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Star Wars VII : la Force du Retour (Sur Investissement)

28/12/2015

Une critique reflète souvent autant voire d’avantage les capacités esthétiques et artistiques du critique lui-même que l’œuvre dont il est question. Cet article parlera du film, mais aussi, de la personne qui a pu le voir.

Une réalisation parfaitement adaptée au scénario

Un film n’est pas seulement une histoire, un script, un scénario, c’est aussi une vision, une réalisation, un ensemble de choix qui vont du casting des acteurs à la direction des acteurs, du choix du cadre, des plans, du rythme à donner sur la base du script, du montage des scènes, et de l’alchimie entre image et son.

Et là dessus, le film est très réussi.

N’étant pas ingrat, je ne saurai dans un premier temps dénier les qualités indéniables de la réalisation. Le réalisateur JJ Abrams, est un homme capable de talent, il l’a déjà démontré à maintes reprises, et son travail reflète une maîtrise du genre peu commune, une audace et une aisance visuelle parfaitement adaptée à l’exercice.

On peut aller voir Star Wars VII rien que pour le tour de force que représente cet exercice majeur dans la vie d’un réalisateur que de conduire un tel ouvrage.

Disons avec le recul qu’il aura été l’homme le plus adapté à ce genre de projet, dans la mesure où il a su se plier à l’exercice, qui est en soi, une œuvre de commande au budget et aux enjeux colossaux, impulsée par Disney, il faut le dire, sans toutefois se soumettre totalement et perdre son audace et sa créativité, sur le plan visuel.

Le choix des effets pratiques et la mise en retrait des effets générés par ordinateurs a été véritablement une réussite participant à l’immersion des acteurs comme des spectateurs. Parlant d’immersion, disons que les précédents Star Wars pouvaient souffrir d’une certaine forme de distance panoramique, en particulier lorsqu’il s’agissait de montrer l’aspect effroyable de la machine impériale. Ici, le réalisateur nous introduit directement dans une scène à vue d’homme et fait le choix de montrer au plus prêt une scène de massacre de villageois. On ne peut pas mieux faire pour sensibiliser le spectateur à la menace que représentent les « nouveaux » vilains.

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A partir de là, le rythme global du film est bon, le montage est bon. Le ton du film, très légèrement comique, est aussi émaillé de pauses nostalgiques, en particulier au moment où les héros de la première trilogie refont surface. Certains clins d’œils trop appuyés à la première trilogie parcourent la mise en scène, en particulier, la scène du jeu d’échec holographique à bord du Faucon Millénium, qui recycle un visuel déjà vu, et qui n’apporte rien à l’histoire.

Sans cela, le visuel global du film ne trahit pas celui de G. Lucas dans la première trilogie, il est même extrêmement fidèle, et les décors de fond sont particulièrement bien choisis, et bien rendus. En plus de cette fidélité, certains défauts de la trilogie d’origine auront été solutionnés. On peut même dire que la version de JJ Abrams de « La Cantina » est mieux faite, on se croirait vraiment en présence de créatures extraterrestres ; ses propres énergumènes galactiques, sont nettement plus réalistes ; ils font passer les figurants de la première trilogie pour ce qu’ils sont, des acteurs revêtant des masques grotesques et mal réalisés.

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La grosse participation d’Harrisson Ford dans ce film est tout à fait remarquable :l’acteur n’a non seulement pas oublié son personnage, il EST Han Solo, avec tout de même trente ans de plus, ce qui est parfaitement logique.

Vu le contexte, et les enjeux économiques qui portent ce projet commercial, ma première question n’était pas de savoir comment le réalisateur pouvait réussir ce projet, mais surtout, comment il allait « bousiller la franchise » dans l’atteinte des objectifs commerciaux qui sont fixés en amont du projet.

Car : c’est globalement ce qui se passe quand les enjeux commerciaux sont grands, voire, énormes, et que le réalisateur manque de carrure et de métier : les enjeux emportent tout sur leur passage, de la cohésion de l’œuvre, à sa signification, en passant par la dimension artistique et socio-culturelle qu’elle peut avoir aujourd’hui.

