fallait configurer le tracker à la baisse, en limitant le nombre des pistes, en optant par exemple pour un son de sortie médiocre, qualité 8 bits, mono ou sur une fréquence de 11K  stéréo maximum, afin d’éviter ralentissements ou effets de saccades… Les concepteurs de trackers sont des programmeurs souvent expérimentés, et la plupart a persévéré sous MS-DOS pour de bonnes raisons. En effet, Windows n’a longtemps été qu’une « sur-couche » graphique, sur la base d’un MS-DOS léger et plus rapide. La lourdeur graphique de Windows, son mode de gestion de la mémoire en 16bits (sous Windows 3.1 en particulier), ne lui a permis aucunement la réactivité visuelle exigée par un tracker. Développer ce type de logiciel sur une plateforme initialement inadaptée… ne s’est pas fait en un jour. Il a même fallu plusieurs années.

WINDOWS : QUESTION D’INTERFACES

La première catégorie des trackers prenant correctement en change l’environnement Windows 32 bits, considère justement les anciennes interfaces apparues sur micro-ordinateurs et sous MS-DOS comme trop déroutantes pour les novices. Soucieux de rapatrier sous Windows 32 bits une véritable communauté de passionnés laissés pour compte, et d’attirer de nouveaux publics, les développeurs soignent premièrement les capacités d’importation de format et  le rendu du playback de fichiers .MOD, .XM ou .IT. Ce rendu tire enfin partie du mode 32 bits natif, et de l’API DirectSound. Les développeurs font majoritairement le choix délibéré d’utiliser les librairies standard de Windows, avec ses boutons, ses cases à cocher, ses listes déroulantes, ses fenêtres multiples se chevauchant, ses onglets, ses polices standard… et sa vitesse d’affichage. De ce fait, l’aspect visuel du logiciel semble moins rebutant. Cette période correspond à l’avènement de programmes comme Modplug Tracker (capable d’importer à peu près n’importe quel format de module antérieur, et de le jouer avec une fidélité et une qualité de sortie surpassant tout). Au terme de son développement, il a été suivi par une version OpenSource, Open MPT. Cette nouvelle version intègre le support de plugins VST (des librairies de code informatique au formal .DLL, compatibles avec tous les logiciels de composition assistée par ordinateur, qui traitent le signal d’une piste audio, et servent à en modifier les caractéristiques en temps réel, pour simuler des effets acoustiques comme l’écho, la reverb, ou la distorsion, mais aussi l’égalisation, le vocoding, le flanger, le phaser, la compression ou la masterisation…). Le tracker intègre aujourd’hui de même la possibilité d’utiliser pour instruments les VSTis (des instruments de musique virtuels diffusés sous forme de fichiers .DLL, pilotés en midi, à l’instar des machines « hardware ». Les sons sont calculés et générés par le processeur de l’ordinateur, ou lus à partir de banques sonores. Ces « Instruments VSTi virtuels » permettent de simuler de vrais appareils comme un synthétiseur, un sampler ou une boîte à rythmes). L’intérêt d’utiliser ces instruments ou effets virtuels est qu’il est possible de faire l’économie de l’achat de racks matériels onéreux et « d’internaliser » ou « intégrer » au maximum dans un même ordinateur tout le potentiel de composition. Il faut savoir qu’en plus des produits professionnels au rendu excellent, il existe des milliers d’effets et d’instruments virtuels gratuits et en libre diffusion sur Internet, dont certains disposent d’une qualité extraordinaire. Le contre-cout de cette intégration, est une inévitable augmentation de la puissance de calcul exigée. En outre, l’utilisation de librairies « externes » au programme hôte, pose le problème de la cohérence visuelle et de l’ergonomie générale, qui retombe sur le problème des fenêtres superposées. En deçà des problèmes de cohésion visuelle, se posent aussi des problèmes de compatibilité inter-plugins : certains se lancent seuls sans trop de problèmes, mais réagissent mal à leurs voisins. Open MPT a eu le mérite d’ouvrir le tracker freeware à cette dimension, sans néanmoins imposer aucun plugin en particulier. Open MPT autorise en outre le chaînage des effets VST et l’assignation de ces chaînes aux pistes, et donc il permet en théorie des rendus plus élaborés, plus professionnels.

