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La logique du dernier Jedi

26/11/2019

Qu’on se dise bien que la seule raison pour laquelle j’étais initialement allé voir ce film qu’est Star Wars 8 – The Last Jedi, c’était d’une part parce qu’il y avait encore pire dans la salle d’à côté, et d’autre part, pour ne pas gâcher un ticket à tarif réduit issu de mon sympathique Comité d’Entreprise, ticket qui arrivait à expiration.

Parce que, si ma mémoire est bonne, je vous avais bien décrit comment la « nouvelle trilogie » Star Wars n’était pas partie d’une intention scénaristique, mais plutôt d’une intention économique. Intention qui consiste à se gaver des rentes du même phénomène culturel qui se sera produit dans les années 80 où la première trilogie aura été produite. Le tout en considérant qu’au fond, la nouvelle génération actuelle est si jeune et si ignare, qu’on peut bien lui donner la même soupe de fond (en changeant un peu la forme en surface) : les ignares goberont le nouveau plat qu’on leur refait et sortiront autant de billets que la génération précédente pour la gober.

A ce sujet donc, l’intention de Disney, le nouvel acquéreur de la franchise, étant posée sur la table, la direction que prendra la nouvelle trilogie est parfaitement claire : singer la première, avec un nouveau casting, de nouvelles têtes, pour lui faire rejouer, en mode quasi cosplay, la même histoire de fond.

Alors, effectivement, ça se voit, ce passage du scénaristique à l’économique, accouche donc d’un projet de quasi reboot éhonté, et à peine masqué, qui vise la rentabilité rapide et facile produite sur le dos d’un marché cible de jeunes ignares flanqués de vieux nostalgiques d’une pop culture ayant jadis acheté tout le merchandising, tous les sabres lasers, toutes les robots R2D2, les figurines, les jeux Lucasart, les séries d’animation en images de synthèse, les comics, et finalement, tout les livres de tout l’univers étendu qui vont avec.

J’avais donc noté que, pour que les stormtroopers impériaux reviennent en l’état sur le tapis, avec exactement les mêmes fringues, pour servir les intérêts d’un hideux personnage, Snoke, (aussi prétentieux et laid que l’empereur Palpatine, usant du côté obscur de la force, et apparaissant comme lui à ses sbires via une technologie holographique) , le tout, pour dégommer des planètes, avec un joli laser, projeté d’une énième « étoile de la mort » : il fallait bien que la victoire de Luke Skywalker, 30 ans plus tôt, n’ait été qu’une pathétique illusion, qu’un misérable échec.

Cette victoire sur l’Empereur et cette rédemption familialiste, n’auront apparemment rien changé à rien.

En effet, à peine quelque décennies plus tard, la galaxie ressasse toujours exactement à l’identique, avec les mêmes moyens, les mêmes visuels, les mêmes accoutrements, les mêmes logiques conflictuelles. Le tout certes, avec des têtes et des visages légèrement différents, mais, au fond, ces têtes n’auront à proprement parler, rien appris, et rien compris sur rien. Après donc avoir produit une narration sur la guerre des clones, star wars 7 accouche donc d’un véritable clone narratif.

La guerre des clones narratifs

La nouvelle trilogie, au nom du retour sur investissement produit par un « modèle » lucratif, se devait d’être fidèle à l’original, et ainsi se devait d’instaurer de faux « nouveaux héros », de faux « nouveaux vilains », et de « fausses nouvelles victoires » sur lesdits vilains. Et pour que toute cette fausseté se conçoive comme possible dans l’univers star wars, il faudra décréter ex nihilo, l’échec complet, et la déconstruction absolue, de la victoire des Skywalker sur l’empereur, et du mythe Skywalker lui-même, de la légende d’un homme dont l’optimisme et la positivité pure intrinsèque, renversent irrésistiblement le côté obscur de la force de ceux qui le côtoient, et fait basculer vers le côté lumineux l’un des êtres les plus craints et redoutables qui aient jamais été : Darth Vador.

Et alors, cette logique de déconstruction d’un mythe, fait qu’on ne pouvait pas faire mieux dès l’épisode 7, que commencer à nous représenter Luke Skywalker, ce héros radieux et chanceux de toute une jeunesse, non pas comme leader actif et victorieux, mais comme un déserteur pendant la défaite, comme le lâche qui fuit le front, comme un espèce de has been désabusé, grincheux, déçu de sa vie, un raté, bref, un type qui aura au bout du compte enfin achevé sa formation de looser de la force.

Quand on me parle de la galaxie en danger, moi, je balance mon sabre laser

C’était donc sur ce mémorable cliffhanger de la fin du premier opus, que j’étais resté, sur la vision d’un Luke paumé sur une planète elle-même paumée, sur cette vision d’un planqué, complètement absent alors qu’il aurait du – depuis bien longtemps – déglinguer Hux sur la proue de son vaisseau destroyer… en me disant bien que, transformer ce héros galactique qu’est Luke, en ultime je m’en branliste, ça n’allait d’une part probablement pas plaire à l’acteur principal du rôle, (Mark Hamill), et d’autre part, ça n’allait pas non plus franchement coller avec tout le reste de l’univers étendu qui aura été pondu et vendu à grands frais, aux fans de la première heure.

En terme d’univers étendu, on pensera à tous les périples vécus par Luke et sa suite dans la Galaxie. Luke, ne faisant qu’un avec la force, conseillé mentalement par les plus hauts maîtres Jedi, pourra triompher et révéler un pouvoir en lui inégalé dans toute l’histoire même de la force.

On pensera aussi en particulier à sa rencontre avec sa femme Mara Jade, à sa descendance Ben Skywalker, à la formation qu’il aura donnée à sa sœur, laquelle aura aussi une bonne descendance sensible à la force. Mais c’est surtout en terme de combattant du côté lumineux de la force, que Luke a montré des capacités ultimes. Il est : le (Lionel) messie de la force, avec des pouvoirs même impensables, que même Yoda himself n’avait pas.

Un messie, qui peut, par exemple ralentir, voire freezer ce qu’il veut, pas seulement un ou deux petits objets, mais pourquoi pas, tous les objets autour de lui, liquides et solides compris, un peu comme l’aura fait Kylo Ren avec les balles d’un pistolet laser, mais en bien plus vaste. Une légende qui peut placer ses adversaires en slow motion, capacité pratique dans un duel au sabre laser. Un Jedi avec un grand J, quasi angélique, qui peut émettre une ultime aura de force dorée autour de lui, se propageant même au delà et touchant ses adversaires, au point carrément, de gommer leur propre côté obscur, et de façon permanente en plus. Un Jedi capable d’auto-guérison, à la Wolverine, lui permettant de recouvrer sa santé après de graves blessures, en quelques heures, au lieu de quelques mois ou de quelques années. Un surdoué capable d’influencer le mental des personnes environnantes au point qu’elles ne le reconnaissent même pas et se souviennent d’un visage complètement différent. Une légende capable d’absorber de la tension électrique simple voire des éclairs de foudre comme une batterie rechargeable, ou comme un capaciteur électrolytique géant. Cette aptitude fut inaugurée dans la douleur avec sa rencontre avec l’empereur Palpatine, mais maîtrisée avec le temps, elle fut ensuite utilisée sciemment comme arme lui permettant de vider d’un seul contact physique la surcharge accumulée pour court-circuiter à peu près n’importe quel équipement électronique ou pour brouiller n’importe quelle radio-émission. Luke fut un demi dieu, ayant la capacité de devenir inamovible (on sait que les utilisateurs de la force savent pousser leurs opposants vers l’arrière) et dans le cas de Luke son pouvoir était tel qu’il était fixe dans l’espace et le temps lui-même, échappant à tout phénomène gravitationnel, à la grande surprise des attaquants du côté obscur tendant de le projeter dans les décors (sans succès). Tel un super héros, il avait la capacité de projeter des éclairs de foudre verts (comme les éclairs bleus de Palpatine) mais avec des bonnes pensées vertes, bio, green quoi, qui viennent du bon côté de la force (heu, le tout pour un résultat similaire au mauvais côté de la force, heu c’est à dire que l’adversaire est K.O. sur le champ et du coup, après un choc pareil, convulse la bave aux lèvres, voilà). On a eu affaire à un être quasi ascensionné ayant la capacité de se comporter en « fantôme de force » et apparaître aux yeux des autres, comme Obi Wan le faisait après sa mort, mais le tout, de son vivant… C’est à dire, que Luke peut projeter son image où il veut dans la galaxie, en faisant entendre sa voix et son esprit, quitte à parler en visioconférence avec ses interlocuteurs du bout de la galaxie, mais sans hologramme, sans technologie, et bien entendu, sans que ça nécessite qu’il soit mort pour le faire. On a eu un Luke devenu quasiment un être mystique, qui peut par exemple, marcher sur de la lave en fusion, version un peu plus romantique que marcher sur l’eau, mais ça donne le ton, voyez-vous, ça donne une idée quasi messianique de ce qu’est devenu Luke dans l’univers étendu.

Et tout ça, l’univers étendu, la légende, le messie, tout ça est foutu en l’air, dénigré et jeté aux chiottes, pour qu’un vilain hideux au visage déformé, soit plus fort encore que lui et ait vaincu Luke, tant sur le plan physique, moral, mental, que tactique ou stratégique, le tout, sur le long court en plus.

la mocheté triomphe toujours à la fin

Et donc on apprend entre l’épisode 7 et la préparation du 8, de la bouche même des pontes de Disney, que la trilogie en court de tournage, rend l’univers étendu forclos car incompatible avec les nécessités logiques et les intentions de la nouvelle trilogie.

