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Star Wars 9 – Le sprint final d'une course déjà terminée

05/01/2020 Commentaires fermés
sinon, la musique elle en jette

Dans un article de Libération, l’entraîneur Vincent Clarico expliquait pourquoi le meilleur des relais 4 x 100m n’est pas forcément composé des meilleurs performers individuels.

Et il en va de même pour des trilogies cinématographiques conçues comme un relai 3×100 mètres. Le premier réalisateur tend le relai au second.

Mais uniquement au bon moment dans la course c’est à dire sans avoir couru trop loin au point de dépasser la zone de passation. Il faut que le coureur ne cherche pas l’exploit individuel, et laisse son égo de côté pour se synchroniser au coureur suivant.

Et bon, une fois le témoin passé, le second réalisateur court sur le bon couloir, dans la direction suggérée suivant la vitesse appropriée.

si tant est qu’il ait envie de courir déjà.

Le tout sachant qu’il repassera le même témoin à un troisième réalisateur pour la troisième partie de la course.

un témoin en bon état si c’est pas trop demander

Le tout sans chier partout sur le couloir attitré, sans se balader et perdre du temps. Ni sans franchir la ligne d’arrivée en oubliant carrément l’existence du troisième coureur.

Alors clairement, le troisième réalisateur héritant d’une fin de course aussi haletante à courir, c’est lui :

Colin Trevorow

Qui, jugeant que les considérations féministes préoccupant la direction n’ont aucun sens dans l’univers Star Wars…

… et que la ligne d’arrivée aura déjà été franchie… aura jeté l’éponge et carrément rendu son t-shirt.

Ne reste plus dans le stade qu’un seul coureur disposé à refranchir la ligne d’arrivée après avoir ramassé par terre le témoin bousillé.

Bah celui qui a commencé à courir.

Et pourquoi, bah parce que bon, peu importe où il va, JJ Abrams il aime courir partout, très vite, il ne sait pas où ni pourquoi mais au moins il sait comment. Il a d’ailleurs pas vraiment compris que la course était finie.

la nouvelle trilogie Star Wars selon JJ Abrams, c’est comme le roadrunner mais sans le coyote.

Et du coup, il y retourne, sur son couloir, pour un sprint final. Mais le public s’est barré, la course est déjà finie, hein. Mais bon c’est pas grave on va le laisser courir partout et très vite.

Voilà à quoi sont ravalés les réalisateurs de nos jours, des sprinters paniqués qui veulent faire du fric mais ne savent pas où ils vont

Mais bon, si ce film doit démontrer une chose, c’est qu’on ne se lance pas dans un projet de l’envergure d’une trilogie Star Wars sans prendre le temps de faire au préalable un script et storyboard global, étalé sur 3 films, et qui suit une ligne directrice cohérente d’un film à l’autre, qui s’inscrit dans un univers cohérent et par rapport auquel tous les réalisateurs comme la production sont en phase.

Et visiblement à voir le résultat : c’est pas ce qui s’est passé.

Le résultat final ne peut avoir été que l’aboutissement d’un processus de préproduction sur fond d’écriture de script bâclée et qu’un débutant en fanfiction pourrait commettre, et selon un pilotage de la trilogie « à vue ».

La seule fonction de cette trilogie pilotable à vue, aura finalement été de suivre un plan de retour sur investissement des 4 milliards investis par Disney en 2012, sur 5 films vaches à lait, entre 2015 et avant 2019 : un plan bien trop rapide par rapport au temps de réalisation et de maturation nécessaire dans ce cas de figure.

Pour information, le temps nécessaire pour cumuler écriture du scénario, travail de pré-production et réalisation du film Star Wars 4, « un nouvel espoir » aura pris 4 ans au réalisateur G. Lucas de 1973 à 1977. Et la première trilogie elle-même s’achève en salles en 1983 ce qui veut dire qu’il aura fallu 3 ans de réalisation par film consécutif. 3 ans pour l’Empire contre-attaque puis 3 ans encore de plus pour Le retour du Jedi, en sachant cependant que le script « global » était déjà pondu à partir de 1973. Et entre ces projections, rien que des réalisateurs 100% concentrés sur la même histoire, un réalisateur référent derrière toutes les réalisations (G. Lucas), et une prod ne courant pas plusieurs lièvres à la fois.

La dernière trilogie, elle, donne comparativement, l’apparence d’un rush phénoménal qui fait l’économie du minimum syndical en terme de temps de travail sur le script, pour arriver à pondre un résultat visuellement et techniquement impeccable, mais dont l’intérêt scénaristique profond est cousu de fil blanc. On en arrive à des personnages qui restent au stade de stéréotypes pas développés, d’esquisses, de croquis, voire pire, des bouts entiers de narration zappés ou des nécessités explicatives zappées, remises au lendemain, ou seulement supposées ou renvoyées hors de l’univers cinématographique (jusque vers des nouvelles écrites, des ebooks, des vieux jeux vidéos ou carrément des épisodes isolés de séries d’animations, des shows payants à public limités) : on a donc une couche de visuel Star Wars mais sous la coque, un véritable sentiment de vide intersidéral, sur le plan du développement de l’histoire, de l’intrigue, et des personnages, doublée de moments sidérants où l’on met le spectateur en face de nouvelles logiques introduites dans aucun des films qui précèdent, ou introduites hors champ, hors support, ou pas réalisées, le tout, sans aucun temps de préparation.

Le visionnage des 3 derniers épisodes 7, 8 et 9 s’étale donc de 2015 à 2019 soit sur 4 ans seulement comparativement aux 7 ans de la trilogie originale. Même la prélogie qui avait pu gagner du temps de réalisation et peaufiner sa logique, en misant beaucoup (trop parfois) sur les nouveaux effets spéciaux CGI d’époque, se sera étalée sur un visionnage de 6 ans, et malgré des choix de réalisation malheureux (cf. Jar Jar Binks), personne ne remet en cause la cohérence globale des films présentés.

Une trilogie bouche-trou INUTILE elle-même truffée de bouche trous INUTILES

Et alors qu’un temps de travail de script aurait été nécessaire à la nouvelle trilogie afin qu’elle ne soit pas complètement vide d’intérêt, de cohésion, de sens global, on aura dépensé pendant les années creuses, de quoi produire 2 purs films d’attente de plus, soit « Rogue one » en 2016 (un an après l’épisode 7)…

Rogue One qui décrit comment des rebelles à l’empire ont volé les plans de la première étoile noire

… et puis « Solo, a Star Wars story » en 2018 ( soit un an après l’épisode 8)…

un film qui décrit pourquoi Han Solo est un individualiste cynique et pourquoi il y a un jeu de dés suspendu au rétroviseur de beauf de l’espace dans le Faucon Millenium, ce qui bien entendu, répond à toutes les questions sans réponse introduites par la nouvelle trilogie

Ces films « bouche trous » sont conçus comme sous-histoires mineures s’insérant dans la trame plus globale des anciennes trilogies principales majeures.

La grosse erreur stratégique de Disney, c’est de faire que, tout en se sachant en difficulté sur le plan du timing et du scénario de la nouvelle trilogie, de ne pas avoir justement profité de l’existence de ces films bouche trous pour y ajouter en passant des scènes explicatives utiles, qui précèdent ou renvoient non à l’ancienne, mais bien à la nouvelle trilogie (car il s’est passé justement 30 ans après l’épisode 6, et des choses qu’on aurait aimé connaître d’ailleurs).

Mais non, les films d’attente ou films fillers n’aident pas à la scénarisation des épisodes 7, 8, ou 9. Ils n’aident pas à instaurer de nouveaux personnages, de nouveaux paradigmes, ou de nouvelles mécaniques dans la grammaire Star Wars. Ils n’introduisent aucune trace d’explication sur la nouvelle timeline des épisodes 7 ou 8 ou 9, n’expliquent pas les nouvelles manifestations de la force dans la galaxie. Et pourtant, n’importe quel spectateur lambda aurait aimé que ces petites histoires mineures donnent au cinéma des imperceptibles clés pour comprendre ce qui se passe 30 ans après.

Ces films fillers, certes pas si mal faits, forment finalement du réchauffé, pour préserver la hype Star Wars d’année en année, en donnant aux vaches à lait ou aux moutons dociles, du Star Wars à brouter. Ce à quoi les vaches à lait et moutons ont répondu défavorablement par rapport aux attentes – à en voir les chiffres des sorties en salle de plus en plus décevants. Car, d’une part les films fillers n’apportent rien aux explications branlantes des films sur la situation actuelle, d’autre part, ils sont flanqués d’histoires d’aventures / action sans mystère, où est tuée dans l’œuf le suspense du fait qu’on sait absolument ce qui va leur arriver. Pour Rogue One, on sait depuis l’épisode 4 que les rebelles de la mission sont tous morts en se sacrifiant, au cours de ladite mission. Et pour Solo, on n’a jamais peur pour lui au cours de ses acrobaties, puisqu’on sait très bien qu’il est vivant dans l’épisode 4 et suivants.

Du coup, on fait chez Disney des films d’attente pour voir les aventures de personnages dont on se fout à peu près, en attendant des scènes de nouveaux personnages – dont on se fout d’ailleurs tout autant.

Au fait comment s’appelle le type à cornes au fond à gauche ?
une romance qu’on attendait tous

Moralité, résultat de cette trilogie expédiée donc en 4 ans, et farcie de films de licence bouche trous, va devoir assumer seule la faiblesse constitutive de son scénario incohérent avec l’histoire antérieure, en prenant des décisions scénaristiques de dernière minute, flanquée de réalisateurs qui semblent partiellement en désaccord les uns avec les autres ou ne respectant pas leur timing, ou le périmètre des autres, pilotées à vue par des séances de projection tests décevantes, pilotées par le grand n’importe-quoi des attentes de chaque fan, doublée du n’importe-quoi féministe de la directrice de Lucasfilm, puis de reshoots et de twists artificiels expédiés fébrilement, eux-même hachés menus à la moulinette d’une production plus intéressée par des rentes rapides, que par l’œuvre.

Le tout ne pouvait qu’ouvrir la porte à une magnifique une virevoltante une ébouriffante mise en scène et direction technique, qui tente péniblement d’user de toutes les ficelles dont elle dispose, pour entrainer le spectateur dans un cinéma d’action tape à l’œil effréné et sans aucune seconde de temps mort, cinéma à 200 à l’heure qui ne laisse pas le moindre temps de réflexion qui pourrait laisser l’esprit percevoir d’inimaginables incohérences, d’incroyables facilités et trous scénaristiques – particulièrement choquants à ce niveau.

Incohérences facilités et trous dans l’histoire de cette trilogie, se manifestant logiquement dans le dernier épisode, et dont je vais à présent dresser la liste dans une partie qui suit, la partie [ SPOILERS ALERT ].

De l’hyper-drive à l’hyper-n’importe quoi

Avant Rian Johnson, l’hyperdrive dans Star Wars, c’était quelque chose comme ça :

Ça ne démarrait pas toujours au moment voulu mais au moins une fois enclenché, ça ne posait plus problème. Le plongeon dans la dimension d’hyper-espace (une réalité parallèle où les objets s’affranchissent des limites et des contraintes de l’espace temps conventionnel) qui permet de se déplacer à vitesse supra-luminique, est fonction de trajectoires pré-calculées pour éviter la rencontre avec les obstacles situés sur ces trajectoires, comme une planète en rotation, un champ d’astéroïdes connu, soit un corps gravitationnel important, laquelle laisse dans la dimension d’hyperespace sous-jacente une ombre importante et un risque de collision proportionnel.

Qui dit phénomène gravitationnel dit risque de collision. Mais même sans phénomène gravitationnel, la collision reste possible, avec des corps de moindre gravité.

C’est la raison pour laquelle la flotte Rebelle dans la première trilogie surgit face à l’étoile de la mort sans la percuter : parce que sécurité oblige, le détecteur de champ gravitique enchâssé dans l’âme du moteur de chaque vaisseau Rebelle, enclenche automatiquement un arrêt automatique et la sortie de l’hyperespace.

Car la notion d’augmentation proportionnelle du risque de collision avec la masse des corps de l’espace, fait qu’on a intégré à la technologie hyper-drive non seulement des boucliers divers et variés, non seulement des champs de compensation inertiels, mais aussi, des sécurités automatisées, qui coupent le moteur et font sortir le vaisseau de l’hyperespace dans l’espace réel dès qu’il détecte la présence d’une influence gravitique dépassant un certain seuil.

De ce fait on ne peut pas passer en hyper-drive comme on le veut, où l’on veut, en particulier du sol d’une planète vers le cosmos, il faut quitter l’atmosphère et s’éloigner de l’attraction d’une planète suffisamment, avant de pré-calculer le saut pour l’effectuer et éviter l’influence de cette planète qui fait risquer une déviance majeure voir une collision directe pendant le saut.