Les trackers étaient souvent diffusés sans aucune ressource en matière de samples. A la charge de leurs utilisateurs de constituer leur propre bibliothèques, en puisant allégrement dans les ressources d’internet ou en sauvegardant ceux qu’ils trouvent au sein d’autres modules. A ce niveau, ModPlug Tracker a permis à ses utilisateurs de disposer d’une librairie d’instrument de départ, « prêts à l’emploi ». Il importe en effet et permet d’éditer facilement des banques d’instruments pré-existantes. A l’ouverture, il affiche par exemple les instruments issus de la librairie Microsoft Général MIDI (en important les éléments contenus dans le fichier GM.DLS, délivré avec n’importe laquelle mise à jour de la couche DirectX). Notons en outre que ce tracker a pour lui l’importation-exportion de fichiers MIDI (.MID) intégré. Dans sa version Open MPT, il a permet outre un bon support en natif d’effets DirectX Media Audio comme le chorus, la compression, la distorsion, l’echo, le flanger, l’écho, un égaliseur paramétrique… ces petits effets internes pré-programmés par Microsoft, ne sont pas de grande qualité, et ne disposent d’aucune interface graphique, mais l’avantage, est que tout le monde par défaut en dispose sur Windows, ce qui fait que n’importe quel utilisateur pourra rejouer le module sans rencontrer un problème de playback.  Enfin, si le chainage de plugins ou d’effets DirectX en racks est réalisable sur Open MPT, le paramétrage de ces plugins en temps réel au sein du pattern se fait via une technique de macros midi assez ardue à mettre en œuvre et disons-le très peu intuitive.

Dans un style visuel similaire, MadTracker a historiquement été l’un des premiers à proposer au sein d’un tracker conventionnel les effets VST, puis ultérieurement, les instruments virtuels VSTi qui émulent à grand renforts de calculs des synthétiseurs et dont les notes sont commandées par des instructions MIDI. MadTracker a réussi le tour de force de pouvoir s’interfacer très tôt avec ces technologies. Si Open MPT contrôle les plugins via un système de macros assez opaque, MadTracker opte pour un paramétrage via un système d’enveloppe automation sur les patterns : chaque effet VST peut être modifié via une courbe graphique épousant le cours de chaque pattern, enveloppe qu’on édite facilement à la souris. Optant pour un paramétrage « visuel », MadTracker a permis au tracker d’égaler les logiciels professionnel dans le contrôle des effets MIDI.  Ce logiciel a d’ailleurs assez tôt fait le choix de ne développer aucun effet sonore natif en interne, pour tout confier à des plugins libres de droits et de qualité plus que correcte. Le chaînage de plugins en racks est bien sûr tout autant possible même s’il est visuellement un peu moins ardu de le concevoir sur MadTracker que sur Open MPT. Cependant, MadTracker se retrouve assez souvent confronté au problème de compatibilité, de stabilité global, et de cohésion ergonomique inhérent à l’utilisation de plugins externes.

Si MadTracker a repris de l’avance sur Open MPT en intégrant le support de l’ASIO (accès plus rapide aux entrées et sorties et audio), et de ReWire (concept similaire dans l’esprit à celui qui fut développé dans la suite Office de Microsoft avec COM/OLE/ActiveX qui permet tout en restant dans Word, d’éditer une table en utilisant les menus/fonctionnalités d’Excel), ces deux trackers se sont lentement développés en parallèle, et ont été largement complémentaires du point de vue de leurs fonctionnalités et de leurs apports. Je les qualifierais volontiers d’excellents « éditeurs de modules » sous Windows, qui – entendons-nous – sont et restent très capables… mais visuellement, à vouloir délibérément reprendre le fenêtrage type de Windows et les composants visuels classiques de ce système, ils loupent à mon avis le petit effort ergonomique qui leur reste à réaliser, pour que le travail au sein de leurs interfaces soit plus efficace et pour que la conception de la musique soit nettement simplifiée. Un tracker est – par définition – un logiciel de composition qui dispose d’une interface astucieuse, dotée d’une vraie personnalité, au service de l’efficacité – chose qu’on ne retrouve pas tant que cela finalement dans ces modèles de trackers.

RETOUR AUX SOURCES

En réaction par rapport au choix ergonomiques et techniques d’un ModPlug Tracker ou d’un MadTracker, certains programmeurs expérimentés se sont évertués à se retrouver le « look and feel » si particulier des trackers d’antan, en prenant majoritairement pour référence Protracker ou Fast Tracker II, mais en intégrant autant que possible dans leurs moteurs de playback les logiques et innovation majeures apportées par Open MPT et MadTracker. Trois programmes se sont rapidement détachés.