En gros, le message de Disney, à l’attention de tous ceux et celles qui auront acheté les figurines, les bouquins, les comics, à la gloire de leur héros, que ces héros était des loosers et que les bouquins achetés étaient des faux. Du coup on ne peut pas s’empêcher de se demander pourquoi ils veulent à nouveau aujourd’hui vendre des nouveaux sabres lasers Kylo des jouets BB8 et des nouvelles figurines de Rey et des nouveaux comics, et des nouveaux bouquins, si on peut s’autoriser à faire que les anciennes figurines et leurs histoires imaginaires associées ne valent subitement plus rien.

Je me dis que cette nouvelle trilogie même si correctement réalisée sur le plan visuel, démarre vraiment mal sur le plan narratif, car cette narration va tôt ou tard se confronter à la nécessité d’expliquer l’inexplicable et l’obligation quant à Luke, de justifier l’injustifiable.

Les reboots ne prennent sens que si l’œuvre originale a des défauts visuels sur le plan technique, or, G. Lucas aura déjà utilisé les nouvelles capacités de son Studio ILM, pour reprendre tous les effets spéciaux de la trilogie originale, pour les améliorer, et pour ré-éditer des versions remastérisées de son œuvre qu’il aura déjà bien revendu. A quoi sert donc de recruter J.J. Abrams le spécialiste des reboots si justement les reboots sont quelque part déjà faits ?

Et si un énième reboot n’a pas de sens au vu du travail déjà réalisé par ILM sur la version remasterisée de Star Wars, ce reboot reste possible, certes, mais alors dans ce cas il faut l’assumer, en respectant parfaitement les personnages et leur rôle. Au lieu de ça, le Réveil de la Force n’a pas sonné le matin, et son réalisateur, pas très réveillé, aura, soit pour des raisons mercantiles, soit par irrespect pour le travail des autres réalisateurs suivants, soit par féminisme putassier, remplacé le héros masculin émergeant de sa planète désertique, par une héroïne, sans imaginer une vraie suite, avec de vrais nouveaux concepts et de nouveaux paradigmes situés dans le même univers.

On a pourtant une idée bien claire de ce que valent ces pseudo suites transsexualisées, sortes de reboots ou de plagiats et qui reprennent quasiment à l’identique et sans imagination, un concept daté, qui et s’imaginent que ça vaut magiquement pour un véritable renouveau, parce qu’on change le sexe du personnage principal pour lui faire dire et faire la même chose.

Si l’on voulait faire une vraie suite, alors on aurait plutôt mieux fait d’emprunter sa narration à l’univers étendu, au lieu de projeter un film entaché d’une pénible et redondante ressemblance avec l’épisode 4.

Car si la bêtise scénaristique ne fait pas mal sur le coup et rapporte son illusoire lot de cash, elle va probablement piquer le cortex des spectateurs sur le long terme, dans les opus 8 et 9 à venir, car obligeant presque le réalisateur du n°8 à expliquer les aberrations qu’implique une telle reprise de script, une telle répétition historique doublée d’un tel irrespect d’une figure emblématique de l’œuvre précédente, avant de repasser le bébé pour le 9e et dernier épisode plus qu’incertain de savoir sur quoi il pourrait finalement lui-même porter.

C’est donc sur ces pensées que je me plongeais dans le côté obscur de la salle de ciné pour voir un 8e film mal engagé, et dirons nous simplement, logiquement mal barré, qui va essayer de nous expliquer pourquoi et comment le vainqueur, le champion, la star victorieuse, a toujours été le grand perdant de l’histoire, et pourquoi le premier des Jedi au sens de la force, était en fait, le dernier. Et mentalement je souhaitais au réalisateur Rian Johnson bon courage dans cette mission.

Des premiers qui sont les derniers

Autant dire que pour expliquer l’inexplicable, d’un plan pourri où Luke taciturne et aigri qu’on l’ait réveillé pendant sa sieste alors que la galaxie chute dans la tyrannie et le côté obscur : Disney aura choisi un réalisateur unique en son genre, de premier ordre, qui va effectivement tout expliquer, avec le sentiment du devoir accompli, le tout, au prix de rien de moins que le bousillage intégral de la franchise et probablement même de l’intérêt qu’on peut prêter à l’existence d’un 9e film après le sien.

On ne fait pas d’omelette sans casser l’intégralité des œufs – et du panier qui va avec

Avec son sourire en coin, Rian Johnson aura pour mérite d’avoir effectivement rempli le cahier des charges attendu de lui, à savoir éviter l’écueil d’un plagiat trop formel de l’épisode 5 dans lequel son prédécesseur est tombé, en introduisant certains éléments de surprise carrément inattendus, tout en rassurant les investisseurs en poursuivant la trame élaborée dans la précédente triologie ce qui veut donc dire qu’il va à nouveau quasi plagier des scènes déjà narrées et retomber sur le schéma lucratif classique. Aussi, il se devait de répondre à la question de savoir pourquoi Rey est si douée. Il se devait de développer non seulement l’histoire de Rey mais aussi celle du grand vilain Snoke et de ses motivations (puisque J.J. Abrams a voué son premier film à l’action pure spectaculaire en zappant absolument tout développement de personnage, tout développement ou explication historique claire à leur sujet, et en remettant toute l’explication à donner dans les bras du réalisateur suivant). Enfin il fallait expliquer cette énormité d’un Luke désertant le combat pour le côté lumineux de la force, et qui abandonne sa famille et de ses amis à leur sort. Expliquer un Luke qui a carrément « perdu l’espoir » et probablement les conseils avisés des force ghosts d’Obi Wan, de Yoda et de son père Anakin… Le tout d’ailleurs, sans donner trop de temps aux développements politiques car les développement politiques c’était pour la prélogie, et visiblement les fans n’étaient pas fans.

Alors il faut bien expliquer premièrement comment l’existence même de Kylo Ren est possible alors qu’il a pour parent directs ou indirects rien de moins que les héros victorieux de la lutte contre le côté obscur… Leia défendant jusqu’au péril de sa vie la nouvelle république, et le légendaire Luke. Comment diantre Ben Solo est-il parvenu à cette performance, d’être une espèce de cosplayer du côté obscur, poursuivant l’image de son grand père Darth Vader, et cherchant avec ses potes les chevaliers de Ren, les reliques de son illustre combinaison respiratoire ? Comment est-il entré dans cette quête à l’instar d’un Arthur qui envoie les chevaliers de la table ronde, Perceval, Karadoc et Bohort, par delà le royaume de l’ogre, retrouver le saint Graal ?

Alors voilà l’explication : [ SPOILERS ALERT ] après avoir résisté à la tentation de sombrer du côté obscur sur Dagoba, après avoir résisté à la rage face à son père et même vaincu sa propre haine face à l’empereur, après avoir fait basculer Anakin du côté lumineux, après avoir constaté que faisant un avec la force il deviendra immortel comme Qui-Gon Jinn, OBI Wan, et Yoda, … alors qu’il n’a rien à craindre, qu’il est victorieux, confiant… et qu’il vit sur un nuage.. du haut de son statut de nouveau maître de lumière formant de jeunes disciples Jedi (dont Ben Solo le fils de son beau frère Han Solo, fait d’ailleurs partie), il se rend compte que Ben Solo est, à son tour, en « conflit interne » et tenté autant par le côté lumineux que par le côté obscur… Et là on va se dire : Luke a déjà vécu ça… pas de quoi en faire un cake, il sait comment faire.

Or, innovation capillotractée des laboratoires Rian Johnson, on apprend que Luke n’a rien compris à sa propre vie, ni à sa propre histoire. Il aurait en fait carrément fauté, merdé, chié dans la colle. Et, du haut de toute son expérience passée où il a su surmonter la pire des colères, sur Dagoba, avec son Père Anakin, avec Yoda, avec l’aide même d’Obi Wan, Luke n’a rien trouvé de mieux à faire pour solutionner tout ça, que de tenter d’assassiner Ben Solo pendant son sommeil… en ratant finalement son coup d’ailleurs.

Ou alors, il y a sur cette planète une boisson qui rend con

On a même là un savant mélange de lâcheté, de colère, de trahison, de méfiance… Ce qui d’un côté est incroyable, sur le fond comme sur la forme, car franchement on voit mal Luke s’avilir de lui-même ainsi, et se comporter pareillement, dans ce type de cas, et surtout, on le voit mal foirer son assassinat vu sa supériorité technique au combat, vis à vis d’un novice, comme Ben Solo. La scène explicative du pourquoi Luke a lâché l’affaire et qu’on attendait depuis un an en roulement de tambours, tombe comme une mouche dans la soupe.

Alors juste une parenthèse, juste un mot là-dessus, assassiner quelqu’un pendant son sommeil, dans un sursaut de lâche traîtrise plus ou moins calculée, c’est plutôt la spécialité de Darth Sidious lequel, d’après l’univers étendu, aura assassiné son propre père, dans sa quête politique sur Naboo, et d’après l’Histoire canon qu’il raconte fièrement lui-même à son futur apprenti, a obtenu son titre de seigneur des Siths en éliminant son propre maître Darth Plaeguis au moment précis où il était le moins en capacité de riposter – soit quand il roupillait. Ce qui en dit long sur le courage de l’empereur Palpatine, nouveau seigneur des Siths.