Mais disons que le réalisateur a semble-t-il eu l’habileté de réaliser parfaitement ce qu’on lui a demandé, en négociant ici ou là des petits lieux de liberté pour la réalisation, sans toutefois aller au delà d’une certaine limite.

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Le casting de la nouvelle héroïne Rey, est correct ; je n’irai pas baver devant sa prestation, très expressive, très énergique et très volontaire ; disons qu’elle se bat d’une façon assez naturelle et spectaculaire, certains diront qu’elle surjoue, et qu’elle est trop expressive, mais après tout, c’est une question de point de vue, dans la mesure où vous pouvez revoir le visage de Mark Hamill quand il apprend qui est le fils de son père, et après tout, suite à cette performance inoubliable, on pourra dire que l’expressivité faciale de la nouvelle héroïne, n’est pas si problématique. Ce n’est pas le casting qui pose problème ni même le jeu de l’actrice, c’est juste ce qu’on lui fait dire ou faire, qui reste uni-dimensionnel. Cette héroïne est une héroïne antique : la force est « déjà » en elle, elle n’a qu’à la laisser ressurgir. Et comme c’est la meilleure, elle gagne toujours, elle n’est jamais mise en danger, réellement, on n’a pas une seule fois peur pour elle.

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Le casting de Poe Dameron, est bon, l’acteur dégage beaucoup d’assurance et il incarne bien ce « pilote ultra chevronné » qui a fait toutes les batailles de la rébellion, mais là, une fois le portrait du héros défini : le scénario et le script n’en fait rien qui lui permette de cabotiner mieux que cela avec les autres. Après sa rencontre avec Finn, il disparaît pendant une bonne partie du film pour ne réapparaître qu’en tant que meneur de la cavalerie pour les dernières scènes de combat de X-Wings.

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Le casting du stormtrooper raté et déserteur, Finn injecte une touche de comédie qui fait le contrepoint du sérieux de l’héroïne, même si finalement, le scénario n’offre qu’assez peu l’occasion de développer entre eux des interactions suffisantes, ce genre d’interaction qui rendait les périples des Han, Luke et Leia, intéressants à suivre.

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Enfin, le casting du vilain, Kylo Ren, est à la fois très bon, et gâché, car l’acteur parvient tout à fait, sous son masque et par ses postures, à dégager cette agressivité et cette pression malsaine qu’on attend de lui. Mais, dès lors qu’il retire son masque, on constate qu’il n’a au niveau du facies, rien qui le marque, physiquement, et qui expliquerait qu’il protège son visage de la sorte. Le fait de le voir retirer son masque, pour dévoiler qu’il n’a aucune marque accidentelle comparable à celles de Palpatine ou de Vader, le transforme soudain en un espèce de cosplayer du côté obscur – ce qu’il est pratiquement du reste, comme cela est quasi confirmé sur le plan du scénario.

Pourrait-on reprocher à JJ Abrams d’avoir co-écrit le script du film avec le scénariste de l’Empire Contre-Attaque (pour que la fidélité à l’histoire Star Wars soit respectée), et avec celui de Toy Story (pour que Disney puisse vendre en grande surface ses putains de jouets BB8 radiocommandés à 170€ l’unité) ? Non, le choix des co-scénaristes est logique. C’est juste que l’inspiration commune de ces trois hommes pourtant pleins de bonne volonté au départ, n’aura pas eu la force de lutter contre … le pouvoir du retour sur investissement.

La force du retour au même scénario

Je sais vous vous attendez à ce que je me mette à déclarer que cet article contient des révélations, des fameux « spoilers », sur des points clés de l’intrigue. Spoiler c’est révéler des choses qui gâchent le plaisir d’un tournant dans la compréhension d’une intrigue. C’est par exemple, révéler le nom du meurtrier dans une enquête d’Agatha Christie, avant d’avoir vu le film. C’est tuer le mystère, tuer le plaisir de la découverte.

Mais je voudrait juste vous avouer ceci que, même si je souhaitais franchement et sincèrement révéler quoi que ce soit de mystérieux, aujourd’hui, sur l’histoire de ce nouvel opus, je ne pourrais vraiment y parvenir.