Scale Tracker

Le premier, est le rejeton d’un projet initialement lancé par un programmeur au nom de code BakTery, clairement nommé FastTracker III, et renommé ultérieurement en Skale Tracker. Skale Tracker est bourré de bonnes idées de départ et vise clairement la succession de FastTracker II. Y arrive-t-il là est la question. Il en reprend tout au moins toute la philosophie visuelle d’origine, et ré-intègre en plus les fonctions les plus populaires de son rival Impulse Tracker 2. Globalement, il fonctionne de façon similaire à son prédécesseur soit en 800×600 plein écran (ou en mode fenêtré), il gère ensuite les samples stéréophoniques, et les affiche en canaux gauche et droits dans son éditeur, à l’instar de ce qui se fait dans un programme comme Sound Forge ; il comporte 64 Pistes, un éditeur de pattern capable d’en afficher 32 maximum, et il utilise le mécanisme des 256 Pistes virtuelles créées / détruites à la volée lors de la lecture pour gérer la polyphonie du sustain et des NNAs ; il supporte le système de multi-enveloppes combinant volume, panning, mais aussi filtres de cut-off, et de résonance. Il détient aussi un système d’édition de paramètre semi-visuel, assimilable à une courbe automation « verticale ». Skale Tracker dispose d’un mixeur d’instruments intégré, mais au gout inachevé, puisque certaines sliders et potentiomètres ne semblent pas clairement corrélés à quoi que ce soit. Cependant, le petit plus de Skale Tracker, est l’intégration facile des plugins VSTs visuels au sein de son interface, qui se chargent et se chaînent assez simplement. Lorsqu’un instrument VSTi est actif, Skale a la possibilité de définir précisément des liens entre chaque contrôleur midi, et une commande de pattern. Si la technique est fonctionnelle, elle reste cependant assez peu « intuitive ». Le petit moins : beaucoup de bugs, de plantages, d’anomalies, de fonctions lacunaires et non implémentées, et surtout, un développement au point mort pendant de nombreuses années, qui laisse en plan un éditeur de samples non finalisé, quelques bugs d’importation/exportation, des imperfections, surtout en rapport avec les plugins. Skale laisse derrière lui à sa décharge une impression d’inachevé flagrante. Il n’en reste pas moins que pour le principal, à savoir la reprise et l’édition des modules XM sous Windows, il est plus qu’honorable. Enfin, Skale est à ma connaissance un des rares trackers de dernière génération portés à 100% au sein d’une fenêtre java. De ce fait, il existe une fascinante version du logiciel tournant directement online, sur n’importe lequel des navigateurs connus, sans aucun besoin d’installation (notez : le logiciel va tout de même demander au navigateur d’être porté par un système d’exploitation assez puissant).

Noisetrekker

Le second, appelé NoiseTrekker, opte pour une philosophie du « tout en interne » courageuse. Doté d’une interface graphique très old school et d’un nombre de piste réduit à 16 maximum, dense et fourmillant de paramètres, NoiseTrekker  renonce aux facilités, aux plugins VST et aux instruments virtuels VSTis. Il « prend acte » d’un problème de cohésion ergonomique, de stabilité, et de reproductibilité inhérent aux plugins. Cependant, il ne renonce absolument pas à prendre en charge nativement les effets DSP les plus utiles pour la techno et la musique électronique en général (21 types de filtres passe bas passe haut, compression, le délai stéréo, et l’écho synchronisés au timing du pattern, la compression, la distorsion, l’overdrive, le flanger, la reverb, le chorus…). Son apport majeur est dans son système d’automation par « sliders » motorisés. Les sliders sont des potentiomètres coulissants sur un plan horizontal et qui « transmettent » au pattern leurs positions lorsque le logiciel est commuté en mode « enregistrement ». Cette transmission permet l’enregistrement des réglages d’effets à la volée, automatiquement convertis en valeurs hexadécimales pendant l’écoute, et écrites dans les colonnes, sans qu’on ait donc à le faire à la main pas à pas. Ce passage de paramètres, rapide, intuitif, entre sliders et pattern et inversement entre pattern et sliders « motorisés », est révolutionnaire. C’est là une forme « primitive » d’automation identique à celle qui existe sur les consoles de mixage professionnelles. L’intégration de ce système dans un tracker freeware est remarquable. Si l’enregistrement des paramètres en est plus rapide, réactif, et simplifié…, la contrepartie est que la lecture du pattern à vue n’en est que plus complexe et ardue. Le tout est effectué sans jamais s’appuyer sur des librairies externes médiocres comme le DirectX Media Audio. En plus de sa gestion des samples 16bits stéréophoniques, Noisetrekker complète cette panoplie par deux synthétiseurs natifs dont l’un est de type « virtual analogue », très complet, et dont l’autre est de type « boite à basse », qui sonne quasiment comme un bon émulateur de Roland TB303. Le visuel de la boite à basse est inspiré du visuel d’un émulateur antérieurement commercialisé par Propellehead, et qui portait à l’époque le nom de « Rebirth ». Inutile de dire que les fichiers produits par NoiseTrekker sont d’autant plus courts qu’il fait un usage intelligent de ses astucieux synthétiseurs internes. Comprenant 10 octaves au lieu de 8 et capable de gérer les entrées et sorties Midi, NoiseTrekker a inéluctablement occupé un temps le devant de la scène. Il a cependant montré quelques limites gênantes dans ses capacités d’importation et exportation d’échantillons, de formats spécifiques, et de modules pré-existants, obligeant ainsi toute la scène à retravailler ses modules .MOD, .XM ou .IT depuis l’origine… En outre l’aspect « graphique » / « visuel » des enveloppes d’instruments sous FastTracker II, ModPlug, Skale ou même MadTracker : est totalement abandonné, au profit d’un visuel un peu ringard, purement numérique à tout casser agrémenté de sliders.  Il en résulte une expérience de tracking « pure », où le rendu du logiciel est d’autant plus excellent que l’interface est pauvre : pas de courbes, pas de potentiomètres rotatifs, même pas d’histogrammes. C’est raid, sobre, et sans fioritures. NoiseTrekker a été développé plus pour une base d’utilisateurs puristes du style technique, pour les concepteurs de mini démos et programmeurs et moins pour des musiciens proprement dits. Comme pour ModPlug Tracker, le logiciel a évolué en Open Source. Sur la base de ce code source, deux branches distinctes ont pu voir le jour. La première est gratuite, la seconde est commerciale.