Donc Rian Johnson explique effectivement ainsi, comment Luke, on ne sait pourquoi, s’estime moins bon que son élève, et s’essaie subitement au style Palpatine, mais maladroitement, voyez, et puis, le réalisateur explique comment Luke échoue même dans l’opération, se comportant plus comme un « Sith raté » qu’un « vrai Jedi ».

Et à Rian Johnson d’expliquer si tant est que vous puissiez appeler ça une explication, que toute la suite ne serait qu’une conséquence logique de cette faute complètement improbable et à côté de la nature et de la construction même que George Lucas aura fait du personnage de Luke.

Ben aura protégé in extremis sa propre vie d’un coup de « force push » salvateur, et donc, en proie au tourment du sentiment de trahison, méprisant la faiblesse et la lâcheté de son propre maître, quelque chose se sera brisé en lui, qui le décidera à basculer complètement du côté obscur qui lui offre des promesses plus sures, plus tangibles, plus droites. Et comme tout apprenti qui bascule, il inaugure sa nouvelle voie en massacrant les jeunes enfants et apprentis autour de lui.

on peut même plus rêver en douce de porter un masque respiratoire moche à chier et une cape lugubre, sans qu’un vieux con tout vert ne vienne tout gâcher

D’ailleurs, depuis qu’il s’est comporté comme un Sith raté, il y a quelque chose d’étrange chez Luke, il semble avoir pris goût à la boisson, et en particulier à une espèce de lait verdâtre qu’il collecte directement sur les mamelons d’une espèce locale et qu’il stocke dans sa bouteille thermos. On a l’image du héros déchu, avili, doutant de sa vraie nature et de lui-même, régressant dans des conduites quasi addictives, régressant au stade oral et à la dépendance à la figure maternelle.

le surgissement du réel du corps, qu’est le jus mamelonnaire comme trace inconsciente laissée par cet objet « a » primaire et dirons nous même primordial qu’est le sein maternel détachable, fait suite au trauma inaugural causé par la scène de la déchéance de l’objet phallique et la neutralisation du nom-du-père, perdant l’efficace de sa capacité articulatoire au sein de la dynamique paradigmatique articulant objet « a » et sujet désirant, dans la structuration psychique du sujet et où ledit objet « a » sert de point d’achoppement défensif contre l’imminence d’un effondrement narcissique que rien ne saurait juguler

En bref, quand on n’a plus de parole, on peut toujours dire que c’est parce qu’on ne parle pas la bouche pleine.

Le drame de l’alcoolisme touche aussi le héros qui a perdu tout perspective après avoir tout gagné en renversant ses seuls ennemis

Alors franchement, est-ce plausible, ce Luke ronchon, ce Luke en proie aux affres de la boisson lactée, vieux et con, au point d’oublier qu’il sait comment régler un problème qu’il a déjà réglé un paquet de fois ? Est-ce raccord avec le personnage décrit et développé d’ailleurs partout depuis le commencement de la saga ?

Alors que ça soit clair, absolument pas. L’acteur Mark Hamill s’en est bien vite rendu compte, il passe un temps mémorable à le souligner en conférence de presse ; il clame qu’il ne comprend pas, et qu’il ne reconnait pas son propre personnage comme étant conforme à celui que Georges Lucas a créé.

Cet espèce de virage dépressif, grave, coupable, foireux et je m’en foutiste que Luke affiche subitement dans ce film, n’a qu’une fonction, justifier de façon superficielle et artificielle, la réalité de l’émergence de la menace du premier ordre dans la galaxie : il faut bien que Luke faiblisse, même artificiellement, pour qu’une nouvelle histoire avec un nouveau vilain puisse émerger. Mais la condition de possibilité d’une telle émergence, est purement et simplement cousue de fil blanc.

Quand on a découvert que Darth Vader est son père et quand on en est revenu, les petits doutes adolescentriques de Ben Solo n’ont rien de si difficile à comprendre ou à gérer. On aura beau jeu d’expliquer que les gens mauvais progressent dans la méchanceté parce qu’ils sont entourés de gentils paresseux qui n’en foutent pas une et laissent la vilenie prospérer. Le fait de savoir que Luke est pourtant épaulé par les esprits de maîtres ascensionnés, éclairés et sages, comme Obi Wan ou Yoda et de son père Anakin en rédemption, et qu’il n’entrave pourtant pas dignement le côté obscur chez Ben Solo, ni la marche du Premier Ordre dans la galaxie, c’est limite incompréhensible… le fait qu’il laisse les planètes de la République en proie à la destruction par le Premier Ordre : fonctionne si et seulement si le public est à peu près complètement ignare du caractère de Luke et des héros de la précédente trilogie – ce qui entre nous est peu probable vu que Luke a pris une place totale dans le champ de la culture pop.

pour en arriver là, ce triumvirat de Jedis ascensionnés forme quand même une belle brochette de branquignols complètement inutiles

On a donc une tactique narrative fragile, et sur le plan logique, complètement aberrante, donc, tout simplement, impossible à croire.

Et alors qu’on ne comprend pas pourquoi, Luke a vraiment lâché l’affaire et qu’on finit par essayer – péniblement – de s’y faire finalement, par simple sens de l’adaptation au monde qui nous est donné – même si mal branlé -, c’est là que le réalisateur Rian Johnson, nous montre une Rey qui demande à Luke de la former à être une Jedi… et c’est là que ce dernier accepte.

Donc on a là un plot twist du plot twist. Et c’est là qu’on plonge dans la quatrième dimension d’un nouveau style de n’importe quoi filmique, le star warsnawaks.

il voulait pas il voulait plus des Jedi, il continue à pas y croire mais maintenant il en forme une nouvelle quand même, tout en lui disant que les Jedi se trompent mais il continue à la former je crois que c’est clair

Cet accord, tombe encore une fois comme une mouche dans la soupe : et ce, pour une raison que seule la firme Disney s’explique finalement, quand personne – réalisateur ni public inclus – n’a la moindre clé réelle, sur la cause de cette demande, d’une part, et sur la raison du consentement du vieux Jedi déchu d’autre part du reste.

Car Luke, va bien former Rey, non pas tant parce qu’il en a envie, non pas parce que toute son évolution négative lui interdit de le faire, non pas parce qu’il est le plus mal placé pour ça, non pas parce qu’il n’a pas le mental pour ça, non pas tant parce que Rey est meilleure que lui, ni parce qu’elle a déjà un niveau de Jedi quasi accompli comme on l’a vu dans le premier film, ni parce qu’elle a déjà vaincu le méchant Kylo Ren, ni parce que la force est déjà à 100% avec elle et plus du tout avec Luke, ni d’ailleurs, parce qu’elle s’est déjà imposée en combat singulier contre Kylo dans le film précédent, alors que lui, Luke, il a tout foiré.

Non, il va la bien la former, alors qu’il n’a pourtant dignement rien à lui apprendre, hein, et cela, juste pour simplement, faire apparaître à l’écran, et d’une façon plus plaquée que plaquée, la classique étape de « formation du nouveau héros » par le vieux maître aux couleurs vertes – étape du schéma narratif lucratif que Disney aura identifié dans la trilogie originale et qu’il faut bien amortir et rentabiliser en la reproduisant quelque part.

formation garantie, retour sur investissement assuré

Donc, tout en ronchonnant dans ses moustaches blanches que finalement les Jedis, imbus de leur pouvoir, ne sont pas forcément les types les plus futés du secteur, ni les plus conscients de leur actions, car capables dans leur histoire de se foutre un doigt dans l’œil profond au point de régulièrement perdre la partie contre le côté obscur voire de servir d’idiots utiles au service du côté obscur : Luke va former Rey à devenir une bonne Jedi.

Après avoir coché une première case pour la prise de risque scénaristique où l’ancien héros est présenté comme déchu désabusé et sans foi en l’ordre Jedi, on coche la seconde case du dessous, dans le cahier des charges… mais qui diantre s’est demandé au juste chez Disney, Lucasfilm, et dans tout le staff autour de Rian Johnson, si la première case n’impliquait pas très logiquement la négation de la seconde ?

Et donc, la formation la plus inutile de la lointaine galaxie, commence en reprenant à la lettre les codes de ladite formation. Luke avec une voix grave et patiente, explique la vraie nature de la force, sa dimension globale et transcendant les limites, et que ne peut justement se résumer à un simple « pouvoir individuel exclusif ».

Rey ne s’entrainera même pas au sabre laser avec Luke, ni finalement même pas contre un être capable de riposter contre elle, ou de lui opposer des bottes secrètes de duelliste émérite. Non. Pas besoin. Elle améliore ses capacités de fond, en s’entraînant à prendre des poses badass, devant une pile de roches inamovibles, en haut d’une colline balayée de vents frais, car c’est bien là une attitude qui lui sera très utile au moment d’affronter des sbires du côté obscur les plus vicieux, les plus experts et les plus déterminés, (les chevaliers de Ren ?). Après tout, quand, sans aucun entrainement à l’épée, on a déjà battu le vilain Kylo Ren dans le film précédent de J.J. Abrams, alors, on peut se permettre de glandouiller et de frimer fièrement en haut d’une colline cheveux au vent.

c’est vachement important de bien présenter devant un adversaire

Et tout comme le cœur de la formation d’un Jedi consiste à se mettre à l’épreuve de la tentation du côté obscur, et de vérités pas jolies jolies sur son Soi profond, Luke envoie Rey plonger dans un gouffre menant à une caverne sous-marine habitée par le côté obscur. Lequel ô horreur fait subir à Rey l’épreuve atroce qui consiste à se voir démultipliée en une longue rangée de clones d’elle-même comme dans une œuvre d’Andy Warhol, avant de subir le choc ultime de sa confrontation avec son propre et exact reflet d’elle-même dans un miroir de glace… Voilà : se voir dans un miroir. Aussi traumatisant que ce qu’elle vit le matin quand elle se coiffe devant son lavabo.

mon dieu quelle horreur, c’était donc ça ma tête !