Et pour éviter aussi les collisions imprévues par le calcul de trajectoire préalable, chaque vaisseau volant en propulsion conventionnelle possède en plus de son bouclier un « générateur de puits de gravité artificiel » : à double fonction, il permet à ses occupants de ne pas subir l’inconvénient de l’apesanteur et leur permet de marcher sur le pont d’un vaisseau par exemple. C’est la raison simple qui fait que les occupants des vaisseaux se « tiennent debout », comme ils le font sur une planète : la gravité artificielle produit cet effet. Mais l’autre fonction, c’est que cette gravité artificielle enclenche puisqu’elle est détectée, l’arrêt des moteurs hyperespace environnants.

Cette technique de générateur de champ gravitique artificiel empêche les collisions mais aussi, a permis la réalisation de vaisseaux croiseurs, ou intercepteurs, capables de focaliser et d’amplifier un champ de gravité artificielle pour le diriger précisément sur certains vaisseaux de contrebandiers en fuite, et ainsi neutraliser leur dispositif de passage à la vitesse lumière. Le tout se double de dispositifs de « rayons tracteurs », et plus récemment, un système innovant de « tracker hyper espace », technologie travaillée depuis l’initiative Tarkin et reprise par Hux et qui permet de suivre à la trace un vaisseau en analysant le vecteur de sa trajectoire de départ pour en déduire par calcul son point de destination.

Jusque là ça passe encore. Mais ce que l’épisode 8 a introduit, c’est la fameuse tactique Holdo. Tactique célèbre dans la Résistance puisqu’on l’évoque avec une certaine tentation fébrile dans l’épisode 9.

Une tactique qui demande à ce qu’on explique comment le moteur hyper-drive du vaisseau de Holdo ne s’est pas coupé précisément lorsqu’il a détecté le puits de gravité artificiel généré par la flotte de Hux afin que les officiers puissent marché sur le ponts de leurs navires de guerre. Holdo aurait-elle trouvé le moyen de shunter le mécanisme de sureté prévu sur son propre vaisseau avant de foncer sur la flotte adverse ?

Si oui, et si c’était si facile de shunter ce mécanisme, comment se fait-il que personne avant elle n’y aura pensé dans toute l’histoire des batailles spatiales précédentes dans la galaxie ?

Et donc, c’était là l’un des trous scénaristiques majeurs de l’épisode 8, que votre serviteur avait relevé du reste.

On pensait que l’épisode 9 allait expliquer ça, et bah en fait non c’est pas explicable, on dit que c’est une « manœuvre exceptionnelle » … et pour cause, pour l’appliquer, Holdo a trouvé le moyen de couper le système de sécurité propre à l’hyper-drive et à moins d’être ingénieure technicienne et à moins de se salir les mains dans le cambouis du moteur on ne sait pas comment elle aura fait ça depuis sa petite console de vol. Peut-être disposait-elle d’un code de déverrouillage ultime réservé aux amiraux… On ne sait pas.

Et depuis cette « manœuvre exceptionnelle », c’est la fête au village dans la galaxie Star Wars.

On voit Poe au début du 9e film, qui dans le Faucon Millenium, récupère le rapport d’un espion lui révélant les plans secrets du Premier Ordre, mais qui se faisant détecter, se retrouve flanqué d’une nuée de Tie Fighters gluants dont il réussit avec Finn à élaguer le principal au canon mitrailleur. Mais sans cependant réussir à semer quelques unités récalcitrantes. Or, pour échapper à ces Tie Fighters gluants, qui le suivent à la trace (avec cette nouvelle technologie de tracker hyperspace présentée dans l’épisode 8), il effectue des variantes de petits bonds en hyperspace, sans aucune protection anti gravitique.

Le Faucon Millenium est à la base le vaisseau d’un contrebandier. Donc pour échapper à ses poursuivants tendant de l’arraisonner, il lui faut souvent shunter plus d’une fois le détecteur de champ gravitique artificiel produit par les croiseurs et autres intercepteurs impériaux sur sa route. On imagine donc que quelqu’un aura créé sur ledit Faucon Millenium, un switch rouge rétro permettant de lever cette sécurité hyper-drive et prendre le risque d’un saut en hyperespace que le système de sécurité aurait sans cela formellement interdit car bien trop risqué.

On voit donc clairement Poe faire sauter brièvement le Faucon Millenium en hyper-drive, puis cesser son saut sur la surface d’une planète au relief acéré, puis sans quitter l’influence de cette planète, refaire un nouveau micro saut d’une seconde, et se retrouver sur une autre planète entre des centaines de buildings technologiques géants, et sans calcul, devant les buildings, refaire un micro saut, et se retrouver dans l’atmosphère d’une planète verte étrange remplie de bêtes volantes gigantesques dont une assez grande pour avaler le Faucon Millenium, et face à la gueule grande ouverte de la bête : refaire un autre saut…. toujours sans prendre la peine de rien calculer… etc.

Ce que la réalisation à 200 à l’heure et ébouriffante ne comprend donc pas, c’est que tout saut effectué dans ces conditions n’a pu être effectué qu’avec un système de sécurité hyper-drive shunté.

Or dans le cas de ce que Poe fait, il ne s’agit pas de l’effet d’un générateur de gravité artificielle, mais de véritables objets en face et pas des petites poussières cosmiques. Les planètes sont réelles, le relief est réel, et les risques sont plus que réels. Poe et ses copilotes sur le Faucon, n’ont donc pas plus de protection face aux buidings qui lui barrent la route, que le vaisseau amiral de Holdo n’en avait face aux destroyers de Hux qui lui barrant la route dans l’épisode 8.

Et donc, Poe et son équipe bondissent, rebondissent, une fois, deux fois, trois fois, traversant tout ça, et la réalisation d’ailleurs s’arrête parce que visiblement ils ont eu à faire ça pendant l’après midi pour semer leurs adversaires.

Alors grosse incohérence et qui démontre en plus que le réalisateur de l’épisode n°9 croit avoir compris le sens de ce qu’il a vu dans le n°8, en voulant faire une espèce de scène de prouesse, à peu près similaire, à la gloire du pilote émérite qu’est Poe, et qui en jette, c’est certain.

Mais, ce faisant, s’il réalise quelque chose de cinématographiquement joli et stylé, il ne comprend pas, que technologiquement, ce qu’il fait faire à Poe n’est pas risqué, c’est suicidaire, c’est kamikaze, c’est contradictoire avec les principes qui ont conduit Holdo elle-même à pouvoir effectivement crasher son vaisseau à la vitesse supraluminique sur la flotte ennemie, en sautant dans une direction à fort champ gravitique, le tout, en se conduisant exactement comme Poe.

Tout ça pour dire que l’hyperespace ne tient plus du tout, déjà dans la tête des réalisateurs, des scénaristes, paumés dans l’urgence de faire du tape à l’œil, dans le babillage pseudo scientifique et dans le jargon pseudo technologique propre à tout univers de science fiction. Alors sinon c’est joli et on se dit que c’est pas mal fait sans cela.

C’est juste dommage que ça n’ait plus de sens, que ça ne veuille plus rien dire.

La princesse était le dernier Jedi

Alors c’est vrai que sur le plan technique, la réalisation part avec un handicap : l’actrice Carrie Fisher s’est concrètement éteinte en pleine trilogie et l’on n’a pas pu faire autrement qu’essayer de composer des scènes émouvantes avec les bouts de rushes qu’elle aura laissé de son vivant…

quand un Jedi achève et termine sa formation, il se construit son propre sabrolaser

Sur ce plan technique c’est comme pour tous les plans de tous les films Star Wars, c’est étonnamment bien réalisé, les trucages sont bons, les plans avec l’actrice sont un peu statiques en champ contre-champ mais bon, c’est déjà bien d’avoir pu faire cela avec ce qu’ils avaient.

En plus de ça, le réalisateur insère à un moment donné une scène où l’on voit Luke trente ans plus tôt, effectuer l’entrainement d’une Leia bien jeune et la forme pour devenir une Jedi. Cette scène utilise la technologie de de-aging combinée à une technologie de face-mapping qui projette le visage de l’actrice rajeuni sur une cascadeuse elle-même saisie en motion capture, pour insérer un modèle numérique dans un décor d’entrainement qui se bat fougueusement au sabre laser.

On a presque le sentiment d’une scène d’entrainement au sabre réalisée par G. Lucas mais il y a 30 ans, avec un Mark Hamill jeune, et une Carrie Fisher jeune, et ressortie à l’occasion de ce film.

Alors bien sûr elle a 30 balais de plus aujourd’hui, mais la force c’est comme le vélo, ça s’oublie pas.

la preuve, elle survie projetée dans le vide cosmique et rentre pépère dans son vaisseau en volant comme superman

Et l’on comprend bien que le dernier réalisateur fait ce qu’il peut pour recoller les bouts d’inexpliqués ou de pas réalisés de cette trilogie, avec ce petit plan flash back rétroactif. Il a besoin d’expliquer pourquoi Leia évacuée dans le vide cosmique de l’espace démontre une maîtrise de la force telle qu’elle nous fait subitement dans l’épisode 8 une scène à la « Man of Steel » en mode SuperLeia qui vole dans l’espace toute seule avec sa cape.

Alors il fait ce qu’il peut, le JJ Abrams, mais j’ai envie de dire, c’est trop tard. C’est foutu.

C’est bien avant cette scène délirante, qu’il fallait faire ce flash back. D’une façon ou d’une autre, il fallait par exemple, montrer une Léia qui se souvient ou qui rêve du temps où elle était en formation avec Luke, et qui se réveille de sa couchette lorsqu’elle est poursuivie dans son vaisseau par Hux dans l’épisode 8. Il fallait même qu’on la voit habillée en Jedi avec Luke sur une veille photo encadrée sur son bureau de général ou d’amiral de la flotte de la résistance, dans l’épisode 7.

Même si cette explication rétroactive dans l’épisode 9 forme « la moindre des choses », elle ne peut pas annuler l’effet du grand n’importe quoi soudain qui aura été produit au visionnage du numéro 8, au cours de la scène Superleia.

Ce que je veux dire, c’est que c’est bien de l’avoir faite quand même, cette scène. Mais, désolé, il ne s’agit pas seulement de tourner une scène, il faut encore savoir la tourner au bon moment, dans une trilogie, et pas quand ça n’a plus d’intérêt explicatif, une fois que le mal est fait.

L’ajout de ce plan explicatif rétroactif est donc maladroit, et ne démontre qu’une chose : l’absence de concertation concret entre les réalisateurs, qui ne savaient pas clairement ce qu’ils faisaient, où ils allaient et donc qui étaient condamnés, à un exercice de teasing permanent de tout sur tout, en marchant sur les œufs, donc en filmant du safe du vide et du creux. Ils étaient condamnés en procédant comme ça, à remettre au lendemain toute explication sérieuse de tout sur tout. Alors maintenant les explications adviennent oui, comme on le voit pour Leia, à la ramasse, en rushé : quand c’est trop tard, et je dirais même quand c’est déjà foutu…

Pas fichus de se mettre d’accord sur ce que la suite allait proposer exactement, aucun des réalisateurs du temps de l’épisode 7 ou 8 ne pouvaient correctement préparer quoi que ce soit de pertinent pour le 9, au point de finalement ignorer royalement ce qui suit, « et après moi le déluge ».

Ce n’est pas tant et seulement que Rian Johnson aurait fermés les arcs narratifs que JJ Abrams il lui avait ouvert. C’est que JJ Abrams n’a rien ouvert du tout. Il a juste suggéré, juste affiché, mais rien expliqué clairement de ce qui s’est finalement passé pendant les 30 dernières années. Et pareil pour l’épisode 8, qui explique tout juste de quoi justifier de ce qu’on aurait vu juste dans l’épisode d’avant. Mais pour le reste, des micro flash backs au milieu d’un océan de vide cosmique en terme d’histoire, des quêtes inutiles, du gain de temps.

Mais c’est là maintenant arrivés à l’épisode 9, ça devient compliqué cette façon de travailler une trilogie parce qu’il faut maintenant tout expliquer d’un coup ce qui s’est passé en 30 ans (!) et ça ne tient plus sur deux heures seulement (!) Eh oui… Et c’est presque comique, de voir alors le rush de toutes les explications qui sont jamais venues avant, débouler d’un coup ou en passant, avec parfois même des incohérences énormes.

Parce que tout le film 7 n’est premièrement qu’une course-poursuite au plan secret pour trouver Luke. L’épisode 7 c’est donc une aventure à la recherche de la carte, qui permet de localiser Ahch-To la planète où se planque Luke dans la galaxie. Et Rey, ainsi que tous les autres, ils se font tous chier à courir partout et à chercher Luke jusqu’à la dernière scène où on le localise sur sa colline verte au milieu de la mer, et pourquoi, parce que c’est le seul Jedi existant qui puisse les aider à lutter contre le côté obscur du Premier Ordre.

Donc si on suit ce que dit l’épisode 9, Luke avait formé Leia qui était donc chevalier Jedi, et qui avait fabriqué son sabrolaser. Mais alors, c’est comme pour l’hyper-drive : ça n’a plus aucun sens. Parce que ça veut dire pendant tout l’épisode 7, Leia écoute les autres qui cherchent Luke le dernier des Jedis. Toute la Résistance, recherche la carte pour trouver Luke « le dernier Jedi » qui peut aider la galaxie à se sortir les doigts du cul contre Snoke.