protrekkr

En ce qui concerne la branche gratuite, elle a pris le nom de « ProTrekkr« . Bien que visuellement très proche du Noisetrekker original, elle a pu être portée sur d’autres systèmes d’exploitation dont Mac OS X, et Linux. Elle apporte avec elle quelques plus, comme la correction d’une multitude de bugs et de bizarreries de playback, des pistes avec des notes multiples et des colonnes effets multiples, l’importation de modules de type .MOD, (c’est déjà mieux que rien du tout), mais aussi, la compression en interne des samples aux format Gsm/Mp3/TrueSpeech… cette logique de compression dégrade un peu la qualité par rapport à des samples « sans perte », mais permet  une réelle compacité des modules produits. L’objectif des auteurs est explicite : Protrekkr est destiné aux informaticiens qui souhaitent agrémenter leurs démonstrations de petite taille, ou jeux, de fonds musicaux de style techno, acid, goa, trance, etc… Les librairies de playback externes sont du reste disponibles pour tout usage au sein de programmes externes ; on peut même rejouer les modules de Protrekkr sur des PSP…

Interface de Renoise

La seconde branche, commerciale, n’est rien de moins que le révolutionnaire logiciel qui va nous occuper copieusement par la suite, à savoir, Renoise. Repris par un programmeur nommé TakTik et quelques acolytes non moins talentueux, le code source de NoiseTrekker sert de base pour l’élaboration d’un tracker « idéal » complètement réécrit pour coller aux aspirations de la communauté tant sur le plan de l’ergonomie que des fonctionnalités du playback. Rebaptisé Renoise, le projet combine donc avec succès les meilleures innovations du tracking de ces dernières années, et en élimine peu à peu au fil des versions tous les inconvénients.

Premièrement, Renoise est multi-plateforme, multi-système  : il tourne sous Windows, Mac OSX, ou Linux, qu’ils soient en 32 bits ou en 64 bits. Il dispose d’un pattern dont la « définition » ou la « résolution » ont été poussées à l’extrême, afin de permettre un lancement des samples avec des petits délais d’une extrême finesse et donc rend possible une réelle humanisation lors de l’enregistrement (surtout lorsqu’il s’agit de travailler en MIDI, l’usage de définition supérieures est presque un passage obligé). Il est doté d’une système d’analyseur de signal (oscilloscopes), d’un analyseur / comparateur du spectre (spectrum analyseur) bi-pistes, et de corrélation de phase, qui le rend immédiatement capable de solutionner des problèmes de mixage simples.

Renoise importe les fichiers XM, MOD, et IT : pour ce faire, il ré-intègre la notion d’instruments multi-samples, d’enveloppes de volume, de panning, de cut-off, de résonance. Il réintègre aussi le système du sustain via des NNA. Renoise réintègre enfin un véritable éditeur de samples stéréo, très puissant, qui peut même enregistrer les échantillons en line-in, à l’instar de ce que faisait l’éditeur de FastTracker II. Cet éditeur de sample, peut tout à fait synchroniser le playback du module et la prise de son en line in, ce qui en fait une arme de choix lors de l’intégration de prises vocales dans une composition.