Voilà. Voilà voilà. Bon passons hein, sur cette formation à la con, qui fait joli mais on l’a vu qui n’a aucun sens, après tout c’était pour dire qu’on la faisait afin de rassurer les pontes de Disney sur leur retour sur investissement. On sait pas trop finalement pourquoi on l’a faite, elle n’était pas nécessaire puisque que Rey s’en sort très bien toute seule, sans vrai besoin de maître, depuis le début. Rey n’a pas besoin de formation pour battre Kylo. Elle est même meilleure que Luke comparée à lui au même âge.

Je rappelle que dans le film précédent, en plein combat contre Kylo, sans avoir jamais essayé, elle récupère easy par télékinésie un sabre laser tombé dans la neige, et ce, sans effort, en se demandant même ce qu’elle venait de parfaitement faire (probablement pour la première fois de sa vie).

Comparons ça aux performances de Luke dans l’Empire Contre Attaque, et qui, prisonnier des glaces dans la caverne d’un Wampa, devait suer et se concentrer comme un cochon pour parvenir à faire à peu près trembler de quelques millimètre le même sabre…

Enfin la formation la plus inutile de la galaxie lui donne l’occasion d’avoir un aperçu immédiat des capacités extraordinaires des Jedi arrivés au stade ultime de maîtres, en particulier celle que Luke connaît bien, et qui consiste à sentir la présence de proches, et à communiquer avec eux via la force à distance, ou avec certains êtres sensibles à la force. Darth Vader détecte la présence de son fils dans le parsec et lui envoie direct dans le cerveau un vibrant et ténébreux « Luke, tel est ton destin » (bruit de respirateur artificiel). Quant à Luke, il tape carrément la discute, avec le fantôme de force d’Obi Wan décédé en lui demandant, avec une once de reproche dépité sur la révélation qu’il vient d’avoir, « Ben, pourquoi tu ne me l’as pas dit ? ». Mal en point après son premier vrai combat contre Vader, il sent la présence de Leia dans le secteur, il se concentre et l’appelle à l’aide, elle l’entend par delà la distance phénoménale, et vient le chercher exactement au bon endroit avec le Faucon Millenium: les personnes sensibles à la force disposent de dons non seulement de télékinésie, mais aussi, de télépathie, de voyance, de mediums, and much more.

On sait déjà qu’en tant que médium, Rey a des visions quand elle touche un objet imprégné de force. Comme par exemple certaines visions associées au sabre laser qu’elle trouve dans le coffre du premier épisode 7 et qui peuvent la renvoyer au passé, mais aussi, au futur.

Et alors ce qui prouve bien qu’en tant que formateur Luke ne sert à rien, c’est que Rey découvre toute seule et sans qu’il l’initie à quoi que ce soit, qu’elle communique déjà télépathiquement avec Kylo Ren d’un bout à l’autre du cosmos.

Et pas d’une petite télépathie de débutante, c’est pas du tout la petite voie pas claire au loin avec des grésillements. C’est pas le petit message brouillon et brouillé, par trop d’impétuosité ou par trop de déconcentration. Non, c’est carrément la vision en 4K, la projection imaginaire ultra réaliste, stable, en mode réalité augmentée, avec tous les détails de l’autre, audio et visuels, la profondeur, la qualité hifi. Quand on sait faire ça pour la première fois sans même se fatiguer et sans aucune initiation au principe, on se dit, « mais quelle est l’utilité de cette formation à la con ? »

D’ailleurs, Luke lui-même pas sourd à ce type de communication subspatio-spirituelle, « intercepte » le talkie walkie entre Rey et Kylo en leur faisant comprendre qu’il n’y a pas de bouton « mute » et qu’il a tout entendu voilà. Mais à part ça, il a rien à redire pour perfectionner la qualité de la transmission.

facetime messenger skype et whatsapp peuvent aller se rhabiller : quand t’as la force t’as plus besoin de forfait téléphonique

Alors c’est vrai que voir ces scènes qui n’ont aucun sens, ça passe quand même le temps, ça justifie peut-être le ticket de ciné, du moins, ça donne peut-être à ceux et celles qui sont ignares de cette saga, l’occasion de voir l’un des pouvoirs de grand maîtres de la force, en pleine action…

Et puis en terme de rappel de pouvoirs issus de la force et que Rey possède probablement complètement déjà sans le savoir, on se souvient très bien d’un jeune Luke qui pour échapper à la cryogénisation par carbonite au cours de son duel contre Vader à Cloud City, se catapultait physiquement à la verticale sur 4 mètres de haut, en échappant brutalement à la gravité, effectuant un force pull de lui-même vers le haut, un bond anormalement élevé et rapide, et trahissant par là qu’il fait de son propre corps un objet à déplacer par télékinésie.

impressionnant, très impressionnant

Dans le même ordre d’idées les maitres Jedi et autres usagers de la force, font des bonds « très impressionnants » avec ce pouvoir à l’instar de ce qui se passe dans le célèbre duel au sabre laser entre Yoda et le Comte Dooku. On y voit clairement Yoda défier la gravité, devant un public médusé par la fougue et la vivacité du vieux maître possédé par la force qui lui fait léviter et bondir du haut et lui permet des redoutables attaques en piqué sur son adversaire.

Puisqu’on en est à s’interroger sur les compétences de Luke en terme de formation avancée, le film donne des signes très indirects mais très clairs de tentatives d’entrainement de Leia, sa sœur.

Elle a probablement du être initiée à un usage puissant de la force – ce que décrit très bien l’univers étendu -, puisque, en aparté et en fondu enchaîné, le film nous laisse témoins chez elle d’un usage des midichloriens digne des plus grands maîtres de l’histoire galactique. Mais alors le problème c’est de savoir quand elle fut concrètement entraînée à atteindre un tel niveau dans la filmographie précédente (réponse : jamais).

Car nous suivons ses péripéties de Leia, dans un vaisseau amiral de l’Alliance Rebelle – pardon – de la Résistance (on a juste changé le nom mais c’est pareil vous fatiguez pas à comprendre). Donc Leia se trouve dans ce vaisseau (le Raddus, le radeau de la médusse) lui-même poursuivi et harcelé à travers le vide cosmique, par un implacable destroyer galactique du Premier Ordre commandé par Hux. Hélas, dans la violence des combats, le vaisseau amiral de Leia subit de plein fouet une explosion qui détruit et expulse brutalement dans l’espace les officiers glandouillant sur le pont. Leia en faisant partie, on se dit qu’après Han Solo, c’est la fin pour elle.

En théorie elle devrait subir un alliage unique de dépressurisation, d’ébullisme du sang et des fluides corporels, de perte de connaissance définitif au bout de 15 secondes, d’enflement expansif de l’oxygène dans son sac pulmonaire, dé multipliant son volume interne, et déchirant ses poumons, avant de produire une embolie, et avant que la surface légèrement humide de sa peau ne se cryogénise dans le zéro absolu, ce qui est on en convient une douce façon de mourir.

Et comme on a appris le décès de la regrettée Carrie Fisher qui l’incarne, on se dit que c’est raccord avec l’agenda de l’actrice.

Et là Leia non seulement s’enveloppe d’une couche de pressurisation à base de force pour ne pas que son sang n’entre en ébullition, mais une fois protégée par cette espèce de bouclier, elle effectue sur son propre corps, un force pull directionnel, pour se déplacer, presque comme le fait un Superman dans le célèbre Man of Steel de Zack Snider, avant de rentrer tranquillement dans une ouverture laissée par son vaisseau accidenté et se réfugier pépère dans une pièce non impactée. Le tout voyez, avec style, élégance vestimentaire, et alors, sans donner l’impression de forcer.

alors juste un détail, dans l’espace la cape ne peut pas flotter au vent, parce que non ya pas de vent dans l’espace

Et alors que les super-pouvoirs en lévitation de Yoda, de Luke, sont clairement établis comme très impressionnants et qu’on imagine qu’ils ont été acquis de dure lutte syndicale, cette Super-Leia qui sort de nulle part, et que rien dans le premier opus ne laissait présager qu’elle fut formée ou initiée aux arts de la force avancée, surgit ex nihilo. Comme si Rian Johnson avait fait l’ellipse de l’ellipse faite par Abrams sur le sujet. C’est comme si on avait oublié de tourner la scène où Leia démontrait un moindre signe, même infime, de maîtrise supérieure, très supérieure, de la Force.

Donc Leia fait subitement preuve de pouvoirs plus impressionnants encore que ceux de Yoda et sans vraiment donner aucune impression de difficulté. Et donc Leia, la dernière à qui l’on pourrait penser en terme de niveau de déploiement de Force dans la fine équipe des Légendes, se révèle dans ce film, la Première des Légendes au tableau, devant Yoda, et puis alors, loin, loin devant Luke hein, qui lui, est clairement à la ramasse, qui git dans son vomi de lait verdâtre, et qui avoue à Rey, qu’il n’attend que la mort. Et voilà donc le héros d’un nouvel espoir, c’est le dernier à incarner l’espoir, chez Rian Johnson. C’est le Jedi du bas du tableau, qui jadis faisait la fierté de qui l’aimait, et aujourd’hui, fait presque pitié.