Je peux vous spoiler tout le film que vous seriez déçus non pas de connaître ses secrets, mais quelque part, de les connaître déjà.

Vous savez déjà que le premier nom du vilain au sabre rouge, ce n’est pas Darth Vader, mais c’est « Anakin Skywalker », qui donc, est le père biologique de Luke Skywalker, le héros de la première trilogie, qui traverse toutes les phases classiques de la trajectoire d’un héros moderne.

Et, spoiler, ça aurait été de révéler officiellement ceci, le jour de la sortie mondiale de « l’Empire Contre-Attaque », que Darth Vader est le père de Luke, histoire de ruiner l’effet choc de la révélation finale du second film de la trilogie écrit par le même scénariste choisi pour cette suite. Ruiner la réplique : « …JE, suis ton père ». La phrase qui a fait rentrer Star Wars dans le domaine du « mythe », où le drame familial vient en sur-couche ou en sous-couche de la logique « d’initiation » qui apparaît au premier plan. Et c’est à peu près ce à quoi n’importe qui, fan ou pas, peut s’attendre lors de la reprise de cette franchise : un nouveau coup de théâtre familial. Mais à ce jeu-là, disons qu’une fois que la cartouche a été tirée de la sorte, on peut à nouveau appuyer sur la même détente, niveau scénario, trente ans plus tard, mais, quelque part, le cerveau est comme à peu près désensibilisé, et cette ficelle ne fonctionne plus très bien.

Spoiler, c’est donc bel et bien gâcher le plaisir d’un coup de théâtre ou d’un secret ou d’un mystère, et il est donc convenu qu’il ne faut pas spoiler un film. Mais si d’aventure il n’y avait pas de mystère ? Et s’il n’y avait dans une galaxie lointaine et très lointaine : rien que des courses poursuites de vaisseaux rebelles et impériaux, et pour le reste, absolument rien eu de nouveau ?

Rien de nouveau  sous les soleils de Tatooine / Jakku

S’interdire de révéler un mystère qui n’existe pas, ou qui n’est même pas révélé dans le film, n’est qu’une précaution qu’on pourra finalement juger comme étant inutile.

Par exemple, apprendre que Kylo Ren (le vilain de l’histoire avec un sabre laser rouge), a été entrainé dans son enfance comme aspirant Jedi. Que Kylo Ren a basculé du côté obscur plus tard. Que Kylo Ren en basculant a trouvé tout à fait légitime d’éliminer (massacrer) les jeunes Jedi de son académie. Que Kylo Ren traque aujourd’hui les Jedis qui pourraient subsister dans la galaxie.  Qu’il recherche Luke Skywalker anciennement maître à l’académie. Qu’il utilise le côté obscur de la force. Qu’il s’adresse à un maître à la tête hideuse et à la voix caverneuse qui lui apparaît de façon holographique et qui le « guide » vers le côté obscur. Qu’il porte une cape noire, un masque, et que sa voix passe par un démodulateur afin de la rendre plus grave. Qu’il est allié à des Nazis de l’espace qui portent des uniformes similaires à ceux de l’Empire, que ce soient les officiers ou les soldats, des Stormtroopers. Et enfin, qu’il est un membre de la famille Skywalker. Mais, est-ce là une série de faits scénaristiques nouveaux, mystérieux, qu’il ne faudrait pas spoiler de peur de choquer les fans qui souhaitent en apprendre plus par eux-mêmes sur cet univers et l’histoire qui l’habite, en consommant ce tout nouvel épisode ? N’est-ce pas justement une trame que nous connaissons déjà, et pour certains, par cœur ?

Et si nous la connaissons déjà, alors, nous ne sommes techniquement pas en mesure de gâcher le plaisir de la découvrir.

Aussi, apprendre que ce nouvel aspirant au côté obscur (Kylo Ren), est un Skywalker, soit, le petit fils d’Anakin Skywalker… est-ce nouveau ? Puisqu’on savait grâce à Yoda, que Leia était la sœur cachée de Luke Skywalker, et ceci, depuis l’épisode 6, « Le retour du Jedi », on pouvait déjà en déduire qu’elle serait à l’origine d’une nouvelle « branche familiale » avec des sujets potentiellement sensibles à La Force. Séduite par Han Solo (qu’elle embrasse passionnément au moment de la conclusion de la première trilogie), Leia aura donc eu une descendance avec Han, et sa descendance sera donc « sensible à la force ».