Sans blague, le mot Jedi, ça lui rappelait rien à elle à ce moment-là ?

D’ailleurs, Luke avant de mourir dans l’épisode 8, il balance à Kylo, « je ne serai pas le dernier jedi » style, « tu l’as dans l’os Kylo car j’ai pu former Rey« .

Mais tout ça n’a aucun sens, et depuis le début, surtout si Leia a fini des décennies plus tôt sa formation de Jedi, et si elle s’est bel et bien fabriquée son sabrolaser maison, et si elle peut en tant que Jedi s’opposer à Snoke ou même tout autant former Rey !!!

Donc les enjeux dramatiques tournant autour de Luke comme dernier espoir à chercher dans la galaxie, sont stupides. Luke est bien placé pour savoir tout ça, car c’est lui, qui a entrainée Leia ! Et le sachant, et se sachant lui-même déprimé et pas au niveau, il aurait du au moins lui dire lorsqu’elle lui a tendu le sabre au début de l’épisode 8 : « désolé petite, j’ai raccroché, va chercher tes réponses auprès de Leia, c’est une Jedi, tiens voici son sabre qu’elle m’a laissé, et démerdez-vous entre filles« . Et Leia elle-même, le sait, qu’elle est une Jedi, à moins d’être frappée par la maladie d’Alzheimer.

Donc la scène qui explique pourquoi Leia réussit à voler comme superman, explique l’inexplicable, mais toute la « recherche de Luke » comme seul et unique motivation de la Résistance, permettant le sauvetage de la Galaxie contre Snoke et son Premier Ordre, et permettant ensuite la formation de Rey à la chevaliérisation Jedi, soit en résumé, le cœur du script de l’épisode 7 et 8 (rien que ça) est absurde, vidée de sens : car avec Leia, ils avaient là une vraie Jedi, à portée de main, sous les yeux de tous, et depuis le début !

Le retour de la grande voix de Palpatine

Alors avant de visionner l’épisode 9, on a tous visionné son teaser (voir plus haut), où l’on entend en tache de fond la grande méchante voix de Palpatine. Et c’est pas si choquant en premier lieu. Pourquoi ? Parce qu’on se dit que que depuis « un nouvel espoir », les êtres sensibles à la force peuvent entendre, et même, voir des fantômes des anciens Jedi morts, par exemple. Donc quand la force est avec soi, entendre une voix sans visage, qu’elle vienne du côté lumineux, ou même du côté obscur, c’est juste entendre pour l’instant une voix de fantôme de force.

Et à la limite ça passe et on se dit que c’est possible, dans l’univers Star Wars, qu’on ait des fantômes de force d’anciens Seigneurs Siths, dont Darth Sidious, qui viennent comme ça, parler aux vivants bon, qui ont basculé du côté obscur. Après tout, on ne fait pas une nouvelle trilogie sans essayer d’y intégrer quelques innovations.

C’était tout à fait crédible et compatible avec le reste de la mythologie Star Wars que de voir un Kylo guidé par exemple, sur le côté obscur de la force, par un ou pourquoi pas plusieurs fantômes de force Siths, qui lui font faire des trucs graves, chelous, des missions, la recherche d’artefacts sacrés, des challenges, des meurtres crapuleux à faire pour augmenter son pouvoir de côté obscur, par exemple…

Mais enfin voilà, quand le film commence, on comprend vite qu’on a tout faux, que le panneau textuel déroulant qui fait la « marque de fabrique » de la saga Star Wars, gicle dru cette phrase dès le début : LES MORTS PARLENT ! Non je n’invente pas, c’est mot pour mot la façon dont ça commence. LES MORTS PARLENT ! Et de là on explique au lecteur du prompteur que la voix de l’Empereur Palpatine s’est déjà faite entendre via une mystérieuse transmission relayée dans toute la galaxie à laquelle il promettait de revenir se venger prochainement en annonçant le grand jour des Siths.

Et là du coup je me dis attends attends qu’est-ce que je viens de lire. Et comme ça défile le prompteur Star Wars, j’ai pas trop le temps de réfléchir mais je réfléchis quand même.

Je réfléchis donc et je me dis qu’un esprit de sith mort n’est sensé être ni vu ni entendu, par des personnes qui ne sont pas sensibles à la force. Donc si la galaxie entière a entendu un mort qui parle c’est probablement donc pas que la galaxie entière est tout d’un coup devenue sensible à la force quand même.

C’est donc la vraie voix de pépé Palpatine, que la galaxie entend, concrètement, et pas seulement et uniquement dans la tête, mais sur toutes les putains d’ondes des radios de l’espace.

Car, s’il est mort, alors personne ne l’entend, mais si on l’entend quand même, bah c’est qu’il est pas mort.

Du donc, la première phrase des morts qui parlent déjà ne veut rien dire, et les lignes suivantes que le film déroule avec la guillerette musique de J. Williams en tache de fond, le confirme intégralement.

Ça en jette de commencer la conclusion d’une telle saga par écrire une connerie contradictoire d’une ligne sur l’autre.

Et donc là oui, déjà, ça tique chez le spectateur de cinéma que je suis. Lequel aurait espéré on ne sait pourquoi, à la suite du paiement de sa place, quand même, mieux qu’un texte à lire moucheté d’une petite connerie inaugurale en plus.

C’est à dire, que j’aurais là dessus, oui j’avoue aimé un début de réalisation.

J’aurais attendu, pourquoi pas, dans les hauts parleurs THX Dolby DTS de la salle de ciné, sur fond noir avant ouverture sur le ciel étoilé, un début de commencement de speech de Palpatine, ou alors, soyons fous, dans une scène d’action de space opéra qui fait le charme de cette franchise, où, le Faucon Millenium s’évade d’une place forte et est poursuivi par des nuées de Tie Fighters du Premier Ordre virevoltantes, l’audition soudaine sur les ondes radio du vaisseau, d’un message glaçant de l’empereur Palpatine en personne. Avec plan fixe sur des visages de héros sidérés. J’espérais, oui, naïf que j’étais, la réalisation d’un moment dramatique. D’un coup de tonnerre dans la galaxie Star Wars. Avec la vision des répercussions sur les visages de toute la Résistance. Et les têtes du Premier Ordre dans leurs destroyers, dont la tête de Hux qui se rend compte qu’avec Sidious la rigolade c’est terminé.

Mais non à la place j’ai quoi, un prompteur avec les mots LES MORTS PARLENT jaune sur fond noir.

Wow, ça c’est une scène d’introduction qui en jette dans un Star Wars. Déjà, je ne m’attendais à rien en allant voir le film. Mais avec çà j’étais pas déçu. J’étais servi, au delà de mes attentes.

Mais bon, une fois sorti de la salle et m’inquiétant de savoir si on ne m’avait pas, par hasard, mis en face d’une de ces projections tests confondues par erreur avec la version finale du film, je m’en suis allé sur internet chercher des réponses à ce trou réalisatif, et j’y ai trouvé ça :

voilà, donc la voix des morts qui parle fallait aller l’écouter dans le jeu Fortnite

La retransmission audio concrète de Palpatine a été exclusivement réalisée dans le moteur graphique du jeu Fortnite, sous la forme d’un événement mondial. Donc en gros, l’éditeur du jeu en ligne Fortnite a obtenu les droits de diffusion exclusif d’un élément de compréhension d’une œuvre cinématographique diffusée sur un support tiers.

Alors je ne sais pas exactement ce qu’ils ont fumé chez Disney, mais ils ne se sont pas rendus compte que Star Wars, c’est intergénérationnel. On ne peut pas comme ça commencer le film déjà en dehors de la salle elle-même, et en plus, sur n’importe quel support exclusif limité. Car qui s’est au juste posé la question de savoir si tous les amateurs de Star Wars jouaient tus forcément à Fortnite ?

Par exemple t’as 15 ans, t’as ton grand père et ta grand mère qui ont vu « le nouvel espoir » en 1977, et qui font tourner la Peugeot 205 avant d’aller voir le nouvel opus au ciné CGR, et tu fais quoi, tu les appelles en vitesse avec ton iphone, avant qu’ils prennent la Peugeot 205 et tu leur dis, « Hé mémé, arrête tout, vas jouer à Fortnite avant de partir au ciné, tu vas voir avec pépé c’est vachement important ! ». Elle lâche subitement son dentier et court faire la gameuse en téléchargeant Fortnite et en l’installant entre le solitaire et le démineur de Windows Vista.

Et je crois que la déception inaugurale que ce film rencontre, part déjà de là. Parce qu’il n’est pas bienséant, de ne pas donner au spectateur toutes les clés pour comprendre une œuvre et de le renvoyer à un autre support pour introduire ou expliquer ce qu’il est en train de voir. Et même avec cette source externe au film, même dans l’hypothèse où on a eu la chance de commencer le film avec, de la façon dont c’est fait, … bah c’est pas si clair. Cette voix, elle est dans la tête des gens, ou sur les ondes radios ? Il est vivant, il est mort ?

Alors vu que c’est pas clair on aimerait bien comprendre finalement.

Et qu’est-ce qu’on voit, dans le film lui-même, qui explique dans quel état il est exactement, on voit Kylo qui cherche, un artefact Sith ramenant à retrouver la position de la planète cachée de Palpatine, Exegol. Puis, Kylo le trouve, l’empereur Palpatine, sur cette planète en tout point lugubre, dans un gigantesque temple Sith en lévitation électromagnétique sur le sol. Palpatine n’est clairement pas un clone : il est aveugle, en état de quasi légume végétatif, alimenté par une cohorte de tuyaux et de pistons, suspendu au plafond à un bras mécanique articulé. Palpatine qui n’est donc physiquement pas mort, n’est cependant pas non plus de toute première fraîcheur. Mais malgré ce fait, il peut toujours sans problème parler, il semble conscient. Donc il est bel et bien vivant. Et cela explique donc pourquoi les ondes radio galactiques ont entendu de façon tangible sa voix énonçant sa menace fantôme, qu’il a donc enregistrée sur sa planète Exegol sur son magnétophone Sith, à destination du peuple galactique, le tout, en vacances de noël, un peu comme un Président de la République qui enregistre ses vœux et les diffuse en différé.

Et en même temps, lorsque Kylo s’approche de lui dans ce temple très glauque mais très bien réalisé, avec de grandes statues géantes représentant les figures emblématiques des plus grands seigneurs des Siths historiques, Kylo l’entend aussi dans sa tête et Palpatine lui révèle que les voix que Kylo entendait dans sa tête avant, à savoir celles de Snoke, mais aussi celles de Darth Vader, c’étaient bien juste celle de Palpatine qui faisait imitateur.

Imitateur, oui, c’est exactement ça, comme Laurent Gerra par exemple. Et pour bien lui démontrer ce fait, Palpatine lui fait une démonstration, et s’exprime bel et bien comme les personnages célèbres de la saga.

Du coup, Palpatine révèle un peu à Kylo qui marche vers lui son petit talent, avec lequel il l’aura bien manipulé, comme un Laurent Gerra de la Force. Et alors que Kylo croyait converser avec son grand père, en touchant la relique du casque de Darth Vader, il ne s’agissait en fait que d’une imitation, effectuée par Sidious.

du pouvoir de la force au pouvoir de la farce

Alors bon elle est certes pas si mal réalisée, cette partie de la quête puis de la rencontre par Kylo de Palpatine dans un temple Sith stylé, et elle est même dotée d’un petit côté Méta quand on y pense.

Je suis vieux moche et à moitié canné mais j’ai pas fait tous ces efforts pour pas m’amuser un peu et rouler les cons qui veulent bien m’écouter

Parce qu’on se souvent bien que Kylo était à la base un cosplayer du côté obscur, et quand finalement il rencontre qui l’aura déterminé, eh bien il aura s’agit d’un seigneur des Siths qui sur le tard fait imitateur. Ça donne une idée du sérieux des vilains protagonistes.

Mais surtout, ce qu’on attend, de cette scène, c’est quand même une sorte de réalisation d’un flash back explicatif. Parce qu’on sait que le réalisateur d’une part les moyens et d’autre part la technologie pour le réaliser.

La question, c’est de savoir comment il a physiquement survécu de l’explosion du cœur de l’étoile de la mort n°2 où il est tombé, pour aboutir là, sur une autre planète Sith, perdue dans un coin secret et inconnu dans la galaxie, et sous cette forme de légume biomécanique végétatif parlant et suspendu à un bras articulé au plafond. La science fiction n’est d’habitude pas sans ressources par rapport à ce type d’explications. On n’imagine pas JJ Abrams ni sa cohorte de conseils en scénario, trouver de quoi justifier ce fait.

Par exemple je peux moi-même m’y mettre en mode fanfiction. Exemple, Luke est lui aussi tombé dans un puits d’énergie sur Cloud City. Et avant de tomber tout au fond directement, un système d’évacuation par aspiration l’a conduit à être happé par une bouche prévue à cet effet, et il a fini par se raccrocher aux branches une fois éjecté sous Cloud City.