Ce qui nous ramène au problème fondamental du premier et d’ailleurs du second film, c’est à dire de présenter les premiers comme les derniers, voilà, je parle bien du déclin des héros du genre masculin.

Des héros du genre indéniablement bien masculin, étaient sensés être les premiers héros historiques, mais là, avec l’aide de la nouvelle direction de Lucasfilm chez Disney, ils galèrent à maîtriser leur talent et à le développer dans l’adversité réelle. On voit des hommes qui doutent, qui fautent, narcissiquement démolis ou coupables, qui déchoient, castrés, et flanqués de personnages féminins invincibles, moralement exemplaires, plus intelligents, qui les surclassent sans effort. Et pour dire quoi ?

les mecs ça sert trop à rien

Dans le même ordre d’idée que les leaders masculins émasculés se sont fait remplacer par des boss dominatrices aux airs sévères et supposées plus intelligentes, plus morales, plus profondes, plus humaines, plus belles intérieurement, on a le personnage de la vice amirale Holdo, qui pour diriger rien de moins qu’une bande de Résistants (ou de Rebelles), tous épris de Liberté face à l’Oppression Vestimentaire Grise et Terne du Premier Ordre, adopte pour cela une Robe du Soir et un Brushing Vanity Fair doublé d’un mépris systématique pour le genre masculin, pour changer.

la liberté style haute couture

A la limite le côté girl power de cette trilogie, pourrait être sympa si ces femmes héroïnes dominantes étaient véritablement admirables et crédibles, par leur courage, par leur intelligence, par leur réactivité humaine… mais non ces femmes parfaites gagnent parce que le script veulent absolument qu’elle gagnent même si l’histoire en devient chiante à crever assis, la victoire facile achève toutes leurs actions. Elles giflent l’héroïsme masculin dans des scènes scriptées toujours à leur avantage, et humilient l’homme quoi qu’il eut fait, « parce qu’il est masculin », mais in fine, ces héroïnes alignent des décisions stupides, improvisées au fur et à mesure, pas moins discutables que celles des hommes.

Considérons comme meilleur exemple de ce propos, la décision ultime de Holdo, de retourner son vaisseau initialement en fuite, pour le précipiter contre le vaisseau géant qui la poursuit implacablement, ceci, selon une manœuvre audacieuse : en se retournant, en s’alignant sur la trajectoire du vaisseau ennemi et en enclenchant quoi à bout portant : la vitesse de la lumière… Mais pour exécuter cette héroïque manœuvre, elle prend la décision de rester seule derrière sa console de vol programmable, absolument plantée debout, dans le vaisseau à crasher…, et alors, après avoir demandé à tous les autres d’évacuer le navire au préalable en prenant les capsules de sauvetage prévues à cet effet.

le résultat de cet impact à la vitesse de la lumière est plutôt irréaliste, normalement, l’énergie cinétique pour porter un objet solide à cette vitesse serait incommensurable, et donc l’impact dégagerait une énergie tout aussi incommensurable et bien plus aveuglante que le visuel qu’on voit ci dessus… Holdo n’a donc pas vraiement enclenché une telle vitesse, elle a enclenché l’hyperdrive qui consiste à plonger son vaisseau dans une dimension parallèle où l’on peut s’affranchir des contraintes d’espace temps conventionnelles

Alors, encore une fois, dans le cahier des charges du film, il faut des héros et des personnages courageux et valeureux, et donc établir la haute valeur du personnage de Holdo… et cette action certes courageuse sur le papier, de ne pas quitter le navire, de tenir la barre, jusqu’au bout, suggère le sacrifice ultime de sa vie : et n’a en fait, techniquement, absolument aucun sens. Car déjà, Holdo n’avait pas du tout besoin de renoncer à prendre une capsule de sauvetage, pour rester plantée seule debout dans le vaisseau qui se pilote non pas à la main mais avec une console programmable.

Je veux dire qu’à ce niveau de technicité, conduire un croiseur du calibre du Raddus c’est pas la même histoire que de tenir une barre en bois reliée à la direction par des poulies mécaniques. Et dans le pire des cas un vulgaire droïde séparatiste reprogrammé fait l’affaire, il se crashe volontiers sur ce qu’on veut, en débitant un ultime « bien reçu bien reçu« .

Donc voilà pour Holdo, une belle mort héroïque, pour faire héroïque, mais sans aucun fondement sur le plan pilotage, et puis donc, comme le reste, qui fait passer le temps, et complètement cousue de fil blanc.

S’il n’y avait que ça, à reprocher à cette jolie scène, qui à la limite fait ton sur ton avec le traitement de toutes les héroïnes. Mais en fait, la scène suppose que le technologiquement les vaisseaux de la saga se déplacent d’un point à un autre en hyperdrive sans être dotés d’aucune sécurité. Or, ce que Holdo aura accompli c’est à dire lancer l’hyperdrive sans sécurité est lourd d’implications. Par exemple, le Faucon Millenium, comparé à l’étoile noire ou même à un super croiseur impérial, est un vaisseau de petite taille, mais est capable d’aller à la vitesse de la lumière avec un moteur type « hyperdrive », et ces vaisseaux peuvent être auto-pilotés par un droïde R2D2… ce genre de petit vaisseau supra luminique, sans système de sécurité les empêchant de repasser en espace réel et en propulsion réelle, n’a donc, pour dégommer des gros à la façon Holdo, pas besoin d’autre chose qu’un petit droïde, en mode autopilote, qui le lance en hyperespace, et qui perfore donc la défense d’un croiseur impérial ou même, d’une étoile de la mort.

A cette vitesse radicale, la technique Holdo peut détruire par perforation n’importe quoi, même une planète d’ailleurs, puisque cette méthode envoie un projectile à une vitesse au delà de celle de la lumière, ce qui selon la théorie d’Einstein, dont je vous laisse reprendre les équations simples, équivaut à dégager sur un point de la cible visée par le kamikaze, une énergie de destruction supérieure à celle d’une explosion stellaire, une supernovae. Bref, l’unlocking façon Holdo du moteur à vitesse supra luminique pose le gros problème de la nécessité absolue de construire pour Palpatine, une « étoile de la mort », puisqu’un dégât théorique supérieur peut être finalement produit avec un simple vaisseau monoplace doté d’un système hyperdrive embarqué. Et donc, le premier élément du pouvoir impérial qu’est l’étoile de la mort, se révèle être grâce à Holdo, la dernière des menaces réelles ; tout comme le dernier des petits vaisseaux peut, en mode kamikaze avec une sécurité shuntée, anéantir le premier… voilà qui donc rend complètement absurde, toute la tactique militaire développée pendant des décennies par les séparatistes, par l’Empereur, par les pirates de la bordure extérieure, et d’ailleurs ça rend caduque toute tactique militaire élaborée par ailleurs par les Rebelles groupées en flottes (mais finalement, pourquoi faire une flotte au juste ?), dans toute l’histoire de la Galaxie, jusqu’à celle même présentée au début du film lui-même.

Oui, car je signale donc que le début de l’épisode 8, ne s’introduit pas vraiment là où l’ancien s’est arrêté, c’est à dire, sur ce plan aérien à l’hélico, où Rey tend émue le sabre laser familial à Luke…

…qui lui, heu, bof, la regarde avec un air complètement ahuri, absent, et inexpressif.

Non, le film s’inaugure par un moment de bravoure masculin, celui de Poe, qui embarque avec lui une série de bombardiers lourds pour attaquer le puissant croiseur du premier ordre dirigé par Hux.

Et l’opération bien brave, est couronnée d’un résultat digne du débarquement sur la plage d’Omaha Beach. On va sur un script quasi sacrificiel là aussi, où à peu près tous les bombardiers y passent bêtement avant d’avoir atteint même le bout d’un premier quart de distance vers leur objectif. Un acte de bravoure masculin couronné d’échec, qui devait être comparé à un acte de bravoure féminin, foudroyant, absolu, et fatal à l’ennemi.

Et tout emporté par l’urgence de cette comparaison homme-femme biaisée, qui constitue finalement le plus important de tout, le cerveau de l’auteur du script de ce film, n’en a même pas envisagé les implications logiques : n’importe qui voyant que cette technique de combat spatial est possible ne comprend plus pourquoi Holdo n’aura pas préparé le « plan secret » d’un X-Wing téléguidé à la vitesse de la lumière sur le cœur du vaisseau destroyer adverse, et adieu Hux.