Savoir que cette descendance « tourne mal », et répète, fidèlement, presque d’une façon désespérée et même désespérante, le parcours exact du grand-père, Anakin Skywalker, voilà qui justifie la réalisation d’un Épisode VII marqué d’une répétition scénaristique flagrante, et qui, du coup, déconstruit complètement la valeur – même du parcours héroïque de Luke Skywalker, pourtant clairement construite à travers la précédente trilogie cinématographique.

Rebooter le rebattu pour re-sensibiliser le spectateur au même contenu

Dans le registre de la nécessité de rebooter la trame  principale de la franchise, après une décennie d’interruption cinématographique pure, dressons un constat réaliste : trente ans après la victoire de Luke et d’Anakin enfin réunis contre Palpatine, la galaxie de Star Wars n’a absolument rien appris de cette histoire légendaire, elle n’a rien compris, rien intégré, rien dépassé, elle n’a concrètement pas évolué d’un iota:

  • les Nazis de l’espace sont toujours aussi puissants, aussi organisés, aussi riches pour construire des croiseurs interstellaires, et pour reconstruire une énième étoile / satellite de la mort
  • la restauration de la République est toujours menacée par les Nazis de l’espace, et la princesse Leia Organa, dirige une flotte de Résistants…
  • Un général Hux (Tarkin bis repetita), toujours aussi rigide, aussi mal fagoté, prétentieux, teste son canon de la mort contre des planètes résistant au pouvoir de son ordre de Nazis de l’espace et les détruit en une seule frappe
  • les Nazis de l’espace sont toujours eux-mêmes commandés par un ordre noir supérieur, qui utilise le côté obscur
  • Le vilain au sabre laser rouge, est toujours flippant, derrière son masque, il terrorise autant ses ennemis que ses supposés alliés sur les vaisseaux qui le transportent, il utilise exactement la même prise que Darth Vader pour effectuer des strangulations
  • Ce vilain est un chevalier Jedi ou aspirant Jedi déchu, membre de la famille Skywalker
  • Ses stormtroopers sont entrainés et instruits (lavés du cerveau) par le Capitaine Phasma, qui porte la même armure qu’un Stormtrooper mais en chrome, et… le scénario n’en fait rien de particulier
  • L’héroïne est une Skywalker qui s’ignore, qui vit comme Luke dans sa jeunesse sur une planète désertique ; elle ignore sa vraie famille, et elle découvre au fur et à mesure de son parcours et de ses confrontations, que « la force est avec elle »
  • confrontée à Kylo Ren, elle résiste à son pouvoir mental dans un premier temps, et découvrant le pouvoir de la force en elle pendant un combat final au sabre laser contre lui, elle parvient à le mettre physiquement en échec
  • les rebelles doivent toujours mener un raid contre un satellite de la mort, annuler son champ de force protecteur, et tirer sur son point faible pour le faire exploser, et à la fin du film : le champ de force saute, et boum, le satellite explose, victoire.

Tout se passe comme si on ne sait quel traumatisme avait tant produit de refoulement dans le cerveau du spectateur lambda, tant d’oubli, tant d’amnésie, qu’il aura eu besoin de revoir une énième déclinaison du même scénario, pour se réintroduire correctement dans cet univers avant de consommer ses suites (l’épisode 8 et 9) et tous ses produits dérivés.

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Univers galactique lequel d’ailleurs, pourtant sensibilisé au « régime impérialiste », laisse sans broncher les Nazis de l’espace reconstruire un énième ordre totalitaire, un énième satellite de la mort, contrôlé par un énième seigneur Sith, et protégé par un énième champ de force qui faudra une énième fois faire péter, avec l’aide du Faucon Millénium.

Le retour de la force, se manifeste dans un monde qui retourne intégralement à la case départ, pour pouvoir mieux faire son retour en force et se répéter fortement lui-même.