Et si un système analogue existait techniquement au fond du puits d’énergie où Palpatine est simplement tombé . Un système conçu par des ingénieurs scrupuleux, pour aspirer et évacuer les déchets accidentels qui y tombent, comme par exemple, des têtes de personnes que l’empereur n’aime pas, des plats cuisinés qui sentent mauvais, des gobelets en cartons Starbucks qui sait. Faut bien que tout ça tombe quelque part ailleurs qu’au fond du réacteur au cas où ça engendre une réaction imprévue. Donc tombant fortuitement là-dedans, Palpatine se trouve évacué puis se raccroche aux branches, et finalement, déglingue une paroi en la faisant exploser pour ne pas se retrouver directement expulsé comme un déchet dans le vide cosmique, se brule la moitié des mains et de la rétine dans l’opération, rentre à tâtons dans un conduit tortueux, slalome, tombe sur un dock avec une petite navette de transport de marchandises abandonnée, et la prend pour se barrer fissa de l’étoile de la mort numéro 2 avant qu’elle n’explose définitivement. Le truc de sa survie : une simple cause d’ordre mécanique, le système d’évacuation automatique des impuretés qui a identifié Palpatine comme tel.

Voilà, l’auteur de fanfiction qui est en moi, s’attendait à quelque chose comme ça, sous forme de flash back expliqué à Kylo. Eh bien : non, Palpatine n’explique rien, que dalle, il explique qu’il est toujours vivant en raison de causes pas naturelles…. Voilà. Voilà voilà, et c’est tout. Bravo la réalisation. Ça commence par une voix hors film avant le film, ça se poursuit par du texte déroulant, au lieu d’une scène d’introduction correcte, ça continue par une explication verbale du type « comment ? bah j’ai survécu d’une façon pas naturelle« .

Alors j’ai cherché, quand même, après, sur le jeu Fortnite, ou sur le jeu Overwatch, ou dans l’univers Starcraft aussi, (puisque toutes les réponses sont dans les jeux apparemment) j’ai cherché j’ai rien trouvé à voir ni dans le film ni même hors du film qui explique comment Palpatine aura survécu physiquement et concrètement. C’est tout simplement pas réalisé. Et là on se dit que ce dernier film de trilogie est une arnaque.

Donc le spectateur paye une place de ciné, attiré par un teaser qui lui annonce le retour du vilain ultime, du boss de fin de niveau, dans un film sensé résoudre toutes les intrigues et clôturer la saga Skywalker, et l’élément explicatif de cette énormité n’est même pas dans le film. Même pas la déclaration de guerre de Palpatine à la galaxie libre.

Et on doit simplement accepter ça et continuer jusqu’à la fin du film et de la saga. Et tant qu’on a commencé à accepter des énormités on peut continuer à en gober, à la chaine, à la va-vite.

Alors à la suite on enchaine, on voit des « clones ratés » de Snoke conservés dans le formol chez Palpatine sur Exegol.

Et pour dire quoi. Que Snoke c’est qu’un clone, un avatar, un apprenti ou alors un pantin télépathiquement contrôlé par Palpatine pour qu’il organise « le Premier Ordre » , c’est à dire, la transition politique, entre l’ancien empire, et le projet final suivant : reconquérir définitivement la galaxie avec une nouvelle flotte qui – selon wikipedia – s’élve à 10.000 impitoyables star destroyers Siths.

Alors il faut quand même s’imaginer ce que c’est que le gigantisme d’un star destroyer Sith.

Un star destroyer sith, ça a une taille approximative de 2.4km de long, et dans le film c’est stationné en haute altitude, dans l’atmosphère d’Exegol, le tout, dans l’attente d’être lâché sur toute la galaxie. Selon toutes les encyclopédies publiques Star Wars, chaque star destroyer Sith comporte un équipage de 29.500 hommes.

Et alors qu’un seul star destroyer est déjà gigantesque, Palpatine en sort juste 10.000 de son cul, d’un coup, et alignés horizontalement, en l’espace de dix secondes de film. 10.000 ! Rien que ça. Et donc un simple calcul de tête nous ramène à la réquisition de 295 millions d’hommes et de femmes acolytes siths, tous à former et à embarquer à bord de tout ces vaisseaux.

Donc Palpatine a fait quoi en 30 ans, il a pas seulement survécu à l’explosion qu’on voit après sa chute puis à la destruction de l’étoile de la mort n°2, il a formé et mis en ordre de combat 295 millions de gens, le tout, sans qu’aucune fuite n’intervienne, sans que le chantier colossal de sa nouvelle flotte et son coût plus qu’exorbitant ne se ressente nulle part, sans que ça ne suscite le moindre intérêt ni soit localisé dans la Galaxie, et sans que les ressources nécessaires n’aient manqué à qui que ce soit, sans que la nouvelle République ni visiblement le Premier Ordre n’en soient informés.

Et le Premier Ordre de Snoke, ne fut que l’ébauche primitive de ce projet d’envergure et qu’on va donc appeler « le Dernier Ordre ».

t’aime ça les explications hein, t’aimes ça hein ?

Et alors que personne déjà dans la salle n’adhère à l’idée que puisse être secret un projet plus que monstrueusement pharaonique, alors que personne ne s’imagine qu’il soit possible de cacher un tel achèvement au vu des millions d’individus invoqués, c’est là que l’Empereur sort encore de son même cul un autre atout ultime, pour vaincre ses opposants dans la galaxie : chaque star destroyer sith est doté d’un canon ventral qui a la puissance de feu d’une étoile de la mort à lui seul, et peut donc, détruire des planètes à lui seul.

ça en jette sur le coup mais si, au bout du compte, ces bâtiment équivalent à 10.000 étoiles de la mort, ça ne veut plus rien dire par rapport au film d’avant

A l’incrédulité du spectateur quand à ces révélations criblées de trous scénaristiques et de références hors film, se rajoute un implacable sentiment de futilité et d’incohérence avec les épisodes précédents, en particulier avec l’épisode 7 réalisé par JJ Abrams lui-même. En effet, n’a-t-il pas oublié que Snoke son propre pantin, s’était évertué à concevoir, pour le même objectif de destruction stratégique planétaire, la colossale base Starkiller laquelle a simplement la taille d’une planète, et fonctionne sur l’aspiration et la projection canalisée de l’énergie issue de la couronne d’une étoile entière à proximité ?

un projet de l’envergure d’une planète et exigeant l’épuisement préalable de l’énergie d’une couronne solaire pour fonctionner

Si Snoke est l’avatar de Palpatine, si Palpatine contrôle Snoke, il sait donc depuis longtemps comment dégommer des planètes depuis un simple croiseur de 36 mille tonnes maximum sans nécessiter la consommation énergétique d’un putain de soleil. Alors, qu’a-t-il eu besoin de faire réaliser à Snoke ce projet lourdingue consistant à terraformer et changer intégralement une planète pour la transformer en gigantesque base mobile Starkiller aussi énorme qu’inutile puisque dépendante de l’énergie solaire, et technologiquement dépassée par un seul de ses 10.000 destroyers sith ?

Que les partisans du côté obscur n’aient finalement tous été que des pantins au service de Palpatine, pourquoi pas, mais en quoi ces pantins s’exténuant sur des projets lourdingues servent donc ses intérêts ?

Ensuite admettons que l’empereur ait trouvé Exegol et qu’Exegol soit une planète cachée et que personne en 30 ans n’ait jamais pu la trouver. Or, dès que Palpatine fait connaître son existence avec sa grande voix, Kylo Ren qui s’imaginait leader suprême part tout de suite à la recherche de Palpatine, et en deux temps trois mouvements, retrouve et Exegol, et Palpatine. Mais comment ? La planète Exegol ne serait accessible qu’en passant par une espèce d’anomalie spatiale impraticable. Mélange de trou de vers et de nébuleuse faisant suite à l’éclatement d’une géante rouge en supernovae. Et pour naviguer dans cette anomalie spatiale débouchant sur le système de la planète Exegol, très dangereuse et étroite, il faut clairement disposer d’un assistant à la navigation, un « orientateur sith« . Et même avec cet assistant, clairement c’est pas de tout repos, l’anomalie spatiale reste étroite, étriquée, très dangereuse.

orientateur sith, une sorte de google maps pour exegol, un exegoogle maps quoi

En plus : ce qui vaut dans un sens vaut pour l’autre. Si pour venir de la galaxie jusque dans l’espace du système Exegol il faut absolument passer par ce vortex anomalie spatial nébulaire rouge très étroit, pour en repartir. Et donc imaginons l’armada des 10.000 destroyers siths prendre l’étroit chemin inverse. Or, on voit bien qu’il n’y a parfois dans le visuel du film tout juste la place pour un vaisseau cargo : pas pour quelque chose qui fait 2.4km de long… Donc à fin de mener une attaque éclair sur la galaxie, pépé Palpatine a donc par conséquent, prévu de faire sortir sa flotte de 10.000 vaisseaux de là d’où elle est parquée finalement : en file indienne, au forceps, en raclant sur les bords des vaisseaux.

Mieux, il n’existe en plus et selon le film que deux assistants à la navigation qui s’y retrouvent dans l’anomalie spatial/vortex/nébulaire dans l’univers.

Un dans le repaire de Darth Vader sur Mustafar sa résidence secondaire – planète de lave sympa pour se reposer le week end, et l’autre juste à côté de la salle du trône impérial dans l’étoile de la mort n°2 qui a explosé dans l’épisode 6 après que le Faucon Millenium ait torpillé son réacteur central.

Et pour Mustafar c’est simple, pépé Palpatine a oublié d’aller rechercher l’orientateur de Vader là-bas. Voilà, avec l’âge la mémoire flanche ça doit être ça. C’est scientifiquement prouvé. Il a donc laissé là-bas chez Vader les clés de la maison, en évidence, dans les lieux abandonnés de l’empire. Car Kylo n’a pas cherché longtemps : dès le début du film, juste après le déroulé du prompteur Star Wars, il trouve facilement l’orientateur sith de Vader sur Mustafar.

Si Palpatine le machiavélique, souhaite que son effet de surprise soit parfait, il n’aurait pas oublié de laisser la clé d’entrée de la porte de sa maison en évidence chez Vader, et aurait envoyé au moins des gens, des acolytes, des mercenaires, pour la récupérer.

Pire, au cours du film, on découvre que si l’étoile de la mort n°2 a parfaitement bien explosé, l’explosion n’était pas parfaite, et un bout d’épave aura dérivé et puis se sera crashé sur une lune d’Endor à proximité. Bout d’épave où est resté tranquillement attendre l’orientateur sith n°2, à disposition du moindre pilleur d’épave… Or si le machiavélique pépé Palpatine lit dans les cerveaux de ses sbires, et les contrôle de bout en bout, il sait donc que l’un d’entre eux, un certain dénommé Ochi lequel connaît l’emplacement de l’épave de l’étoile de la mort n°2.

Ochi, assassin qui dispose pour sa basse besogne d’un poignard sith.

Et en plus cet Ochi, assassin qui dispose pour ses basses besognes d’un poignard sith, aura pris soin de graver les coordonnées de l’emplacement de cette épave de l’étoile de la mort n°2 sur ledit poignard, avec en cerise sur le gâteau, l’endroit précis où trouver la salle où l’orientateur est entreposé.

le poignard d’Ochi indique précisément l’endroit où chercher l’orientateur dans l’épave de l’étoile de la mort.

Donc le machiavélique pépé se cache sur une planète pour y construire une armada secrète, apprend de la part d’Ochi qu’un artefact permet de le retrouver et d’éventer son secret : et n’en fait strictement rien. Il laisse l’orientateur à la portée du moindre pilleur d’épaves.

Enfin, sur le dernier quart d’heure, on voit la flotte de Palpatine bien garée sur le parking aérien où elle est sur Exegol, se retrouver challengée par la venue surprise de myriades de vaisseaux de tailles variables, issus de la Résistance et formant une armada invitée à joyeusement couler la flotte de Palpatine.

Ce qui veut dire que cette armada a réussi par passer par le goulet d’étranglement du très étroit petit vortex d’anomalie spatiale/nébuleuse rouge menant à Exegol.

Alors au début les vaisseaux de la Résistance attaquent les canons ventraux qui peuvent comme on l’a vu, déglinguer chacun les planètes autant qu’une étoile de la mort.

Ça donne d’ailleurs un bonne idée de la déliquescence du sens tactique du vieux Palpatine… Car plus on y pense, plus on se dit que sa stratégie n’a aucun sens. Le fait de rester dans une ombre absolue pendant 30 ans, pour qu’il sorte subitement de l’ombre, puis qu’il prévienne la galaxie de quoi : qu’il va l’attaquer par surprise avec des star destroyers siths. Afin que la galaxie logiquement s’inquiète, puis le recherche, puis arrive sur place, sur Exegol, alors que sa flotte n’est pas complètement prête à l’hyperespace car pas encore sortie de l’influence gravitationnelle d’Exegol. Afin que la Résistance lui dégluingue la hype, ainsi que tous ses canons ventraux qu’il aura mis 30 ans à monter sous les destroyers, et afin que donc soit détruit tout l’effet de surprise dont il avait besoin pour réussir une conquête de cette envergure… Mais il faut être con, pour avoir effectué un tel communiqué sur les ondes.