Renoise et Protrekkr partagent la même philosophie en ce qui concerne les pistes : multi-notes, multi-effets. Toutefois, en ce qui concerne les « effets DSP natifs » (reverb, delay, compressor, distortion, flanger, phaser, EQ…), ils sont gérés avec beaucoup plus de flexibilité. Chaque effet DSP natif est une « instance individuelle ». On peut en rajouter une de plus à volonté sur chaque piste puis les enchainer les instances par simple glisser déplacer sur le bas de l’écran, ou effectuer des déplacements d’instances inter-pistes, sur une fenêtre d’organisation générale, appelée Mixeur. Chaque effet est duplicable, copiable, déplaçable. La création visuelle de racks complexes et de sets de mixages complets devient un jeu d’enfants. Renoise est sur ce point très prisé par les ingénieurs du son en herbe. On peut avoir plusieurs versions du même effet dans la même piste, intervenant à des moments distincts de la même chaine d’effets, et dotées de paramètres différents. Pour gérer de façon hyper précise et granulaire les multiples paramètres de ces racks d’effets complexes, Renoise reprend complètement la logique des sliders motorisés introduite par son précurseur. Mais, ne sacrifiant aucune bonne idée, il autorise aussi pour ceux que le visuel numérique et hexadécimal rebute, une gestion par système d’automation en courbes graphiques couplées au patterns, inspirées de celles qu’on trouve dans MadTracker.

Renoise intègre aussi des innovations jamais développées pour des trackers conventionnels. Premièrement, un système de routage de pistes. Imaginons que l’on souhaite bénéficier de la même réverb sur plusieurs pistes. Soit on duplique le même effet au risque de démultiplier aussi le temps de calcul CPU nécessaire. Soit on route l’ensemble des pistes à réverbérer sur une piste cible sur laquelle on place une et une seule seule instance de reverb  : économisant ainsi de la puissance CPU. Les routages permettent une élaboration plus rationnelle des racks, et souvent, une relative efficacité en terme de consommation de ressources CPU.

Autre innovation : les méta-périphériques (meta-devices) qui sont des « contrôleurs logiques » d’effets. Les méta-devices se lient à des effets standards, et les contrôlent d’une façon semi-automatique ou alors en fonction d’autres sources d’entrées complètement inattendues ou de type différent. Par exemple, on trouve en meta-devices le périphérique XY : il est simplement capable de capturer le positionnement de la souris sur un carré sensible, et d’en déduire des coordonnées XY lesquelles sont ainsi « passées » en paramètres à un effet quelconque (panning, volume, fréquence de feedback de reverb, de phaser etc..) et ce dans n’importe quelle piste. Ce périphérique autorise donc un contrôle visuel et moteur des paramètres différent du contrôle graphique des courbes automation, et différent aussi du contrôle numérique hexadécimal imposé dans le pattern. On trouve par exemple en meta-device, un LFO (oscillateur basses fréquences), qui est capable de produire des variations de paramètres en boucle cyclique infinie. Les LFO épargnent aux utilisateurs de tracer manuellement des courbes automation sinusoïdales répétitives tout au long de la même composition. On trouve des contrôleurs repassant des paramètres en fonction de la hauteur des notes dans la piste en cours, ou de l’amplitude du son audio… jusque dans une autre prise. Enfin, les contrôleurs de type meta-devices se chaînent mutuellement les uns les autres et se modulent mutuellement. On gère et on déplace ces nouveaux méta-devices exactement comme les autres effets : par glisser déplacer sur les pistes ou le mixeur.

En ce qui concerne les plugins VST et VSTis, Renoise les intègre avec beaucoup plus de réussite et de « tolérance » que les autres trackers. La gestion de librairies .DLL externes est souvent sujette à plantages du fait que certaines plugins cohabitent dans la même application hôte mais font en interne appels à des modes de gestion de la mémoire différents et à des résolutions de temps différentes, et à des instructions codées sur un nombre de bits différents pour des processeurs pas toujours identiques (32 ou 64bits). La cohabitation de plusieurs plugins au sein de la même interface est donc assez problématique. Renoise autorise des « modes de lancements alternatifs » pour chaque plugin, ainsi qu’un adaptateur capable d’utiliser les plugins 64 bits, même sur une plateforme 32 bits, qui atténuent ainsi les risques de plantages.

Le playback des plugins est aussi meilleur, grâce à une technologie récemment implémentée : APDC ou automatic plugin delay compensation. En effet, vu le temps de calcul nécessaire à l’émulation de certains synthétiseurs virtuels, le démarrage d’un sample et d’un instrument virtuel sur un tracker standard n’est pas 100% synchrone. Avec Renoise, le chargement de chaque plugin en mémoire fait l’objet d’un test interne caché où le logiciel calcule automatiquement le délai existant entre l’initiation d’une note et l’audition effective de la note. Une fois ce délai calculé, Renoise le compense automatiquement en retardant le playbacks des autres samples ou instruments afin que l’ensemble s’exécute de façon parfaitement synchrone.