D’un héroïsme moderne devenu rétroactivement vain

Pourtant, un héros moderne, c’est un héros qui change et qui fait changer le monde qui l ‘entoure, au fil de son parcours, de son périple, de sa trajectoire. Le monde n’est plus le même une fois que Luke et son père l’eurent débarrassé de l’empereur Palpatine. Quelque part, c’est l’amour de Padmé qui fait basculer Anakin dans le côté obscur et c’est l’amour filial de Luke qui a fait rebasculer Anakin dans le côté positif. Luke en tant que héros, surmonte une série d’épreuves qui lui font découvrir le sens de sa place dans « l’histoire de la force » au sein de la galaxie. Et au fond, l’histoire de la galaxie se confond avec l’histoire de la force elle-même. Cette façon « moderne » de raconter « l’histoire de la force », est par essence opposée au conte antique, doté d’un héros antique, qui est héroïque, mais qui, ne découvre pas sa puissance, il l’a déjà. Ce héros antique reste fidèlement et profondément égal à lui-même, et il accomplit une destinée faite d’épreuves, souvent du reste, prévue d’avance par les oracles ; au contraire, le héros moderne « se révèle », et « évolue », change, se transforme et se perçoit différent. Les héros de la première trilogie, sont modernes, et connus dans toute la galaxie, car leur petite histoire aura embarqué la grande, au point de transformer la représentation et la nature même de la force globale dans cette galaxie.

C’est du moins, ce que nous avaient laissé croire les épisodes 4, 5 et surtout le 6. Où C3PO conte la légende de Luke Skywalker aux Ewoks lesquels probablement enseigneront cette légende de père en fils.

Tout cela était pourtant parfaitement acquis, et ce, jusqu’à l’Épisode VII, qui quelque part, vous annonce tout bonnement ceci que cette petite aventure en six parties est ridicule, que ces guerres incessantes, entre les clones de la république et les rebelles, puis entre l’empire et les nouveaux rebelles, entre ce petit empereur flanqué d’un acolyte suffocant, et ces jeunes rejetons foireux, sont toutes pitoyables, et qu’elles n’auront eu toutes autant qu’elles sont, strictement aucune incidence sur rien : car aucun de ces protagonistes n’aura rien changé sur rien, chacun étant resté strictement campé dans sa position, personne n’aura vraiment interagi avec personne.

La force du retour sur investissement, impose qu’on réemploie un scénario dont le dénouement pourtant heureux doit être oblitéré, effacé, oublié, neutralisé, remanié, reconfiguré, en un échec, un non-événement.

Pour justifier l’existence de cette énorme reproduction commerciale qu’est- star wars, on doit forcément passer par quelque chose qui heurte le sens même de l’héroïsme moderne : la force de l’hérédité, qui cause le retour du pareil au même. Pourtant le caractère héréditaire de la force et du taux de midichloriens associés, rend quasi « aristocratique » le statut du jedi et même de la « force ». Car si la force se « transmet » de parents à enfants, alors, le pouvoir de la force,  se transmet aussi. Et donc, quand la reproduction est le lieu d’une transmission du pouvoir, on n’est plus dans un système qui donne le pouvoir à tous les méritants, mais simplement, aux héritiers.

L' »explication » héréditaire, finalement, assimile le pouvoir de la force et la vilenie des vilains qui s’associent à l’usage de ce pouvoir, à quelque chose d’un ordre génétiquement implacable. On est dans un monde ou l’inné prédomine sur l’acquis, un monde enfermé dans sa propre histoire aristocratique, qui bataille d’héritiers en héritiers pour la succession au trône, lumineux ou sombre ( la lumière ou l’ombre, ce ne serait qu’un point de vue dans la quête d’un même pouvoir, peu importe les enseignements vains qu’on fait autour ; c’est la subjectivité qui donnerait finalement à la force une image soit obscure soit lumineuse, mais, en soi la force ne serait ni claire ni obscure, elle n’aurait aucune morale). Dans cette logique,  la mécanique de l’héritage, ne produit que des confirmations qui enfoncent des portes ouvertes d’avance.