Et là, alors que sa flotte commence à sentir le roussi, Palpatine fait ouvrir le toit, et se met à balancer vers le haut un éclair de force ultime de grand sith ultime overcheaté qu’il est, depuis son trône vers le haut du ciel atmosphérique.

Et histoire de bien montrer comment le nouvel uber-éclair de force de Palpatine a monté en puissance depuis l’épisode 6, on voit l’uber-ultra-éclair se subdiviser et dégommer sélectivement tous les vaisseaux de la Résistance plus haut, le tout, sans toucher à un seul de ses star destroyers siths – pourtant alignés juste à côté, et sur le même plan.

oui parce qu’un éclair il sait faire la différence entre les bons vaisseaux et les mauvais

Et vas y l’armada de la Résistance avec ses vaisseaux qui tombent comme des mouches et les destroyeurs siths qui restent en place.

Admettons, admettons déjà qu’un éclair ça se divise en sous éclairs qui choisissent tout seuls leur trajectoire pour électrocuter sélectivement les ennemis, admettons (au point où on en est de toutes façons ya plus qu’à admettre).

Il y a quelque-chose d’étonnamment idiot, chez ce Palpatine moderne, dans le fait de passer plusieurs décennies à construire une base Starkiller qu’on imagine ruineuse, et en même temps, cette flotte de 10.000 destroyers, quand finalement il déglingue tous ses ennemis, avec un seul de ses uber-éclairs de foudre, en 5 minutes de film.

Mais à quoi tous ces vaisseaux ça sert finalement ?

A faire des logements sociaux pour 295 Millions de personnes ?

A dégommer des milliers de planètes pour qu’une fois détruites on ne puisse plus s’installer dessus ?

Le pouvoir uber-overcheaté de l’empereur est si uber-overcheaté que tout le bastringue technologique dont il s’arme, de Starkiller à sa flotte de 10.000 destroyers de l’espace, en plus du bien fondé de son message interstellaire sur les radios FM de la galaxie, tout ça n’a finalement plus aucun sens.

De la Force à la Magie de Noël

Kylo Ren et Rey sont en mode de télécommunication / visioconférence directe de part et d’autre de la galaxie. Cette idée est en prolongement des capacités psychiques usuelles dans l’univers Star Wars, rendant Jedis et Siths capables de ressentir et même d’entendre la voix des porteurs de force locaux, ou de communiquer avec des force ghosts.

Enfin : dans ce 9e épisode on va toutefois trouver une scène contradictoire à ce principe de base. La scène où Rey « ressent » la présence de Chewie dans un vaisseau où il a été fait prisonnier. Or, « ressentir la présence » oui c’est un pouvoir accordé aux porteurs de force, mais un pouvoir accordé aux porteurs de force « entre eux » seulement. Vader ressentait la présence de son fils dont la force était avec lui. Il ressentait la présence d’Obi Wan qui était un Jedi. La force guide les porteurs à se rencontrer ce qu’on appelle le Destin. Les porteurs de force se ressentent mutuellement, ça fait partie de leur « connexion » et de là dérive le système de skype/facetime de force développé entre Kylo et Rey depuis depuis l’épisode 8. Mais alors, vu que Rey le ressent et devine la présence de Chewie : cela veut-il dire que Chewie est un porteur de force ? Bah non, si la force était avec Chewie on s’en serait aperçu. Chewie est un porteur d’arbalette, lançant des flèches à têtes quasi explosives, et déjà c’est bien. Mais donc Rey déteint le pouvoir de ressentir maintenant la présence de qui elle veut, porteur de force ou pas. Mais contradiction de la contradiction (ce film n’a aucune limite là-dessus vous allez comprendre) : Rey voulait retenir l’envol d’un vaisseau dans lequel Chewie était retenu prisonnier et par accident, a balancé un éclair de foudre monumanetal sur lui ce qu’il l’a explosé. Sauf qu’il s’est révélé plus tard que ce vaisseau n’était pas celui où Chewie était retenu. Mais alors : si elle « sent la présence » de Chewie plus tard : elle a donc bien ressentir que Chewie n’était pas dans le vaisseau qu’elle a pété par accident. Mais alors : pourquoi s’est-elle exclamé en larmes coupables qu’elle avait tué Chewie par accident ? Du coup on comprend plus rien à ses facultés à la Rey, mais bon.

En gros, pour revenir à la communication avec les vivants ou avec les morts disons que jusque là tout ça restait très télépathie, médiumnité, très mental mais pas très physique. Rien d’ailleurs ne permettait de penser qu’entendre la voix des force ghost ou les voir n’est forcément possible pour tout le monde et n’a d’impact sur la réalité réelle.

Or, cette télécommunication visioconférence par la force, que beaucoup de nouveaux spectateurs auront appelé ça le skype/messenger/facetime de force… marche maintenant aussi avec des vivants.

du coup on n’avait pas besoin d’être morts pour être des force ghosts ?

Mais alors, grosse incohérence dans la première trilogie. Car Obi Wan est mort dans l’épisode 4 justement sur cet atout, c’est à dire qu’il a choisi de partir en force ghost, en s’évaporant, en ascensionnant tout en disant à son opposant « tu ne peux pas gagner Darth, si tu me frappes, alors je serai bien plus puissant que tu ne pourras jamais l’imaginer« … Du coup quel con ce Kenobi ! Il est mort en s’évaporant ascensionné pour rien : avec un peu d’énergie il pouvait skyper tranquillement Luke en visioconférence, pépère, à distance, depuis sa chaumière sur Tatooine, et sans y passer.

Et alors l’épisode 9 reprend allègrement le même dispositif scénique. En le développant encore plus au point d’y ajouter de la concrétisation, en particulier lors de la première grande confrontation entre Rey et Kylo.

lesquels se battent en sachant qu’ils ne sont pas vraiment réellement l’un en face de l’autre

Alors on les trouve au début complètement stupides, ces deux-là, de les voir se battre d’une façon très stylée et dynamique et convaincue, quand ils sont en mode de projection skype… On se demande donc pourquoi ils se battent. Surtout qu’on a bien quitté le dernier film avec cette mémorable scène où Luke balance toutes ses dernière forces pour créer une projection de lui-même bidon, intangible.

Car bah oui, ils sont sensés savoir que tout ça n’est pas solide et bidon, ils sont bien placés pour savoir qu’ils ne sont pas réellement l’un en face de l’autre. Et pourquoi, parce que les illusions qu’ils ont l’un de l’autre, sont du même bois que celles qu’ils découvrent pour la première fois au cours de leur initiation au côté obscur, dans les grottes, dans les cavernes glauques où leurs maîtres les envoient pour se confronter à eux-mêmes. On s’y fait avoir une fois, c’est pas pour marcher dedans à tous les coups. Rey qui s’est vue démultipliée en clones d’elle-même dans sa grotte, elle est sortie de la grotte enrichie d’une expérience de rêve lucide éveillé, et ne se disait pas qu’elle était véritablement et réellement reproduite à des milliers d’exemplaires. Quant à Kylo, il vient comme on l’a dit de se faire avoir par une projection de Luke dans l’épisode d’avant sur Crait, la planète avec du sol en sel rouge sous la poussière blanche (!!!). Sera-t-il assez con pour y re-croire encore à ces projections mirage bidons portant un sabre laser ?

Et c’est là qu’on voit, qu’ils se battent sérieusement à distance quand même, et qu’on se dit, que c’est forcément parce que tout cela est effectivement tangible. C’est là qu’on comprend comment le « monde psychique » de Star Wars 9 a complètement subverti le « monde physique » du Star Wars d’avant.

Et au moment précis où l’imaginaire du n°9 subvertit complètement la règle logique du n°8 on sombre dans la folie d’un dérapage du sens de l’intrigue d’abord local puis global.

C’est là où l’épisode 9 commence par perdre complètement ses spectateurs, précisément quand le film introduit dru la notion de matérialisation dans cet espace de tchat commun, où Rey et Kylo apparaissent donc l’un pour l’autre non pas de façon hallucinatoire, mais matériellement (tangiblement) dans chacune de leurs propres réalités respectives. Ils ont donc le don d’ubiquité. D’une part. Et ce don fait qu’ils se matérialisant à distance ils agissent aussi à distance d’autre part. Les coups de sabre de Kylo attaquent concrètement dans la salle où Rey se trouve et les coups de sabre de Rey semblent porter au lieu où Kylo se tient sur sa planète. Et une fois le combat fini les lieux de combats respectifs sont bien amochés. Ces deux protagonistes font donc là ce qu’aucun force ghost de maître ascensionné n’aura fait avant, même pas Luke Skywalker le messie, dans l’épisode 8 et qui au bout de sa concentration dans le film précédent, a tout juste réussi et au prix de sa vie, à se transformer jusque là en hologramme bidon, mais pas à développer le don d’ubiquité ou le don de matérialisation tangible à distance.

Que les force ghosts soient capables de bouger par télékinésie des objets ou d’interagir eux-aussi avec la réalité et de ne pas être seulement des mirages ou des projections psychiques mentales : se subodore déjà subtilement dans l’épisode 8 où un force ghost de Yoda s’amuse à provoquer un éclair de foudre « naturel » qui tombe sur un arbre Jedi sacré imbibé de force. Alors comment ? En chauffant ou en ionisant l’air au dessus de l’arbre sacré ? Il s’agit là déjà d’une action d’un hologramme sur un élément de la réalité, l’air ambiant… Mais vu que le lieu est sacré et fortement imbibé de force on tolère tout juste ce phénomène border line entre naturel, surnaturel, et expression de force.

Si on en doutait légèrement, disons que la concrétisation des hologrammes de force ou des fantômes de force est définitivement finalisée par l’épisode 9. Et qu’on ne dise pas qu’il s’agissait d’un phénomène rare uniquement du à la nature « particulière » de la dyade de force formée par Rey et Kylo et qui n’arrive qu’une fois tous les mille ans peut-être par hasard.

Non, cette concrétisation concerne aussi bien le fantôme de force de Luke, lequel n’est en dyade avec personne, et qui parvient toutefois, une fois mort, à rattraper physiquement le sabre laser balancé par Rey dans les flammes avant de lui demander de le traiter avec un peu plus de respect. Le fantôme de Luke en outre, déplace son bon vieux Xwing resté sous l’eau ce qu’Obi Wan n’a jamais daigné faire une fois mort (alors donc qu’il pouvait donc si l’ont veut bien croire ce que l’épisode 9 nous raconte). Moralité, un Jedi en dyade ou pas, mort ou pas, peut projeter instantanément son image dans la réalité, et la rendre tangible solide et matérielle, continuer à utiliser la télékinésie, qu’il soit vivant ou mort. Dans le 8, Snoke focalisait l’expression de sa force d’un bout à l’autre du cosmos, en utilisant un artifice technologique de communication holographique intermédiaire ; dans le 9, plus la peine, les vieux maîtres comme les newbies de la force apparaissent où ils veulent et interagissent matériellement avec ce qu’ils veulent, vivants ou morts.

Et alors, grosse incohérence scénaristique : pourquoi Obi Wan Kenobi n’aura-t-il pas prêté main forte à Luke dans les précédentes trilogies, s’il pouvait du haut de son ascension en fantôme de force, toujours porter concrètement un sabre à la main, et lutter plus concrètement contre l’empire et Darth Vador ? Pourquoi former Luke ? Si on peut apparaître n’importe où, tenir un sabre, bouger ou piloter un xwing voire manier le sabre laser en étant fantôme de force, pourquoi ne l’avoir jamais fait et pourquoi avoir demandé à Luke d’agir sur le terrain à la place ?… Pourquoi Yoda n’a-t-il pas pris en mains son ancien sabre pour s’en servir contre Snoke puis Palpatine en tant que fantôme de force ? N’était-il pas un redoutable combattant encore plus redoutable une fois déjà mort, apparaissant où il veut, et impossible à tuer – puisque déjà mort ?

Et alors que Luke porte un jugement sur le manque de respect qu’on peut avoir par rapport à un sabrolaser, c’est de nombreux fans qui vont déclarer à Luke que ce qu’il finit par faire manque de respect à la cohérence de tout ces 8 putains de films qui précèdent.

Mais ce n’est pas fini. Cette compétence en matérialisation tangible de force à distance est déjà difficile à avaler car elle ne s’est jamais manifestée comme telle, dans l’univers des films canons Star Wars, car si c’était le cas, cette compétence aurait simplement changé le cours de toutes les trilogies précédentes, des jeux, et même des séries. Elle demande en tout cas un temps de digestion minimum. Et voilà qu’à la suite, le réalisateur étend logiquement le principe et surajoute à ça la « fonction pièce jointes » ! Tant qu’on y est. Foutu pour foutu. Fonction pièce jointe qui permet donc à Rey et à Kylo de s’échanger des objets concrets d’un bout à l’autre de la galaxie alors qu’ils sont en mode skype/messenger/facetime.