Donc en résumé, on a là un sabordage logique complet dû au manque de documentation du réalisateur pour la technologie hyperdrive, et qui, pour satisfaire une pénible petite comparaison des sexes, à la gloire d’un marché cible féministe entiché de lui-même, introduit un élément de tactique militaire certes innovant dans l’univers Star Wars, certes jamais vu auparavant, c’est clair, mais, qui très logiquement, bousille tout le sens de la saga qui précède, dont celui de l’excellent épisode Rogue One – a Star Wars story, tout en rendant complètement absurde la nécessité même du développement d’une « étoile de la mort », puis d’un film au sujet de la récupération de ses plans et puis, d’une aventure concernant sa destruction par un groupe de pilotes chevronnés… cette arme de destruction massive, devient justement – parce qu’elle est énorme – , une cible facile, qu’un projectile radiocommandé ou préprogrammé, de très, très petite taille mais de très très grande vitesse : détruit complètement…

L’égotisation des femmes élevées et idéalisées, toujours au détriment d’hommes forcément avilis et déchus, finit par suinter du script à un niveau si évident et caricatural, qu’elle satisfait peut-être les fantasmes d’une cible commerciale à la fois féministe, urbaine, et progressiste, d’un âge moyen de 20-35 ans, mais surement les fantasmes de la présidente actuelle de Lucasfilm, qui ne cache pas ses orientations politiques, ses goûts personnels, et son féminisme explicitement misogyne. Le problème, c’est qu’au nom de la satisfaction de l’égo trip de la présidente de Lucasfilm, Rian Johnson exécute bien benoitement sa flatterie au mépris de toute cohésion avec l’œuvre globale dans laquelle la sienne doit s’inscrire. On en arrive pour le plaisir de la présidente, non seulement à un show pollué par des séquences d’humiliation masculine sans fondement, mais doublées d’absurdité, d’une pseudo « logique » qui donne toujours aux figures féminines du film, des pouvoirs absolus, en passant par Rey la Mary Sue, puis par Super Leia, puis enfin par Holdo avec un pouvoir de destruction absolu de tout sur tout… Ça devient lourd, très lourd cette pathétique flatterie présidentielle. Si j’avais vraiment voulu réfléchir à la question problématique posée par l’absence de rapport de force équilibré dans une philosophie où l’homme éprouve la valeur de sa vie à travers le combat, ce n’est pas la licence Star Wars qu’il me fallait, mais « One Punch Man » (le manga ou l’anime sont des références absolues sur ce sujet fascinant).

A l’homme la déchéance, à la Femme, la victoire facile, qui anéantit le sens et les valeurs de tous les films qui auront été tournés avant. Rian Johnson filme ainsi, complaisant, et soumis au caprice de sa Présidente, La Femme avec un grand F bien flatteur, qui prétend faire mieux, sans même savoir si, en étant féminisée de la sorte, ses décisions n’en sont pas moins stupides, moins absurdes, et moins vides de perspective.

Du destin creux d’un vilain de surface

être une personnalité de surface ou de grande surface, telle est la question

Alors c’est clair que sur le plan narratif, ce film ne peut fonctionner sans un vilain suffisamment vilain. Alors niveau vilain il y en a de trois sortes. Le petit vilain, réel, très bien armé, mais risible et méprisable, Hux. Le vilain moyen, c’est à dire Kylo, spectaculaire à ses heures, capable de nuisance réelle et de décision cruelles et dramatiques, mais, limite cosplay, manquant de réussite, incertain, troublé, se présentant toujours comme sur le point de basculer. C’est l’aspirant Darth Vader de la nouvelle trilogie, mais en mode stagiaire. Enfin, le super vilain, le cerveau de l’affaire, mauvais, manipulateur, prétentieux, planificateur, traitre, surpuissant, overcheaté, doté d’un pouvoir démesuré et écrasant, réussissant à exprimer et à faire triompher pleinement sa vilenie, et là on parle de Snoke.

la mocheté vaincra

Normalement, l’épisode 7 aurait du permettre à Rey de l’emporter contre Hux et le tuer, mais d’éviter complètement l’affrontement contre Kylo, trop fort et trop dangereux pour elle. Puis l’épisode 8 aurait permis à Rey un peu plus entrainée et formée par le vieux maître retiré des affaires, de se confronter dignement et plus directement à Kylo après son entrainement. Avant de malheureusement subir sur la fin un revers cruel, lorsqu’il la déstabilise en lui révélant qu’elle est la fille cachée de Snoke produite à partir de ses propres brins d’ADN dans un labo de clonage de Kamino. Et enfin, après quelques jours pour cuver sa déconfiture et se rafistoler physiquement, Rey aurait pu réapparaître dans l’épisode 9, pour surpasser le Kylo en trop, premièrement, avant de s’allier à lui et terrasser Snoke avec l’aide du pouvoir de l’amitié. Feu d’artifice final, the end.

Car la construction d’une œuvre en triptyque, ou en trilogie, répond à une norme narrative qui garantit que l’adversité d’un ennemi soit toujours assez contraignante pour servir de « moteur à intrigue », de motivation minimum. L’adversaire : est dans ce cas, le véritable acteur du récit, et un bon récit, s’appuie intégralement sur la force progressive et croissante des adversaires sur laquelle s’adosse la progression des compétences du héros. Il faut que le vilain, soit en capacité de nuisance suffisante pour inquiéter les héros lesquels vont devoir trouver des solutions à la hauteur de la nuisance à laquelle ils font face. Et une fois un vilain mis sur la touche, on passe au level suivant avec un vilain au dessus, un peu plus retors que le précédent, et ce jusqu’au boss final qui demandera vraiment de tout donner.

Une trilogie doit donc avoir trois vilains à trois niveaux de puissance. Un enfant comprend ça.

Alors si J.J. Abrams a cru bon d’introduire dans la trilogie des têtes de vilains génériques comme Hux et ses troupes, Kylo et ses chevaliers, et Snoke et ses… subalternes ou apprentis… c’est qu’il avait probablement vaguement en tête le « schéma classique », éprouvé et usité par G. Lucas antérieurement, et que je vous ai exposé quelques lignes plus haut.

la mocheté triomphera

Seulement voilà, J.J. Abrams est sorti de ce schéma pourtant simple et qu’un enfant comprendrait, au point de ne pas vraiment faciliter la vie future des réalisateurs suivants. Car J.J. Abrams a quand même, plus que chié sur la trilogie, avant de céder son bébé. Il a en fait réalisé bien trop tôt la confrontation entre Rey et Kylo déjà, alors que normalement Rey n’avait pas à affronter Kylo si tôt dans la nouvelle trilogie (parce qu’elle n’est pas de taille contre lui en tant que débutante de la force). Mais pire, il a ensuite dès le premier épisode, fait remporter à Rey l’inexpérimentée, un duel à l’épée laser contre Kylo : une dinguerie inexcusable en l’état qu’il s’est bien gardé d’ailleurs d’expliquer clairement en refilant la corvée épineuse d’une improbable explication au réalisateur d’après. Du style, je fais ce qui me plait et après moi le déluge.

Kylo devait démontrer sa puissance et sa folie, en tuant – pourquoi pas – Max Von Sydow puis Han Solo, mais surtout, il devait surclasser Rey, en pouvoirs, en force, en technicité, dans l’épisode 7. Mais, en laissant les idioties féministes triompher facilement dans l’épisode 7, J.J. Abrams a filmé un Kylo qui échoue à pénétrer mentalement Rey Sue, à capturer Rey Sue, à retenir Rey Sue, à lui inspirer la crainte, et enfin à la dominer au duel au sabre laser. En ceci, il reste probablement à jamais impuissant à valoir un bon Darth Vader. Comparé au Vader de la fin de Rogue One qui faisait couiner de terreur et valdinguer les membres de l’alliance Rebelle lui barrant le route, Kylo est donc un gros poisson factice, évidé du pouvoir de soutenir la structure même d’un scénario en trilogie. Sa faiblesse rend creuse et inutile la perspective d’une formation nécessaire de Rey par Luke, laquelle apporterait à l’héroïne une capacité crédible à surprendre son futur adversaire.

Quant à Hux il devait claquer dès l’explosion de la base Starkiller : le tout, dans un premier sursaut d’éveil à la force chez Rey, intense mais bref. Et résultat, on le retrouve en train d’aboyer frais et pimpant, toujours identique à lui-même, dans le second épisode, comme si Rey ne l’avait donc pas vaincu, alors qu’il devait être le premier à y passer.

vous aviez vraiment imaginé le retrouver tel quel dans l’épisode 9 ?

Il est énorme de penser qu’au fond, une « nouvelle » version de la saga basée sur la notion de Force, fasse l’impasse sur la question des rapports de force entre personnages et sur comment équilibrer les niveaux de leurs forces respectives, pour que leurs confrontations soient intéressantes. Car finalement la question des rapports de force est faussée dès le début et toute la trame, toute la motivation qui pourrait s’appuyer à teaser certaines confrontations, en est comme vidée de toute énergie, de toute substance.

Et si la première confrontation Rey / Kylo était plutôt à développer non pas en fin d’épisode 7 mais au cours de l’épisode 8 après la formation délivrée par Luke, filmer une victoire humiliante au sabre contre Kylo n’a de sens, que si la victoire est précédée d’une défaite cuisante contre lui – pour qu’une revanche se justifie psychologiquement.

Et de même, il est impossible de transcender le cycle de la revanche et de la vengeance entre Rey et Kylo, pour former « l’union des ennemis de jadis », sans que les forces jaugées n’aient au moins été, en combat, dignes l’une de l’autre, au moins une fois auparavant.

Et donc on a sur le plan narratif, une trilogie qui commence avec un réalisateur J.J. Abrams lequel l’inaugure sans jamais avoir la décence de laisser les autres réaliser leur part dans l’histoire globale, en particulier celle qui consiste à donner un poids et une crédibilité au vilain, au bon moment.

Et imaginez Rian Johnson, héritant d’un tel problème de construction structurelle d’une intrigue supposée étalée sur trois volets, rêvant de réaliser « Kylo Contre Attaque »… il aura probablement clamé au visionnage du premier film un « Wow merci J.J. du cadeau. En laissant Rey humilier Kylo en duel au sabre laser, Luke n’a plus rien à lui apprendre de plus, et vu son niveau, Kylo est un cosplayer qui ne pourra jamais battre Rey« .