Certes la force du retour sur investissement, se manifeste avec des visages un peu différents. Certes à partir d’une perspective un peu différente. Cette fois-ci, c’est le soldat anonyme, le stormtrooper, inconnu sans visage et bon pour passer à la casserole d’habitude, ôte son casque, prend un visage, et de fait s’humanise, pour inaugurer un nouveau périple héroïque.

Mais, on doit faire ici un lien avec un précédent article que j’avais écrit sur Bioshock Infinite et sur la réalité « alternative » comme étant un genre de « pareil au même », conscient de lui-même. Bioshock Infinite, jusque dans un scénario maîtrisé achevant sa propre mise en abîme, n’arrivait finalement à rien de nouveau sur le fond. Et, en tant que trilogie alternative reprise avec un décalage de 30 ans, le « retour de la force » n’est pas premièrement autre chose que la force d’un retour du pareil au même, la force d’une répétition, similaire à celle à laquelle on pourrait s’attendre venant d’une « réalité alternative ».

Comment rebooter un programme éteint depuis 30 ans

Un reboot c’est exactement ce qu’un interprète musical fait en reprenant un vieux tube et en le remixant à la sauce moderne. Cela fait revivre et même survivre quelque chose qui n’était plus actif, qui s’était presque étiolé, qui s’était désensibilisé. Une trilogie, c’est en fait une histoire qu’on a envie de suivre. Un peu comme The Hunger Games. On regarde la première histoire qui instaure les visage des héros, et ensuite le pactole est atteint dans le n°2 et le n°3 engrange les restes, la suite c’est la cerise sur le gâteau commercial.

Mais comment rebooter une franchise, en la redémarrant là où elle est resté coincée il y a 30 ans, c’est à dire, au moment d’une victoire triomphante, où les héros Han et Leia  se marièrent, furent heureux et eurent beaucoup d’enfants ?

C’est probablement la question que les producteurs exécutifs auront pu se poser au moment de commencer un tel projet commercial en songeant au pognon investi dans l’achat de la licence Star Wars (4 milliards), et à la nécessité d’un retour sur investissement.

Déjà qui fallait-il pour mener à bien cette œuvre de commande commerciale ? Bien sûr, celui qui nous aura fait le reboot de Star Trek, l’autre franchise SF bien connue des geeks : JJ Abrams.

Ensuite, il faut reprendre à peu près tous les éléments, toutes les ficelles, tous les ressorts, de la première trilogie, et la jouer « safe », comme ils disent. Puisque c’est la première trilogie dont le contenu a rapporté gros : il faut que l’histoire de la nouvelle suive en quelque sorte la même trame. Et on voit dans toute la fidélité du retour de la force, à quel point la force du retour sur investissement est attendue au tournant.

Je suis en train de dire que si les trois scénaristes de cette histoire n’ont reçu aucune directive de la production, alors il faut sincèrement s’inquiéter de leur capacité créatrice.

Alors voyons dans le détail comment on ressuscite Star Wars.

Han et Leia ? Une fois leur fils Ben passé du stade du gentil « Fils à maman », à « Ado à la Con », ils ont eu du mal en tant que couple à assumer. Sur Facebook, leur statut est passé de « c’est compliqué » à « célibataire ».

C’est Max Von Sydow, qui en tant que vieux barbu habillé comme Ben Kenobi du désert, détenteur du mystérieux secret quant à l’identité de Kylo Ren et quant à la localisation de Luke Skywalker dans la galaxie, commence par mourir – sans trop résister, sous le sabre rouge du jeune Jedi déchu. Cette mort du vieux sage à barbe blanche détenteur du secret familial, cette « mort du vieux maître », « sans résistance », pour « protéger un secret » renvoie visuellement à la mort  de Ben Kenobi dans « Un Nouvel Espoir », qui meurt, sans révéler le secret de Darth Vader, pour laisser le nouveau héros assumer sa propre histoire, son propre rôle, à son rythme, à sa suite.

Et, cette espèce de « quête du grand-père » presque improbable, justifierait peut-être vaguement la réalité de cette répétition qu’est celle de Kylo Ren, dans la galaxie Star Wars ; mais peu importe qu’elle justifie bien ou mal le caractère quasi similaire des vécus à trente ans d’intervalle : en tant que « manifestation alternative » d’un scénario déjà vu, reprendre à l’exact identique la « quête du grand père », ruine dans l’œuf toute perspective d’éprouver la moindre surprise de fond scénaristique au sein de cet Épisode VII.