Premier objet tangible, un collier, que Kylo arrache au cou de Rey et avec lequel il repart dans sa réalité. Second objet tangible, un sabrolaser, que Rey envoie à Kylo par téléportation de sa réalité à elle à celle de Kylo. Et à chaque fois, ce partage/transfert d’objet réel, intervient pour sauver les miches de personnages en très mauvaise posture ou pour faire avancer une intrigue au point mort.

Une telle faculté de subversion du réel par l’imaginaire, dans l’univers Star Wars, n’existe ni dans l’univers étendu, ni dans Clone Wars, ni dans Legends, ni dans les jeux vidéos sur la vieille république, ni dans Star Wars Battlefront, ni chez Galen Marek dans le Pouvoir de la force, ni dans Xwings vs Tie fighters, on cherche quelque part quelqu’un qui pourrait bien la manifester légitimement cette faculté, et nulle-part, on n’a cette espèce de fonction pièce jointe, d’un bout à l’autre de la galaxie. Et on comprend en la voyant à l’œuvre qu’elle est magiquement sortie du cul du scénariste, sous forme de magie de noël, à l’occasion de ce film tourné en grande hâte sans aucun véritable check fact de compatibilité avec le reste de l’ouvre qui s’est élaboré sur 40 ans. Une telle capacité aurait mérité, par exemple, la quête d’Holocrons sacrés, présentés sur une planète paumée dans l’univers, où trouver un artefact rare et important au sein d’un film dédié qui enseignerait à quelqu’un la technique. Mais non. A la place on a fait « Solo, a Star Wars story ».

Et où il est le holocron ultime ? Tout près. Où ça ? Dans ton cul

Le fait d’user en dernier recours de trilogie de cette prouesse improbable jamais introduite nulle part ailleurs ni nulle part avant, pue la facilité à plein nez, ça pue l’idée de dernière minute. On imagine bien combien de duels et de combats antérieurs et d’oppositions, et de tactiques auraient tourné différemment, si les opposants avaient pu se battre à distance « concrètement ». On rappelle que ni Darth Vador ni l’Empereur n’étaient obligés de courir après les rebelles ou après Obi Wan, ou même les Skywalker, s’ils avaient pu manifester de telles capacités d’attaque ou d’action « à distance ». On en arrive dans l’épisode 9 au gloubiboulga d’une télépathie, et d’une médiumnité, qui se confondent avec la voyance, puis avec la télékinésie, et enfin se finit avec la téléportation : un bon gros bordel magique qui rend quasiment tout possible. Car avec la fonction pièce jointe arrive la possibilité de « dépôt de virus », dans la boite aux lettres, ou alors, arrive le télé-chargement d’un thermo-détonnateur à distance dans la salle des machines de n’importe quel vaisseau : et donc dans l’étoile de la mort, toutes les tactiques militaires antérieures sont caduques !

tiens c’est cadeau en pièce jointe

On pouvait toujours s’offusquer du culot de Ryan Johnson d’avoir bousillé toute stratégie militaire dans la galaxie en révélant la possibilité de la tactique Holdo ( enclencher la vitesse supra luminique et foncer à travers des vaisseaux pour les exploser en mode kamikaze ). Le dernier réalisateur ne fait pas mieux en bousillant à la suite la tension dramatique attachée à toute tactique de combat au niveau des porteurs de force eux-mêmes qu’ils soient du côté obscur ou du côté lumineux… Ils peuvent donc avec un peu de talent, téléporter ce qu’ils veulent d’un bout à l’autre du cosmos, objet utile, carte, plan, mais aussi, arme de combat, arme de guerre, bombe artisanale, pourquoi pas. Et une fois morts c’est pire on peut tenir un sabre laser, piloter, et donc comme on l’a vu, balancer des vaisseaux à la vitesse de la lumière contre n’importe quelle cible.

Cette nouvelle mécanique n’étant pas décrite clairement, rien ne permet de penser au spectateur que je suis, qu’elle n’est pas illimitée dans ses usages.

L’introduire ainsi brutalement, sans préalable, sans explications ni conditions, relève en tout cas d’une atroce combinaison entre facilité, incohérence et trou scénaristique.

Un pouvoir de Guérison ultime planqué dans Des séries dérivées externes aux films.

Voilà, alors, après avoir déconné dans l’épisode 8 sur des considérations démocratiques de la force, sur l’odieux capitalisme à Canto Bight, l’esclavagisme, et la maltraitance animale, subitement, on se réveille, sur l’enjeu de la prélogie d’où part l’histoire de la saga skywalker.

Bah oui parce qu’au fait il fallait se rendre compte qu’il y avait des films avant, et que ça parlait des Skywalkers.

L’enjeu de la prélogie, c’est de se souvenir qu’Anakin était hanté par des visions du futur où il voyait l’amour de sa vie Padmé mourir sans qu’il puisse rien y faire.

Or, on savait que les Jedi devenaient immortels en ascensionnant et en ne faisant qu’un avec la force et en apparaissant en fantômes de force. Mais les Jedi pouvaient-ils soigner le corps de personnes non sensibles à la force, et même régénérer un corps à moitié ou complètement mort avec l’aide de la force aussi ? C’est la question qui tourmentait Anakin dans la prélogie.

Car le scénario de la prélogie explique bien qu’il y a bien une Académie Jedi, qui transmet le savoir ancestral Jedi aux newbies de la force… mais on ne voit au temps de Qi Gon Jinn, d’Obi Wan, de Yoda, de Mace Windu, et même au temps de Palpatine, Darth Sidious, et ni au temps de Darth Maul, aucun grand maître ni seigneur noir des Siths, savoir faire preuve de réel technique de force heal de petit, moyen ou gros calibre.

Alors on pourrait peut-être se dire que si, et trouver un semblant minimum de mécanique de force heal (soin / guérison de force) dans l’univers cinématographique des films canons star wars.

La seule chose qu’on aura à se mettre sous la dent en la matière avant l’épisode 9, ce serait peut-être ça :

Obi Wan utiliserait la force pour effectuer un diagnostique ou un soin de Luke étourdi après avoir reçu un bon gros coup de barre dans l’estomac de la part d’un autochtone Tusken sur Tatooine

Et côté obscur, on aura vaguement vu l’empereur faire un geste analogue lorsqu’il trouve les restes d’Anakin après son duel perdu contre Obi Wan.

alors Anakin on est d’accord il a les bras et les jambes coupées, mais bon, l’empereur il essaie encore de s’occuper de son front.

Et à part ces deux gestes, plutôt pas clairs sur leur effets, c’est tout pour les films « canons » et ce, pour des décennies…

Car oui, on voit Obi Wan et l’empereur dans cette pose, accroupis au sol, mais dans un cas, on ne voit aucune blessure ni fracture à proprement parler sur le crâne de Luke, il n’y a ni goutte de sang, ni bosse, ni trace de commotion clairement établie à ce moment du film. Le geste est ambigu, Obi Wan semble utiliser un pouvoir soit pour sonder l’esprit, soit pour diagnostiquer un problème, soit pour soigner non pas le corps, mais l’esprit ou l’âme de Luke alors qu’il a plutôt pris clairement un coup de barre de fer au ventre quelques secondes plus tôt. Si c’était le corps qu’il soignait il aurait du poser la main sur son ventre. Et dans l’autre cas, il s’agit de la même logique chez Palpatine / Darth Sidious, il ne va pas tenter de soigner le corps amputé de la majorité de ses membres, il va directement sonder la tête.

Or, si aucun Jedi ne semble donc vraiment savoir soigner la chair de qui que ce soit via la force, seul le côté obscur prétend avoir gardé l’espoir de pouvoir le faire, via quelques subtiles observations effectuées par Darth Sidious sur son maître Darth Plaeguis « le sage » lequel aurait pu à travers ses recherches occultes retrouver des techniques secrètes touchant à la guérison, l’immortalité ou à la création même de la vie.

Car sur le sujet de la régénération d’un corps mourant ou mort, seul Sidious prétend pouvoir connaître une méthode, car les Siths, se transmettent leur savoir oralement et par l’exemple, de maître en apprentis, et pas autrement.

Et en fait, toute la saga Skywalker repose finalement là-dessus (!), c’est à dire que le jeune Anakin Skywalker a bien cru que les Jedi ne sauraient jamais sauver le corps de Padmé, réparer des os broyés et des tissus endommagés, les plaies, les organes perdus, un corps mort ni même un cœur brisé bref, en aucun cas ils ne sauraient solutionner ces problèmes.

La prélogie explique que le force heal ne peut qu’être un dark force heal, et par exemple, un soin par transfert d’énergie vitale ne peut être qu’un dark transfert, et toutes ces techniques occultes, forment des spécificités ultimes et exclusives de la science et de la sorcellerie Siths.

Anakin a finalement basculé du côté obscur sur la base d’un secret médical énorme

Surtout qu’en guise de soins corporel effectif, l’univers Star Wars nous présente-t-il plus souvent dans les films la spectaculaire technologie des réservoirs Bacta – et pas des cercles de force healers méditant au sein d’un temple Jedi pour soigner quelqu’un.

les réservoirs bacta viennent à bout de presque n’importe quelle blessure interne ou externe

Dans Rogue One, Darth Vader lui-même doit en grande partie sa survie à une régulière plongée dans un réservoir hyperbar de Bacta, mais pas explicitement grâce à des « dark force healers« .

Aussi, quand Padmé subit une strangulation, elle est plutôt vite conduite vers un centre médical et pas dans un Hall de Guérison d’un Temple Jedi. Elle y accouche de deux jumeaux, puis, épuisée et déprimée, elle s’éteint à la suite, mais, devant qui : un grand maître Jedi, Obi Wan, secondé par notre ami Yoda.

A l’Académie Jedi on apprend tout sauf des vraies techniques de soin du corps par la force, parce que… c’est copyrighté par les siths

Obi Wan et Yoda la regardent mourir attristés, mais ne font paradoxalement aucun petit geste Jedi de force healers pour la revigorer, ni même pour apaiser son esprit tourmenté, ou même pour lui donner un peu d’énergie avec un minimum syndical lui remettant les idées en place.

En tout cas, il n’existe avant l’épisode 9 aucune traduction cinématographique claire de force heal Jedi ou Sith, ou de transfert d’énergie vitale.

D’ailleurs, Darth Sidious en fait donc vaguement allusion comme le saint Graal de la maîtrise du pouvoir des Siths et c’est effectivement sur cet argument princeps et majeur, que Darth Sidious séduit Anakin et lui fait gober qu’il trouvera PEUT-ÊTRE du côté obscur de quoi sauver Padmé d’une mort assurée, ou même, la faire revivre, quand la mort adviendra. Puisque Darth Plaeguis savait faire ça, ça doit être un truc de Sith copyrighté.

c’est vrai que quand on voir l’état de la médecine sith on ne peut que cultiver l’espoir

Mais si Sidious a l’espoir de faire revivre la chair mortifiée, il ne sait absolument pas comment. Car s’il l’avait jamais su, il se serait au moins permis un moindre lifting après ça :

Or, quelques temps après, il est est toujours à porter le même faciès amoché.

c’est clairement pas quelqu’un qui a trouvé comment réparer la chair de son visage déjà

Pour expliquer le basculement d’Anakin, il fallait qu’à l’Académie Jedi on enseigne tout sauf ça une forme de soin qui pourrait faire revivre ou sauver Padmé. Il faut qu’Anakin ne soit finalement jamais témoin autour de lui, ou conscient, d’une moindre pratique de soin par la force, ni par méditation de ses pairs, ni par transfert d’énergie vitale, et ce sur toute la durée de sa formation, de son enfance à l’age adulte, avant et même après sa bascule du côté obscur. En clair : aucun grand maître dans l’ordre Jedi ni appartenant au conseil avant et pendant toute la guerre des clones, n’aura d’une part pratiqué ça devant lui, ni même lu ou évoqué des artefacts ou livres sacrés qui en parlent. Yoda qui a vécu un millénaire quasiment : n’en a pas connaissance, ce dernier n’apprend tout juste de Qi Gon Jinn que la façon de réapparaître comme fantôme de force, mais pas la façon de rajeunir ou de revivre physiquement après la mort. Darth Sidious, envoie Darth Vader par delà la galaxie purger les Jedis restants et trouver quelques artefacts, holocrons Siths, et reliques sacrées passées dans l’espoir de redécouvrir les secrets de Plaeguis, mais bon, le côté obscur n’a qu’un seul avantage, c’est de savoir ce qu’il cherche sans savoir où le trouver exactement.

Donc tout tend à faire penser le spectateur que personne n’a jamais résolu la quête d’immortalité physique de Sidious.