Les plugins VST ont aussi ceci de problématique que leurs interfaces de modification des paramètres, sont souvent très graphiques, et même agréables pour certaines ; elles forment cependant des jolies fenêtres dont le look n’a souvent rien de cohérent avec les autres plugins, et encore moins avec le look de Renoise. Le réglage des paramètres d’un plugin « recouvre » le champ de vision de l’utilisateur et entrave d’autres fonctions du tracker.  Renoise trouve à ce problème une solution élégante. Pour permettre une préservation de l’aisance du travail sans sacrifier néanmoins la possibilité d’user des plugins VST, il propose 2 modes d’édition et de modification des paramètres des plugins : (1) avec l’interface graphique du plugin – avec les inconvénients que ça peut comporter, (2) sans aucune interface graphique spécifique : chaque paramètre du plugin VST étant accessible au sein d’un encart similaire aux effets DSP natifs où s’alignent des sliders (automatables) ; pas folichon sur le plan esthétique, mais au moins pratique, facile à intégré dans les racks, et facile à automater.

Dernière révolution unique en son genre et introuvable ailleurs en rapport avec la technologie VSTis : le plugin freeze. On le sait certains instruments virtuels basés sur des bibliothèques d’échantillons font parfois plusieurs giga octets : et l’exécution d’un instrument virtuel est en outre assez gourmande en temps de calcul. Aussi, échanger des modules entre musiciens n’est pas aisé et il n’est pas pensable de communiquer le plugin dans son intégralité avec le module. En outre, cumuler 4 ou 5 instruments virtuels peut – en plus des problèmes d’instabilité, rapidement manger une bonne partie de la puissance CPU, et diminuer les perspectives d’une composition riche en pistes et effets spéciaux. Ce problème affecte la majeure partie des solutions de musique assistée par ordinateur, qu’elles soient professionnelles ou non. En ce qui concerne les solutions adoptées par les professionnels, elles sont du même bois que les autres : énormes, nécessitant encore plus de place disque, ou alors un matériel externe délestant la charge de CPU. Par exemple, sur une solution comme Cubase 5, il est possible de cumuler plus d’instruments virtuels, et plus d’effets VST, en figeant les possibilités d’édition de certaines pistes, autrement dit en effectuant un « track freeze« . Une piste/séquence gelée, n’est plus directement éditable, elle peut donc être pré-rendue, sur une piste audio temporaire brute, non compressée, stockée telle quelle sur un espace de disque dur dédié. Au moment du replay, au lieu d’utiliser tout le CPU pour recalculer à nouveau le rendu d’un instrument virtuel, Cubase 5 s’appuie entièrement sur la piste audio temporaire précédemment créée. D’où un traitement globalement plus rapide. Cette technique est fonctionnelle, mais relativement lourde, car elle interdit de rapides allées et retours dans le mode d’édition des séquences.

Voyant que ce sont les instruments virtuels qui sont les plus lourds au niveau de la puissance de calcul, Renoise s’est concentré sur une façon de remplacer un instrument virtuel par une « capture » simplifiée du même instrument, capture utile en cas de surcharge processeur. Renoise dispose d’un mode d’analyse qui se charge d’effectuer en background un pré-rendu de chaque note produite par un instrument virtuel désigné. Ce pré-rendu est stocké ensuite sous forme de multiples courts samples, lesquels, sont automatiquement alignés sur les 8 octaves d’un clavier virtuel. Le tout forme un nouvel instrument, beaucoup moins exigeant niveau ressources. Le plugin freeze autrement nommé « plugin grabber » ( grappilleur de plugin) est une technique unique en son genre, d’habitude réservée aux détenteurs de systèmes de sampleurs pro onéreux, et qui permet aux musiciens d’intégrer directement dans leur modules une qualité de rendu ne nécessitant aucune installation de programme tiers ou de DLL tiers. Le plugin grabber permet de récupérer l’âme de bien des instruments virtuels, sans souffrir du temps de calcul nécessaire qui va avec, et aussi, d’échanger sans trop de contrainte un module. Cette technique a cependant ses limites : certains instruments virtuels sont enrobés de toute une série d’effets qui se propagent sur le long terme, et qu’il faudra dans ce cas désactiver avant le plugin freeze pour les réintroduire ultérieurement sur la piste.