Comme on l’a dit : Kylo est un vilain qui ne pose aucun problème suffisant à Rey : il ne remplit pas sa fonction de moteur scénaristique. Et Kylo a quelque part vaincu Luke lequel est tombé plus bas que bas. Et Rey a vaincu Kylo. Donc Rey est même sur le papier bien plus forte que Luke, et sa soumission à lui comme élève est une pure aberration psychologique. Car la formation de Rey ne sert évidemment plus à rien si elle bat qui elle veut. En gros, comprenant que Rey est trop cheatée, Rian Johnson a du se dire qu’elle ne pouvait pas subir de revers de la part de Kylo aux grandes oreilles décollées, dans un second volet et s’est donc mis à embrayer directement sur la réalisation du troisième volet.

Eh oui, zappant ce qu’il est supposé faire dans le second volet de la nouvelle trilogie, il saute directement à l’acte 3 où il introduit un rapprochement trouble entre le jeune Kylo et la jeune Rey, comme si Georges Lucas avait zappé « L’empire Contre Attaque » pour précipiter son héros chez l’empereur du « Retour du Jedi » et sa garde prétorienne, afin que le père et le fils se battent vite fait ensemble, et pas au préalable « l’un contre l’autre ».

On retrouve donc sans surprise trop vite Rey et Kylo chez Snoke, dans le droit fil d’une scène à peine plagiée sur la rencontre de Luke et de Palpatine près de la lune d’Endor.

Pour qu’au moins Kylo se retourne contre le leader suprême, comme Darth Vader se retourne contre Palpatine, pour que Kylo s’allie avec Rey, et pour qu’à deux, un minimum de sport soit possible contre le leader suprême. Ce qui de toutes façons constitue une suprême « case à cocher mandatoire« , un élément du saint script lucratif d’origine à mettre quelque part dans la trame pour que les investisseurs aient leur compte et leur garantie.

Car mais si l’on ne sait pas vraiment pourquoi , on constate que Snoke est techniquement du niveau Légendaire. Il est capable de faire des force drag, force push et force pulls, depuis n’importe quel zone de la galaxie sur n’importe qui à distance, et de trainer sur le sol à distance des subalternes incompétents d’un bout à l’autre du quadrant. Mais, l’idée est qu’en unissant leurs deux doses de midichloriens, les deux jeunes espoirs de la force pourraient affronter dignement Snoke.

Et alors que Kylo est premièrement présenté comme un piètre apprenti du côté obscur et incapable de vrai talent, on découvre qu’il sait en bon Sith complètement masquer son usage de la force et ce au point de rendre indétectable une manœuvre télékinésique produisant l’assassinat à distance du leader suprême.

on t’avait pas dit qu’un sith essaie toujours d’assassiner son maître ?

Kylo trahit donc Snoke d’un habile coup de sabre laser tourné subrepticement et activé à distance pendant que le leader suprême est concentré sur la conversion mentale de Rey au côté obscur. Le sabre laser fatal transperce par surprise le leader de part en part dans l’opération, et Snoke tombe comme une merde au pied de son propre trône.

Ah bah celle-là personne ne l’attendait. C’est original. Faire une trilogie et buter le boss final dans l’épisode numéro deux.

Et donc il claque la bave aux lèvres, sans qu’on sache finalement qui il est, quelle est son histoire, et le pourquoi du comment de sa force phénoménale. Alors qu’on avait développé un Palpatine mieux que ça quand même dans les trilogies précédentes là vraiment c’est un méchant au background inexistant qui s’en va avant même qu’on ait le temps de s’habituer à sa méchanceté.

on peut dire que Rian Johnson a inventé un nouveau type scénaristique : l’éjaculation scénaristique précoce. Un concept qui rentrera dans les annales de la licence

Même si – à la suite sa trahison – Kylo prend immédiatement la place du leader suprême vaincu et rehausse légèrement aux yeux du spectateur lambda son blason de vilain, l’ennemi de mon ennemi n’étant plus si inamical, on n’est en fait plus si certains de savoir si buter Snoke n’a pas fait pire c’est à dire rendre l’antagoniste sympa aux yeux de Rey… Aussi sur un plan purement technique, Kylo gagne mais n’hérite pas magiquement de la surpuissante, de la légendaire, et de l’inexplicable force d’opposition de Snoke. Cette accession au trône est plus opportuniste qu’autre chose, et ne sert donc en rien l’histoire à suivre qui manque donc d’un vrai vilain capable de poser un réel problème à Rey.

Même si Kylo est plus intelligent dans le côté obscur qu’il n’y paraît au premier abord, son accession à la fonction de leader suprême ne change absolument rien au problème posé par l’inversion du rapport de force entre lui et Rey, dès le commencement de tout, et le fait qu’il aura perdu non seulement son duel contre elle, mais qu’il n’a pas non plus la capacité de la contraindre par force mentale, de la perturber, de la déstabiliser : il n’a jamais battu Rey, en fait, sur aucun plan, et se faire Snoke sur un élément de surprise et un coup de chance, ne change rien au fait qu’il n’est toujours pas un vrai moteur, donc pas un vrai vilain suffisant pour elle.

Donc le handicap de ce second film de trilogie, ce ce n’est pas autre chose qu’il part amputé d’une partie importante de sa propre énergie dramatique et motivationnelle, et qu’il doit avancer sans pouvoir développer les scènes qu’il aurait du développer, et qu’à la place il remplit l’absence de défaite contre Kylo, par des mini arcs narratif inutiles et bouche trou, des faux suspens, des faux débats, une intrigue en trompe l’œil. Et que pour conclure son film et passer le flambeau, Johnson essaie maladroitement de réparer Kylo, en réparant l’estimation de sa force inaugurale, en troquant ce duel initial contre Rey si important et si minablement perdu, contre une victoire personnelle contre Snoke…, ce qui oui, rehausse donc son blason mais, pas assez clairement, pour devenir plus inquiétant que ça.

et puis, on peut pas dire que Kylo est inquiétant, enfin si, il est inquiétant, mais pas exactement au niveau où on l’attend, on s’inquiète plutôt pour son goût vestimentaire

Enfin même si Kylo prend du poil de la bête, aucune de ses confrontations ne permet plus de juger et de jauger sa véritable force. Sur la fin du film, il affronte quand même sur Crait en face à face notre cher Luke Skywalker himself qui sort enfin de sa retraite, pour aider Rey et la résistance à fuir.

Car le but de Luke n’est pas de gagner le cœur de Kylo. Il ne souhaite pas faire basculer Kylo du côté lumineux. Juste danser un peu avec lui pendant que les autres filent par derrière. Et ce faisant il reste bien contraire d’une part à son personnage qui dans la trilogie originale aurait profité du trouble du jeune homme pour le côté lumineux pour l’y faire basculer. Mais non, dans ce film, Luke est un mort vivant, le fantôme de lui-même. Son baroud d’honneur sera de jeter ses dernière forces en se battant pour du beurre, faussement, virtuellement, sous forme de projection de force ghost mais de son vivant. C’est à dire qu’il crée un leurre tangible pour que Kylo puisse se concentrer dessus et mouliner du vent à vide avec son sabre laser rouge. Il joue au chat et à la souris quelques minutes avant que Kylo le transperce et ne s’aperçoive qu’il n’est pas réel, qu’il est une projection de fantôme de force à distance. Un exercice épuisant qui après ce gain de temps mémorable qui bouche bien les derniers instants d’un film qui ne sait pas comment remplir son temps contractuel. Le réalisateur en profite pour organiser la sortie de Luke de la saga. Vieux et épuisé comme Yoda après un effort cinématographique important, consistant a sur-jouer une sous-version de lui-même, Luke s’évapore et disparaît enfin, en laissant supposer qu’il ascensionne et réapparaîtra directement comme véritable force ghost la prochaine fois.

Sur le papier, la mort de Luke devait nous émouvoir, et aussi, un peu nous insécuriser. Mais en fait : bah non. Luke était devenu comme un vieil alcoolique, et comme il manque donc à la fin de ce second opus rien de moins qu’un vrai vilain flippant clairement opératoire et au niveau de vilenie incontestable, dont on connaît et comprend les motivations, qui a été assez élaboré pour qu’on apprécie l’antagonisme qu’il propose : on n’est pas prêts, avec ce qu’on a, d’être inquiétés, pour la fine équipe de Poe, Finn and Co.

Et avec tout le foutraque loufoque et vite expédié que représente le boulot de Johnson faisant suite à celui d’Abrams, il faut avouer que pour le troisième et dernier opus de cette trilogie, il faudra inventer (ou déterrer) à la dernière minute un vrai vilain improbable, qui servirait d’antagoniste de secours, de méchant de fortune réchauffé et lyophilisé, histoire de finir cette « suite de trop », mal branlée dès le début par des financiers et des réalisateurs plus empressés d’instaurer des personnages flatteurs, qu’établir dans leurs choix de réalisation des rapports de force au bon moment et sur les bons actes.

Du remplissage du temps de film qu’il reste

Sans un Darth Vader de service utilisable, clairement, Rian Johnson il a fait ce qu’il a pu avec Kylo, c’est à dire à proprement parler, précipiter la fin de la trilogie en faisant plus un diptyque qu’une trilogie. Et d’ailleurs, faute de savoir vraiment quoi faire de ses deux héros dysfonctionnels, il lui a fallu trouver des idées bouche trou pour meubler son œuvre, avant le générique de fin libérateur. Entre les climax à contre temps, il aura du faire un quasi film d’attente. Le tout, en plus, en respectant un « cahier des charges débile ».