Or, une fois sorti donc de l’univers cinématographique, on peut découvrir que des techniques de force heal existent quand même dans l’univers Star Wars et sous des formes diverses et plus ou moins spectaculaires.

L’univers étendu explique bien qu’une forme simple de force heal est enseignée à l’Académie Jedi.

Il faut bien sûr considérer que cet univers étendu, en particulier, celui des jeux RPG Lucasarts (exemple, Knights of the Old Republic) s’attarde sur ce pouvoir particulier parce qu’il permet explicitement de soigner un personnage de jeu vidéo, ou de soigner les autres personnage du jeu vidéo, par la force, au seul nom du gameplay. La force y permet effectivement de guérir des effets d’un poison par exemple. Mais encore une fois, on est là dans un produit dérivé très typé, une « niche », et peu de gens sauraient retrouver quelle référence vidéoludique exacte permettrait à un porteur de force de s’auto-soigner, ou de soigner les autres, et selon quelle contrainte.

Aussi, peut-on chercher une référence à ce qu’évoque Sidious dans la série Star Wars the Clone Wars… on se souviendra bien d’un épisode paumé au fin fond d’une troisième saison, où Anakin sauve sa padawan Ahsoka de la mort, sur une planète nommée Mortis, habitée par des êtres « vecteurs de force ». Comment ? En transférant par télékinésie, de l’énergie vitale d’une entité source (nommé La Fille) vers sa propre padawan cible (Ashoka). Laquelle est donc sauvée de la mort à l’occasion. Ce qui entraine logiquement la mort de la Fille.

Qui aura vu ces deux épisodes frappés d’une maladie d’Alzheimer collective et effacés de la mémoire même des héros ?

Donc imaginez qu’il fallait avoir d’une part un abonnement à Disney Channel, suivre la série d’animation The Clone Wars, et ce jusqu’à la saison 3 épisodes 16 et 17, pour savoir que dans certains cas un Jedi peut utiliser la force pour téléporter de la vie d’un corps à un autre, et effectuer ce qui pourrait s’appeler une résurrection. Cette expérience de guérison physique jusqu’à la résurrection est donc possible dans l’univers Star Wars, le seul problème est qu’Anakin l’oublie complètement, car l’expérience disparaît de sa mémoire après sa fuite de Mortis, (parcontre ça ne disparaît pas de la mémoire des quelques téléspectateurs qui ont vu que c’était en effet possible).

En outre, pour compléter maladroitement ces maigres traces de possibilité de soin du corps physique par la force, dans les 8 putains de films canons (plus les 2 bouche trous) qui précèdent le dernier film de la saga, Disney n’a rien trouvé de mieux à faire que de montrer cette faculté à l’œuvre non pas dans un épisode précédent de la nouvelle trilogie, mais dans une énième série tierce, diffusée non plus sur Disney Channel, mais sur son nouveau service payant et exclusif Disney + (à contre temps de la sortie du film n° 9 dans une majorité de pays), la série nommée : le Mandalorien.

mieux vaut tard que jamais, la série « le mandalorien » expose le force heal après 8 films canons accompagnés de deux films bouche trous qui ne l’ont jamais montré

Dans cette série payante, un petit Yoda jeune ( de la même espèce que Yoda) sait utiliser cette technique de soin, laquelle d’un côté a un effet miraculeux et de l’autre côté l’épuise complètement – au point qu’il doive dormir des heures entières à chaque fois qu’il la met en pratique.

Et sur ces 3 petites bases, je le rappelle, externes à l’univers cinématographique, l’épisode 9 s’autorise donc à user et abuser de ce nouvel ancien pouvoir secret copyrighté Siths (mais pas que finalement), qui permet à la force de régénérer par transfert de vie toutes les parties d’un corps blessées.

On en remarque donc qu’il existe plusieurs méthodes de guérison par la force chez Star Wars, des douces, et des hard.

En méthode douce, la méditation Jedi qui aurait une capacité de renforcement. La focalisation sur le côté positif en l’autre induit une modeste fonction de renforcement du côté lumineux chez l’autre. Et c’est ce dont Luke bénéficie via l’imposition des mains sur son front par Obi Wan sur Tatooine. Mais aussi, c’est ce qu’il utilise pour renforcer le côté lumineux chez son père en se focalisant sur le bien qu’il perçoit en lui (même infime) – ce qui constitue son tour de force de l’épisode 6 finalement. Ainsi Anakin ne bascule-t-il pas du côté lumineux dans l’épisode 6 : il est comme soigné par Luke.

Tandis que le transfert d’énergie vitale à la baby Yoda du Mandalorien, est une variante plus hard, plus spectaculaire, un transfert par télékinésie de l’énergie vivante, d’un corps à l’autre. Du coup la vie qui passe chez l’un s’éteint chez l’autre un peu, beaucoup, ou totalement. La régénération produite s’applique aux côtes perforées, aux plaies béantes qui cautérisent et se referment toutes seules, aux organes internes qui se réparent et se régénèrent en temps réel, aux commotions cérébrales qui s’estompent et disparaissent, aux yeux qui d’aveugles peuvent voir, aux mains qui décharnées peuvent se recouvrir de chair, on dirait donc du Wolverine ou du Deadpool, le tout, au prix d’un affaiblissement vital chez qui cède son énergie.

Et ce transfert de vie Hard, vaut donc aussi bien pour les Jedi ou pour les Siths, qu’ils soient grands maîtres, ou grands seigneurs.

Quand on est du côté obscur, à faible niveau, au niveau soft, ça se comporterait comme le concept de Loosh dans le New Age : où les vampires psychiques se revigorent avec la douleur, la peur, la colère et la souffrance qu’ils instillent dans les autres âmes, ou qu’ils éprouvent en eux-mêmes : ce qui renforce leur côté obscur et le pouvoir qu’ils en tirent.

En tout cas, J.J. Abrams est convaincu des possibilités de force heal occulte de Kylo et ceci dès l’épisode 7. En effet, Kylo est blessé, et pour se remettre en selle, il s’auto-inflige des coups sur sa propre blessure.

la douleur augmente rapidement la colère associée, et donc, le pouvoir du côté obscur chez celui qui a basculé

Au niveau hard dans le côté obscur, il représente aussi dans le dernier acte de l’épisode 9 l’empereur Darth Sidious, qui se soigne en vampirisant / transférant l’énergie vitale de ses visiteurs vers lui, pour s’auto-réparer, s’auto revivifier et guérir de sa quasi situation de mort en état végétatif.

Mais il est donc impossible pour qui ne s’est pas tapé ces deux épisodes de Clone Wars ou qui n’a pas en France accès à un service Disney + strictement réservé à des abonnés américains, de comprendre clairement d’où sort ce subit vampirisme impérial qui revigore Palpatine et qui le rajeunit de 30 ans en quelques 30 secondes dans le dernier acte de l’épisode 9. Qui n’a jamais vu les deux épisodes d’une série dérivée, ou les deux épisodes du Mandalorien qui y font écho, voit ce nouveau pouvoir comme tombant comme un cheveu dans la soupe. C’est donc pas très bienséant car ça renvoie encore à une référence externe à l’univers cinématographique, pour comprendre le film, et c’est donc borderline.

Voyant ça, on découvre donc que Darth Sidious sait comment se soigner à la dure, puisqu’il met en pratique une sorte de vampirisme de force qui le régénère. Mais où et quand a-t-il appris à le faire puisqu’avant la bataille sur la Lune d’Endor il ne savait toujours pas le faire ? Trou scénaristique majeur : 30 ans après, l’empereur sait comment se soigner et il n’utilise absolument pas ce savoir avant sa rencontre ni avec Kylo / Rey à la fin de l’épisode. Pourquoi ? On le voit complètement enchassé dans une armature biomécanique hideuse, comme un être en état quasi végétatif porté par le plafond via une sorte de bras articulé. Ce qui prouve qu’il ne sait rien, ou alors qu’il attend.

Mais pourquoi attendre ?

Quand on sait se soigner, on se soigne.

moi je sais guérir et même rajeunir, heu, mais pour ça j’attends les grandes occasions

Et alors on peut toujours se raccrocher aux branches pour dire que la trilogie avait bien préparé le spectateur à ça, par exemple, quand on voit Rey découvrir des livres du vieux site / temple Jedi sur Ahch-To pendant sa formation inutile dans l’épisode 8 et 9.

ah oui, ces vieux manuscrits contiennent tous les secrets des Jedis, que Luke découvre puis couve comme un vieux con pendant toute la durée de l’épisode 8… comme ça ya tout à révéler en urgence dans l’épisode 9.

On peut supposer qu’elle y trouve PEUT-ETRE des informations sur l’art de la guérison par la force en mode Jedi, et peut-être, la technique du transfert d’énergie vitale qu’Anakin a pratiquée sur Mortis avant de l’oublier. Mais rien dans ce qu’on voit des pages feuilletées rapidement au cours du film ne laisse comprendre le moins du monde la signification de ce qu’elle y a lu dans les vieux livres Jedi : ce que le spectateur y voit, c’est du charabia écrit en langue star wars c’est à dire en pâté de polices de caractères incompréhensibles. Donc ça veut tout et rien dire.

Rey aura embarqué dans son sac les livres sacrés après sa formation inutile

Ces livres c’est finalement la seule explication au n’importe quoi qui surgit comme un lapin du chapeau de Rey dans l’univers cinématographique du film 9, et de ce que finit par faire Palpatine en fin de film à l’arrache : c’est que la guérison ultime recherchée par Palpatine est possible, que c’est PROBABLEMENT écrit dans un bouquin, que Luke couvait sur sa planète refuge Ahch-to et que Palpatine a lu ou a connu, on ne sait comment.

L’épisode 9 fait donc appel non seulement à une culture extra cinématographique certes devenu canon en théorie, mais qui risque bien de perdre tous les spectateurs qui n’y ont pas eu accès ou de les énerver parce que s’acheter les packs de DVD/Bluerays de Clone Wars déjà c’est pas rien, tout comme le prix de l’abonnement à Disney+ si tant est qu’on soit américain. Mais aussi, ça fait appel à la bonne volonté des spectateurs de bien vouloir imaginer le tout et n’importe quoi qui sort d’un coup de ces jolis vieux grimoires incompréhensibles, pour peut-être pallier à la feignasserie de l’épisode n°8 à bien vouloir introduire correctement des mécaniques qui devront être utilisées dans le film n°9.

Donc voyons comment on traduit dans l’épisode 9 la découverte des facultés de guérison par la force de Rey : d’un coup, à cent à l’heure pour qu’on n’y réfléchisse pas trop et qu’on se rende compte du pot aux roses. Voilà. Rey dévoile cette faculté qui arrive dru, au détour d’une quête bidon, comme ça, sans aucune préparation. Ça vient direct. Et le réalisateur nous présente ça comme un pouvoir à la Wolverine qui s’active en donnant son énergie vitale à quelqu’un de mal en point.

Rey commence d’abord à pratiquer le soin de force par transfert de sa propre énergie vitale, sur un animal légèrement blessé (un serpent géant situé dans une grotte souterraine de la planète de Pasaana ) pour voir si ça marche en pleine moitié de film. Elle aura, dit-elle, un peu donné de son énergie vitale pour réaliser cette guérison magique.

Puis après, elle a l’occasion de passer de l’expérimentation animale à l’expérimentation humaine. Alors, voilà qu’en tentant d’exfiltrer Chewie dont elle a « senti la présence »… pris dans un feu croisé lors de l’exfiltration, Poe se prend un tir de blaster dans le bras. Très bien. Okay. C’est là l’occasion d’expérimenter. Chewie est exfiltré. Et Poe revient au QG de la Résistance avec une régénération et… et bah non, avec rien en fait, avec un bandage. Voilà un bandage c’est bien fait pour lui. Après qu’on ait vu Rey soigner par régénération la plaie d’un gros vers de terre. Donc faut-il en déduire qu’un animal blessé on peut le soigner, c’est important, il faut sauver les bêtes, et que Disney tient beaucoup à la cause animale, comme on l’a vu dans l’épisode précédent dans la scène Canto Bight ? Faut-il se dire que Poe n’aura pas besoin d’être soigné, après tout, il a un bacta tank, une bacta pommade de soin, et puis au pire, il a encore mieux, il a avec lui « la force du script » ? Non : il faut en déduire que cette scène ne fait que dévoiler les reliquats des invraisemblables remaniements de scripts post tournage, dont cette oeuvre d’art aura fait l’objet, et probablement la scène de sauvetage de Chewie a été intervertie, où tournée dans le cadre d’un script présentant le pouvoir de guérison amené dans un ordre différent, le tout finissant dans la version Disney’s cut selon des scènes rétroactivement reliées avec des raccords branlants reshootés en vitesse et tenus ensemble avec des bouts de scotch.

Puis hem après l’expérimentation animale, l’expérimentation humaine. Cette fois-ci c’est la bonne. Elle s’essaie plus tard sur Kylo dont elle aura réussi à transpercer le bide intégralement avec son sabre laser en profitant d’un moment d’inattention de sa part… en lui réparant sa plaie béante en quelques secondes à la suite, alors qu’il mourait de ses blessures.