Mais au diable la nouveauté, puisque, ce qui compte, c’est que ce type de scénario a pu fédérer des masses de spectateurs sur 3 films juteux et un merchandising encore plus juteux.

Dans la première trilogie, la princesse Leia, cache les plans de l’étoile noire, qui met toute la galaxie en danger, dans un astro-mécano, R2D2, qui gazouille et qui tombe sur une planète désertique Tatooine ; ce petit droïde sympa, finit par tomber sur Luke Skywalker et lui révéler sa mission.

Dans l’épisode VII, un pilote de chasse cache le plan dans un astro-mécano qui gazouille, et qui s’appelle BB8, et qui part tout seul comme un con au milieu du désert de Jakku, une planète 100% similaire à Tatooine. Comme par hasard, il y est récupéré par l’héroïne de l’histoire, (très probablement la fille de Skywalker qui s’ignore) ce qui lui révèle sa mission.

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Sa mission – c’est surprenant, c’est de rapporter les plans à la résistance. La même mission, dans les deux trilogies.

Pour continuer sur le thème d’un scénario qu’il ne faudrait pas spoiler, car il serait truffé de révélations capitales, disons que les nouveaux héros tombent comme par hasard sur les anciens, sur ce célèbre contrebandier cynique et pas altruiste pour deux sous qu’est Han Solo : lequel, en fait, vole dans un cargo de contrebandier crasseux, et espère refourguer des articles douteux à des types prêts à le descendre car il leur doit – c’est étonnant – un paquet d’argent – pour changer.

Car n’imaginez pas qu’Han Solo aura après tout ses périples, et même après avoir rencontré et embarqué la princesse, véritablement découvert quelque chose de mieux que la contrebande, les retards de paiements, et même, qu’il aura appris à faire mieux en trente ans.

Han Solo, est un personnage qui a vieillit mais sur le fond, n’aura pas évolué d’un iota, comme le reste de tout ce qui l’entoure. Il est toujours flanqué de Chewbacca, qui crie de la même façon et qui, il faut le dire, n’a pas pris une seule ride. Le Wookie, n’a même pas un brin de cil blanc au bord de la paupière.

Ils se retrouvent tous rapidement à bord du Faucon Millenium qui tombe presque en morceaux, et qu’il faut réparer, et entre deux sauts dans l’espace, et trois batailles renversantes avec les Tie Fighters, et une partie de jeu d’échecs holographique.

Alors, sachant cela, spoilons un unique élément du scénario qui ne s’est pas déjà produit, et disons, qu’Han Solo meurt, à la fin du film, sous le sabre de son propre fils, Kylo Ren, qu’il a appelé Ben (probablement en mémoire de Ben Kenobi). Alors pour mémoire, Han Solo, a déjà fait l’objet d’une scène d’adieu au public, lors de la scène où Darth Vader le fige dans un bloc de carbonite, sous les lumières rouges vif d’une machine en mesure de produire en une fraction de secondes un bloc cryogénique de 500 kilos ; souvenons-nous que l’opération pouvait entrainer la mort plus que probable des cellules du contrebandier.

Revoir ce personnage mourir, une seconde fois, dans un flash d’une luminosité rouge vif similaire, finalement, cela reproduit-il le petit effet poignant de sa congélation antérieure ? Passons outre la petite voix intérieure qui pourrait vous dire que « pour lui, cette fois c’est la bonne », seriez-vous vraiment, sincèrement, honnêtement, pris par surprise, ou bien au fond de vous-mêmes, inquiet de vous rendre compte que, non seulement vous vous y attendiez atrocement, mais aussi, que c’était bien la seconde fois que vous le voyez mourir, mais enfin que son existence de toutes façons, vu le contexte, était plus que vaine ?