Autre révolution : la simplicité de la liaison entre contrôleurs MIDI et sliders de Renoise. On sait à quel point le paramétrage entre solutions MIDI et logiciels de composition assistée par ordinateur est tâche ardue et technique. On a même vu précédemment que les autres trackers permettaient une gestion des entrées et sorties MIDI, via des systèmes de macro ou un paramétrage qui nécessitaient de connaître précisément les fonctions de chaque contrôleur ainsi que leurs « codes » MIDI. Renoise transforme encore une fois cette corvée en jeu d’enfant. Un mode « MIDI MAP » spécial permet de définir les liens entre l’interface graphique du logiciel, et l’interface mécanique d’un contrôleur MIDI (bouton, potentiomètre, slider, molette, poussoir, ruban tactile, joypad XY, etc…). Après avoir sélectionné le moindre composant de l’interface graphique, l’utilisateur bouge l’un des éléments mécaniques du contrôleur MIDI. Il n’en faut pas moins à Renoise pour établir intuitivement une corrélation, et une assignation automatique. Les sliders de Renoise (exemple, le slider d’un plugin VST effectuant un pitch shift) bougent ainsi en fonction des mouvements des sliders sur l’interface MIDI (exemple, une molette de pitch bend).

Le format de fichier produit par Renoise est le .XRNS, pour Extended Renoise Song. C’est certainement le format de fichier le plus simple qu’il soit, puisqu’il est en réalité composé d’un fichier de type .xml, comprenant absolument toutes les données propres au module, de la liste des racks aux séquences du pattern, suivi d’un répertoire comportant tous les samples utiles.Le fichier .xml se lit avec n’importe quel navigateur. l’ensemble est simplement compressé avec l’aide d’un algorythme classique type .zip. Ni plus ni moins. Le format de fichier est d’une telle clarté qu’il permet à n’importe qui de coder des générateurs de musique aléatoire, par exemple, ou d’éditer la structure des effets, des enveloppes, ou des notes en dehors même du logiciel.

TakTik et son équipe de développeurs chevronnés, ne font pas économiquement l’erreur qu’a pu faire Triton avec FastTracker II. Renoise est un logiciel formidable, mais certaines de ses fonctionnalités les plus importantes comme le fonctionnement en ASIO, permettant d’éliminer les latences matérielles pour de bon, ainsi que l’exportation des modules en WAV n’est pas possible sans donner son obole. Ce système de bridage autorise l’essai des fonctionnalités principales du logiciel, et garantit un minimum de viabilité économique au serveurs hébergeant la communauté (forums, tutoriels, espace membres, etc…).

Les concepteurs du logiciel Renoise ne semblent cependant actuellement pas concernés par l’utilisation de leur moteur de playback dans des démos, ou jeux vidéo. Ils n’ont pas produit de routine de playback indépendante, ni conservé au sein du code de Renoise les 2 synthétiseurs natifs qu’on trouve dans NoiseTrekker, ou Protrekkr. La solution qu’ils proposent n’est en fait  uniquement vouée à satisfaire un public restreint de techniciens ou de programmeurs. En témoignent les efforts ergonomiques notables qui émaillent chaque nouvelle version logicielle, qui simplifient l’accès aux domaines les plus ardus de la MAO, et qui ouvrent ce tracker (initialement rebutant) à un public de plus en plus larg et souvent définitivement conquis. Bien entendu, Renoise ne s’épargne aucun public, même celui qui affectionne toujours l’aspect et l’esprit des tout premiers trackers. S’ils le veulent, les amateurs de programmation peuvent mettre les mains dans le cambouis, et customiser ou étendre certaines des fonctionnalités du logiciel, en programmant des extensions en langage de script de type « LUA ». Il s’agit là d’une logique équivalente à celle qui est proposée par Firefox et ses modules complémentaires, capables d’étendre les fonctionnalités initiales de l’interface graphique, sans toucher au noyau dur des fondamentaux, de la structure des modules, et du système playback.

Des exemples d’outils écrits en LUA par de fidèles passionnés membre de la communauté Renoise ?
– du Track Freeze (à la Cubase 5, mais pas pour le même budget)
– des synthés virtual analogue « internes » qui génèrent des instuments renoise .xrni utiles, au son puissant et impeccable
– des apreggiateurs et steps séquenceurs
– des exporteurs de samples sur des formats audio exotiques ou des exporteurs de modules au format XM ou MIDI
– des fonctions de TimeStreetch/Pitch Shift de qualité intégrées à l’éditeur de samples
– des outils utiles, comme nettoyer de courbes d’enveloppes automations (pour diminuer les points inutiles, alléger le buffer et libérer de la puissance CPU)
– des redimensionneurs de patterns (qui repositionne les notes parfaitement)
– des solutions live, des lanceur de clips 100% synchrones  (pour faire comme dans Ableton Live mais en restant dans renoise),
MIDI-mappables avec des pads midis, et capables de mixer les clips entre eux

On compte des centaines d’outils (!), régulièrement optimisés et mis à jour, qui s’installent par glisser déplacer qui constituent une incroyable valeur ajoutée au logiciel.