Pour premier exemple de ce cahier des charges débile, la romance Finn Rose, tout droit sortie de nulle part. Qui existe parce qu’elle doit exister dans le scénar’, et qui arrive comme le reste d’une façon particulièrement mal amenée et même frustrante : Finn étant devenu mauvais en tant que personnage, déjà en tant que déserteur, il abandonne autant par lâcheté le premier Ordre que la Résistance, en n’étant digne ni de l’un, ni de l’autre. Il finit par comprendre qu’en lui prenant son courage, le Premier Ordre lui aura tout pris. Car en fait il se sait indigne et inutile, autant lâche comme stormtrooper, que comme résistant, et l’amour subit de Rose pour lui tombe comme une mouche dans la soupe et n’a aucun sens. Cet amour révélé pendant l’élan où il se décide à combattre en face à face, interrompt à peu près le seul acte signifiant que Finn était prêt à faire pour donner à sa trajectoire un minimum de valeur, le premier et le seul acte de courage contre l’Ordre – qui lui aura tout pris, enfance compris.

Mais c’est sans compter sur on ne sait quel remaniement de script insistant, de dernière minute, qui veut qu’un homme, dans ce film, ne peut pas être grandi. Et le baiser sentimental que Rose lui vole après avoir bêtement avorté et entravé son combat personnel, tue littéralement le sacrifice dramatique qu’il était prêt à faire pour se racheter en affrontant en face ses propres démons.

Et l’actrice qui joue Rose, et qu’on a flanqué d’un script pareil, n’est pour rien dans cette castration, pas plus que l’acteur qui joue Finn et qui doit souffrir une romance brise burnes ultime, sans plus de cause que d’effet et sans autre motivation que de remplir une putain de nouvelle case à cocher.

Autre bon exemple de la nécessité de remplir le vide laissé par l’absence de vraie confrontation équilibrée entre les protagonistes, par une séquence bouche-trou, un plan « filler ». Séquence où Rian Johnson ouvre en plein film, un arc narratif secondaire, un trip à Canto Bight avec un intermédiaire louche (Benicio Del Toro), amoral, qui les plante et les trahit et au bout de quoi l’équipe s’en retourne d’où elle vient pour n’arriver à rien. On a là un tour de carrousel, planté puis déplanté tel quel, sans qu’il n’apporte ni ne retranche rien à l’intrigue générale. Personne, spectateurs compris, ne serait en mesure de déterminer le sens de cette parenthèse Canto Bight, si ce n’est d’user d’un peu de temps de pellicule additionnel, histoire de justifier qu’on fasse un film Star Wars dont l’aventure épique se doit d’avoir une durée de projection définie contractuellement.

absolument mes très chers, absolument

Et finalement c’est tout ce qu’on pourra se dire : à vouloir créer des héroïnes invincibles, pour plaire aux féministes de moins de 30 ans, la saga n’a techniquement pas besoin de se projeter sur trois étapes, un seul et unique film à sens unique suffisait. A l’instar de ce que Disney aura déjà produit avec Captain Marvel, héroïne overcheatée pour qui l’on n’aura jamais aucune crainte et qui n’a vraiment pas besoin de trois films puisque la victoire finale lui est techniquement possible et sans effort dès le premier.

Et pour achever cette pénible débauche de réussite féministe sans faille, on apprend que Rey n’est la fille de personne. Oui, elle n’est qu’une fille comme une autre. Pas la fille cachée de Obi Wan et de le Duchesse Satine de Mandalore, pas celle de Luke, pas celle du Conte Dooku. C’est la fille de pégus locaux. Et comme ça, on a enfin la réponse sur les origines artistocratiques ou élitistes de Rey.

En fait, Rian Johnson ne développera pas le drame familial que j’ai imaginé en révélant à Rey qu’elle est la fille de Snoke qui lui dit « Je suis ton père ».

Pour expliquer que Rey surclasse tout le monde, Johnson s’appuie sur une posture politique, une conception non pas conservatrice mais démocrate et progressiste de la force, plutôt conçue comme universelle et humaniste, et pas comme conservée et transmise d’une élite aristocratique à elle-même : Rey n’a pas hérité de ses midichloriens. Cette manifestation suprême de force en elle, n’est pas génétique ; c’est la force pure universelle elle-même qui choisit de se manifester en Rey. Et cette force, qui choisit qui elle veut, où elle veut, et quand elle veut, d’une enfant errant dans la boue à un prince pétant dans la soie : c’est la vraie force.

En gros, il y en a qui ont la science infuse : mademoiselle, elle, a la force infuse.

Pour parachever l’illustration de ce concept, le film se termine, sur une apothéose où Rey soulève à peu près seule une montagne de pierres énormes, quand Luke, à son niveau de formation, en relevait une ou deux petites, à peine à quelques centimètres au dessus de lui.

Et ça finit sur la jolie musique entraînante de la saga, sur un quasi air de fête alors que bon, la Résistance aura morflé, et après la quasi destruction de son arsenal bombardier, stratégique et logistique, la Résistance a passé le film à fuir et à voir à peu près la totalité de sa flotte anéantie.

Il n’y aura même aucun rapport entre la tonalité émotionnelle de la fin du film, la fierté de ces dames, et la réalité de ce qu’on y a concrètement présenté : la Résistance est dépouillée humainement et matériellement.

Le dernier réalisateur

Du coup Rian Johnson ne réalisera pas le troisième opus de la saga, parce qu’il est clair que le climax prévu en fin du 3eme volet est finalement déjà advenu directement à la fin du second… Et on est presque certain qu’il se félicite d’avoir trouvé des idées pour remplir sa copie et y boucher les trous, pour ne pas avoir à développer de drama familial et aucun scénario qui va avec. Son illustre prédécesseur n’aura pas résisté à la tentation de se vautrer dans l’action pure et de donner prématurément à son héroïne une victoire en duel contre Kylo Vader, victoire qu’on attendait bien plus tard. Même problème pour Johnson, il n’aura pas résisté non plus bien longtemps à la tentation de diriger lui-même la mort de Snoke Palpatine sans même prendre la peine de lui donner une histoire antérieure. Et pourquoi faire au juste ?

Car, à quoi bon écrire une histoire expliquant le niveau ahurissant de Snoke ? Inutile ! C’est comme pour Rey, lui aussi, lui aussi, il aura eu la force infuse… Pratique ce concept, qui permet une jolie feignasserie sur le plan de l’écriture d’un arc familial dans star wars, et qui permet même de s’affranchir de l’écriture d’un personnage tout court.

Et alors, Rian Johnson laissera donc le plaisir ultime, au dernier réalisateur du dernier opus, d’avoir à torcher profond, un bébé encore plus chiasseux que celui qu’il aura reçu dans les bras, soit, un troisième film de trilogie, qui n’a plus aucun contenu intéressant à montrer en relation avec ce qui précède, parce que tous les arcs dramatiques sont derrière, tous les climax sont déjà atteints : la formation est faite, le vieux maître vert est évaporé, les méchants sont battus, convertis, basculés, les secrets sont révélés (ton père c’est personne) les intérêts familiaux évacués par l’artifice théorique sur la nature de la force : il n’y a plus rien à faire d’intéressant dans ce 3eme film… lequel promet d’être une purge, pour le dernier réalisateur, à savoir, le plus vide et insipide des bouche trou de culture pop internationale jamais conçus, d’une part, et le plus compliqué techniquement à réaliser d’autre part. Car oui : vous avez oublié ? Rian Johnson a mis un point d’honneur d’un côté à faire mourir dans le film toutes les Légendes dont les acteurs Harrisson Ford & Mark Hamill sont encore vivants, et de l’autre à faire revivre dans la gloire le personnage de Carrie Fisher : la seule actrice qui n’est plus parmi nous pour assurer le prochain tournage.

Car qui peut décemment encore espérer tirer quoi que ce soit de paroxystique, d’une énième histoire d’affrontement sans fondement et sans enjeu, entre Kylo et Rey, à base de poses badass stylées et sans qu’on ne saisisse le pourquoi de ces confrontations finalement ?

Car si Kylo est indigne de Darth Vader, Rey n’a même pas la dignité d’une personne. Elle n’a toujours pas d’histoire, elle ne sait même pas ce qu’elle fout dans ce film. On n’en sait pas plus d’elle que ce qu’on savait de Snoke. Rey aurait pu mourir et ça aurait été la même absence d’émotion du public pour elle, car son personnage n’est pas développé, pas fondé, n’a pas d’origines claires. Rey ignore même jusqu’au pourquoi de sa propre force exceptionnelle, elle ignore (comme le spectateur) le sens même et la fonction de sa place dans cette trilogie et aucun des responsables de ces foutus films qui se précipitent sur leur agenda n’aura eu l’idée de lui donner ne serait-ce qu’un moindre véritable but dans la vie.

Et l’on quitte donc le générique final de cet épisode 8 bien joliment réalisé, qui a gagné du temps pour gagner du temps, et qui pour le reste, nous laisse sans plus aucun vilain crédible, sans plus aucun espoir d’explication sur lui, sans véritable antagoniste, sans rapport de force clair, avec une héroïne qui ne perd jamais, dont on ne sait toujours rien, hormis qu’elle ne se voit elle-même que comme identique à une figurine vide, clonée par milliers, et disposée de façon rectiligne dans un sous-sol.

Avant d’être vendue à la chaîne sur une étagère, pendant la période des fêtes de fin d’année.

Si tant est que ça se vende.

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