La raison ultime pour laquelle ça recommence

Mais allez, la force du retour sur investissement aura créé ce film de commande pratiquement tel qu’il est, c’est à dire, visuellement excellent, très bien réalisé, et stratégiquement, doté d’un scénario destiné à rassurer à mort tous les investisseurs qui sont derrière.

Mais disons que, si l’enjeu économique explique majoritairement les choix du fond comme de la forme, disons qu’il y a aussi une composante importante qui n’a pas assez été prise en compte dans cet article.

Pour qu’une nouvelle trilogie existe, sur le plan logique, il fallait bien que Luke n’ait finalement pas accompli quoi que ce soit.

Il fallait que son histoire soit nulle, soit vaine. Ou rétroactivement, qu’elle ait été un leurre. La sienne comme celle des autres. Il fallait que sa vie elle-même n’ait eu aucune incidence sur le cours de l’histoire. Que le fait de renverser l’empire n’ait rien changé. Ou que le fait de renverser Palpatine n’ait simplement permis qu’une chose, non pas la libération de la galaxie, mais bien, uniquement le remplacement de Palpatine et de son apprenti par un successeur holographique, ce « Snoke » au vilain facies. Et seulement ça.

Et tout le reste : n’aura jamais eu lieu. Précisons bien la forme temporelle, il s’agit là d’une observation puissante, une observation qui modifie rétroactivement le cours du temps passé. Je suis en train de vous dire que ce que vous avez cru être une liesse galactique émaillée de feux d’artifice, à la défaite de l’empereur Palpatine, ça n’était finalement qu’un rêve, un rêve qu’on oublie, quelque chose qui n’aura pas eu plus de réalité qu’un souvenir plongé dans l’amnésie collective.

Amnésie collective elle-même partagée, par le collectif des spectateurs lambdas, qui au bout de 30 ans, auront peut-être oublié quelques détails.

Est-ce en raison de cette amnésie collective, que Han Solo est resté le roublard contrebandier qu’il était, alors qu’il aurait pu être après ses multiples contributions à la bataille de Yavin et d’Endor, capitaine ou du moins, général de flotte Rebelle Républicaine ?

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Est-ce pour cette raison que la princesse est restée dans la Résistance alors qu’elle aurait pu être à l’instar de sa mère : sénatrice dans la Nouvelle République galactique ? Est-ce pour cette raison que les Nazis de l’espace pourtant vaincus, n’ont pas été vaincus, et que la mort d’un empereur ne leur a rien fait, qu’ils se sont empressés d’en élever un autre au même rang, qu’ils ont continué d’asservir des planètes pour exploiter leurs ressources et bâtir toujours plus de croiseurs militaires, ou d’étoiles de la mort ?

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Et c’est pour cette simple raison que Luke est invisible, pendant plus de deux heures de film : on ne le voit qu’une minute trente, maximum, à la toute fin, muet, planté comme un con, au milieu de nulle part dans un décor irlandais, symbolisant une planète, un temple quasi en ruines, sans avoir rien à dire ? Est-ce pour cette raison qu’il n’a rien à dire, à qui a tout traversé pour le rencontrer, parce que tout simplement, lui-même a oublié, lui aussi, qu’il a déjà gagné contre les Nazis de l’espace, contre les Siths, et que les méchants ont déjà perdu ?

Qui a vu cet épisode VII, sait non seulement qu’on n’y trouve aucune nouveauté : que cet épisode n’est qu’une version alternative d’un scénario déjà lu, déjà vu, déjà intégré, qui se contente « d’ancrer » de nouvelles têtes dans un univers dont les logiques et les ficelles dramatiques sont déjà connues et même rebattues.

Mais surtout, pour que cette trilogie existe, il aura fallu attendre patiemment trois décennies, pour que se soit effacée ce que signifie « une victoire », dans la mémoire collective – ce qui n’est pas rien.

Disons et c’est le plus significatif en terme d’amnésie, que c’est vrai qu’en 30 ans, une victoire contre un empire qui flingue à bout portant des planètes entières, ça s’oublie bien vite.

  1. 28/12/2015 à 1 h 59 min

    Excellente critique! Et je ne me sens même pas spoilée. Force est de constater que tu manies la plume comme d’autres le sabre, avec des pirouettes et des coups tranchants. Bisous !

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