Les points faibles du logiciel ? Il y en a peu mais ils existent.

L’importation de vieux modules .XM ou .IT est tout juste « correcte », mais forcément, le moteur de playback dispose d’un timer interne dont la définition ultra augmentée n’a absolument plus rien en commun avec le timer d’un tracker standard ; la gestion des vibratos, glissandos et portamentos est structurellement si différente, que la restitution exacte et parfaite de subtils effets dans les colonnes d’effets n’est pas fidèle à 100% … et d’après ce que j’ai pu lire, elle ne compte pas l’être. L’import est possible, mais pas l’export : car ce n’est là qu’une base pour un re-travail complet sur les pistes et sur la logique du module, dans une interface différente obéissant à des systèmes de contrôle différents. FastTracker II ou Impulse Tracker 2, étaient loin de fonctionner de façon cohérente et claire dans certains cas. Le playback de FastTracker II comporte certaines anomalies ou zones d’ombre qui auraient du – et n’ont pas été corrigées. Le problème, c’est que bien des modules XM se sont accommodés de ces bizarreries. Or, la communauté des utilisateurs de Renoise, relève la moindre incohérence et anomalie de comportement avec pour espoir de la voir résolue ou corrigée. De la sorte : il est difficile de demander à un tracker comme Renoise, évolué, nettoyé au maximum de ses imperfections logiques, de reproduire parfaitement un logiciel qui a conservé les siennes.

Enfin, en matière de défaut, on en relève quelques uns qui restent somme toute mineurs et seront probablement gommés dans des versions ultérieures : les polices utilisées par le logiciel dans l’interface ne sont pas vectorielles. Plus la taille de l’écran augmente, plus elles s’amenuisent, au point qu’on ait parfois presque besoin d’une loupe. Les instruments et effets VST sont listés dans des boites qui ne permettent aucune organisation par glisser-déplacer… il devient pénible de les gérer quand on en dispose de plusieurs centaines – ce qui est mon cas.

Malgré ces ridicules réserves, je peux affirmer que Renoise fait et fera l’affaire de mieux en mieux. Adapté autant qu’aux geek du tracking tout autant qu’aux grand public, Renoise se révèle être un outil de composition et d’enregistrement numérique extrêmement puissant, polyvalent, et en plus, abordable : le cout de la licencse d’usage est ridiculement bas comparé aux logiciels pro leaders. Il n’existe à ma connaissance aucun autre logiciel de cette catégorie disposant d’un tel rapport qualité prix et pourtant toujours doté d’une marge de progression encore très importante.

MilkyTracker

Vu que Renoise se refuse à reproduire correctement les modules XM, et que Skale Tracker finalement peine à aller plus loin que son modèle initial sans planter ou présenter quelques lacunes, on cherche toujours un très bon éditeur de fichiers XM sous Windows. Dans ce registre, MilkyTracker s’en sort bien et il constitue même une sérieuse alternative à Skale. L’interface de FastTracker II est ici encore une fois une évidente source d’inspiration – bien qu’elle soit moins réussie et moins attractive que celle de Skale Tracker.

MilkyTracker lit, édite, et exécute à la quasi perfection les modules XM. Il tente même de reproduire les subtiles incohérences de fonctionnement de son modèle initial, chose que Renoise a renoncé à vouloir faire. A ce jour, on ne rencontre presque plus aucun problème de playback, de compatibilité, de plantage, à quelques rares exceptions prêt. En outre, son éditeur de sample intégré est plus abouti, plus complet, que celui de Skale. Il dispose même d’un simple clic sur le bouton droit, de générateurs d’ondes, capable de produire des formes sonores simples, sinusoïdales, en dent de scie, ou même en bruit blanc, formes qui servent de « base » à la constitution de chiptunes.

Si vous souhaitez plutôt vous concentrer exclusivement sur le format .XM, MilkyTracker est la solution fiable du moment. Le point fort de MilkyTracker ne réside pas exactement dans ses capacités d’importation et de restitution de vieux modules datant des années 90. C’est surtout un programme qui, porté sous Mac OS X, Linux, mais aussi Amiga OS, Windows Mobile, PDAs, mais aussi plus récemment sous Android : universalise à un degré extrême le concept du tracker et le format .XM.

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