Et puis une fois Kylo sauvé et laissé en plan, ce dernier la rejoint, et s’inspire, en fin de film, de cette technique de soin, pour lui rendre la politesse, et sauver Rey de la mort après son combat contre l’empereur, en transférant généreusement l’intégralité de son énergie vitale vers Rey, ce qui la fait revivre elle, et ce qui donc lui siphonne intégralement sa vie à lui. ( Du coup Kylo il meurt, hein, mais définitivement, là). Ce qui veut dire que la technique de transfert vital ne relève donc même pas d’un apprentissage difficile et de la nécessité d’en lire la théorie, il suffit de voir une fois ce pouvoir à l’action pour le reproduire.

Voilà donc comment le force heal ultime, objet de toutes les obsessions du côté obscur depuis le temps de la prélogie, fait retour dans la saga, en passant, au détours de la recherche d’un objet bidon, à la moitié du dernier film, où l’on se décide à comprendre qu’en effet, le sens de cette saga, c’est le rôle joué par la force dans l’immortalité qu’elle soit celle de la chair ou de l’esprit.

Rien ne nous dit clairement dans la dernière trilogie, comment Palpatine se décidant dans le dernier acte à vampiriser l’énergie de Rey et de Kylo, aura enfin découvert le secret qu’aura découvert Rey (de façon innée ou via les vieux livres Jedi perdus/retrouvés par Luke). Rien n’explique clairement pourquoi ça lui vient d’un coup, cette technique, en mode Sith, et pourquoi s’il la connaissait, il se décide seulement à se guérir subitement à ce moment-là comme ça, et pas plus tôt. Rien n’explique pourquoi il n’a-t-il pas siphonné quelques petits porteurs de force pour recouvrer ne serait-ce qu’un peu, la santé, et s’affranchir de cet espèce de support plafonné mécanique et articulé où il est suspendu depuis 30 ans en état légumesque.

Le surgissement subit de ce nouvel ancien pouvoir va produire quoi, un monumental WTF, dans l’âme d’un spectateur à peine passé par le visionnage de 8 films préalables sans compter les 2 films bouche-trous, et où il n’aura rien vu de ce qu’on lui montre subitement comme facile et évident pour Rey et comme pouvoir subit chez Palpatine.

Et le WTF sera d’autant plus redoublé que le spectateur de cette chose qu’est ce film aura encore moins vu comment ledit Palpatine/Sidious s’est aussi emparé de cette technique, alors que c’était pour lui (comme pour Anakin), 30 ans plus tôt, une de leurs principales obsessions.

Ce dernier point concernant Palpatine, n’est pas tourné, pas filmé, pas expliqué, incohérent dans le film lui-même, bref, c’est un immense trou de scénar merdique, contradictoire, et un échec de réalisation tout court, qui est loin de « conclure la saga » de façon satisfaisante.

LA GUERRE DES PATRONYMES

Alors parlons de Rey maintenant, en se disant qu’il va bien y avoir un personnage qui échappe à cette catastrophe d’incohérences ou de trous scénaristiques entre les films.

Alors Rey elle semble de prime abord échapper au pire.

Sur le fond, c’est cohérent, elle est overcheatée dans le numéro 7, carrément overcheatée dans le n°8 au point qu’on perçoive sa formation comme inutile car Luke est un maître trop faible par rapport à elle… et alors, dans l’épisode 9 on se lâche, elle est méga uber overcheatée. A côté d’elle, carrément, Luke fait amateur.

Elle ne se contente plus de quelques petits tours de grands maîtres jedi, elle fait des pirouettes et acrobaties du niveau de Yoda, elle fige et retient le décollage d’un vaisseau en accélération pour quitter la gravité de la planète d’où il décolle (ce qui en dit long sur la force qu’elle sait déployer pour contrer la poussée nécessaire). Pendant son entraînement sous la supervision de Leia, elle lévite en suspend dans les airs, en position de lotus, pendant une heure, tout en faisant orbiter autour de son corps des pierres : ah c’est très joli. Quand on pense que sous la direction de Yoda, Luke peinait à faire léviter une pierre la tête en bas…. Et puis bon, elle balance des éclairs de foudre de force quand elle s’énerve un peu de ci de là, ce qui d’ailleurs, ça la ramène a égaler spontanément et sans effort le niveau de l’empereur Palpatine.

Et alors puisqu’on en parle, ce qu’elle apprend donc, de la bouche de Kylo, dans cet épisode 9, c’est que son père à Rey, c’est rien de moins que le fils anonyme de Palpatine.

Déjà on ne savait pas qu’il existait. Mais disons qu’avoir un lien de parenté pareil, ça ne colle pas vraiment avec ce qu’avait voulu faire le second opus de la nouvelle trilogie.

C’est même complètement à l’opposé de ce que Kylo a suggéré à Rey, dans l’épisode n°8, où sur le même ton, il lui confirme que ses parents c’est personne, c’est des Junk Dealers.

Mon nom est personne

Alors qu’on a quasiment fini par se faire au bout de deux films à l’idée que Rey a des parents random, des trafiquants de détritus, des loosers cosmiques, qui l’ont vendue au milieu d’une décharge des poubelles qu’ils convoyaient, et qui l’ont abandonnée quand elle était petite, et alors d’un coup ça change tout, et donc, il faut maintenant se dire que Kylo dans le n°8 a conforté Rey en profondeur sur sa parenté avec des parents minables, des charclots de l’espace. C’est une des pires remarques qu’il pouvait lui balancer pour retourner le couteau dans la plaie, comme s’il savait comment lui faire mal.

Et donc, passer d’un père zonard, un père schalg ou un père cassos, qui ne l’aime pas, qui revend des détritus de l’espace, passer de la petite fille abandonnée sur une planète quasi paumée, qui pille des épaves tombées au sol, à la petite fille héritière de l’empereur galactique Palpatine, c’est plutôt le grand-écart sur grand-écran.

Alors à priori, qu’est-ce que ça change, au personnage de Rey ? Bah dit comme ça, rien. On sait maintenant « pourquoi » le personnage de Rey est overcheaté. On sait maintenant « pourquoi » il déploie instinctivement une force monumentale. Elle est la petite fille de l’empereur de la galaxie et du plus puissant seigneur noir des Siths : Palpatine / Darth Sidious.

Et alors, la belle affaire déjà qu’on sache le « pourquoi » de la force monumentale de Rey, si c’est pour rien changer à rien, au fait qu’elle change pas d’avis, qu’elle gagne toujours à la fin, qu’on n’ait jamais peur pour elle, qu’il n’y a donc toujours aucun vrai suspense sur ses combats… peu importe finalement la fille ou petite fille de qui elle est, si elle avait été la petite fille cachée d’Obi Wan, ou alors, une descendante d’Ezra Bridger, mais ça aurait été pareil, parce que ce putain de script de toutes façons s’arrange toujours pour que même lorsqu’elle pourrait perdre un combat, en fait elle ne le perde jamais.

D’ailleurs, même quand on pourrait s’imaginer qu’elle n’est pas dans son élément sur une planète maritime, en particulier, la planète où l’épave de l’étoile de la mort n°2 s’est crashée et qu’elle décide d’explorer au milieu d’un océan bardé de vagues scélérates aussi hautes que des montagnes en furie, non elle maitrise, elle est là aussi dans son élément.

le sable et l’eau c’est pareil

Quand on a vécu toute sa vie sur Jakku la planète désertique, on est plus habituée à descendre sur une luge les calmes dunes d’une mer de sables, qu’à dompter les vagues scélérates d’un océan en furie sur une espèce de catamaran branlant. Est-ce qu’on va au moins la voir en difficulté à naviguer sur les eaux plus que déchaînées ?

Mais non, script magique oblige, Rey avec ou sans explication sur sa parenté, reste cohérente d’un film à l’autre, c’est à dire qu’elle a été , est, et restera fondamentalement overcheatée : tout lui réussit, c’est grave, elle atteint sans chavirer sa destination.

Mais pourquoi elle s’entraîne avec Leia à être une chevalier Jedi ? Elle a déjà botté le cul de Luke. Sur le plan de ses capacités, elle est hypercohérente à n’en servir à rien, surtout pas à l’élaboration d’un vrai suspense quand elle se bat ou s’entraine.

Mais à un niveau plus profond, plus psychologique, qu’est-ce que ça change enfin de savoir qu’elle est la fille ou pas, de Palpatine par rapport à ses motivations ? Pourquoi au fond, fait-elle ce qu’elle fait ? Quels sont ses mobils ?

Son problème initial à Rey, c’est de ne pas avoir de vraie raison de faire personellement tout ce qu’elle fait. Quand Luke il partait dans « Un nouvel espoir » dégommer la première étoile de la mort c’est parce que sa famille adoptive sur Tatooine avait été cramée par les troupes de choc de l’empire – qui selon son roman familial avait tué aussi son Père. Les motivations de Luke sont clairement établies : il veut se battre, devenir un grand pilote, Darth vador assassine son mentor sous ses yeux, donc il lui en veut, et tout ça tient debout avec sa motivation à se battre. Mais Rey, finalement, qu’est-ce qu’on lui aura fait au départ ?

L’incohérence chez Rey n’est donc pas située dans son comportement et de ses capacités qui restent et resteront overcheatées comme on le voit, mais au niveau de son inscription dans un quelconque « roman familial ». Ce dont Rey souffre au départ du départ, c’est d’être un personnage sans articulation avec la moindre histoire. Et ça se manifeste clairement à un moment du film, quand une femme random lui demande son patronyme, au détour d’une quête bidon du 9eme épisode. Et là on voit sur l’expression de son visage que ça lui pose un gros, gros problème. Et donc c’était le seul point d’amarrage, qui prend la forme d’un patronyme manquant, pour développer plus le problème chez Rey de souffrir d’un profond vide de roman familial qui renvoie au vide de sens de toute son existence même, et dont elle souffre, et qui peut-être la fait courir, de gauche à droite, dans cette histoire.

Et c’est alors qu’elle apprend que son père c’est donc le fils de Palpatine, qu’on dévoile dans le film à travers une scène éclair, qu’il ne l’a pas abandonnée sur Jakku, comme on abandonne un chien gluant avant de partir en vacances, mais qu’il a au contraire du s’en séparer tristement, la mort dans l’âme. Et pourquoi, pour la protéger d’un assassin impérial mandaté pour la livrer à l’empereur afin qu’il la transforme en apprentie de luxe overcheatée. Il a donc sauvé l’âme de sa fille au péril, au détriment même, de sa propre vie, comme tout parent digne est en théorie pret à le faire. Voilà, elle a enfin une origine, une histoire familiale. Enfin.

Alors on apprend et on comprend que son père et sa mère tentaient d’échapper à qui voulait les tuer tous s’ils ne livraient pas leur fille à pépé palpatine pour qu’il se livre à cette espèce de sombre alliance occulte entre lui et elle dans la règle sith des deux. On comprend donc que le père de Rey n’était pas comme son vieux salaud de grand père, mais bel et bien un homme capable de s’opposer à lui, pour prendre ses distances avec lui, ou pour carrément renier son héritage maléfique. Voilà le seul vrai roman familial de Rey : dont le bon père « renie » le mauvais. L’héritage que Rey assume concrètement qu’elle le veuille ou non, c’est le reniement.

On comprend bien alors que les parents de Rey, auront tout fait pour protéger leur fille au péril de leur vie et qu’ils y seront restés. Et Rey s’inscrit donc dans ce chapitre qui s’ajoute au roman familial dont elle dispose enfin, à ce moment du flash back qu’on veut bien montrer dans le film.

Et alors il y a bien un point commun entre le fils de Palpatine, et le fils d’Anakin, c’est qu’ils se sont tous deux opposés à leur pères qui sont du côté obscur. Or, la grosse, l’énorme différence entre les deux histoires, c’est que l’un a réussi à convertir ce père négatif sans le renier en le soignant et en suivant le fil de l’indéfectible espoir qui l’habite. L’autre l’a renié, il s’est brouillé avec, il a fui, il s’est fait tuer par son père négatif, ce qui n’est pas le même achèvement… Donc même s’il y a des correspondances, à savoir l’existence d’un père négatif au départ, l’achèvement n’est pas le même.

Autre point commun, Luke sauve la galaxie de la tyrannie et de l’impérialisme, Rey aussi. Mais peu importe que ce sauvetage galactique ait duré ou pas, le sauvetage ne révèle pas ce qui fait la substance de la saga familiale qui définit le nom Skywalker dans l’esprit de la pop culture.

Plus précisément, un fils Skywalker quelque part, sur le plan familial, ce n’est pas exactement quelqu’un qui sauve la galaxie, ça c’est une lecture superficielle de la saga familiale Star Wars, un Skywalker c’est quelqu’un qui renverse ou qui fait basculer du côté positif, son propre père négatif. Alors qu’un fils Palpatine, c’est quelqu’un qui rejette et fuit son père, car il n’a pas l’espoir de le changer d’un iota, et donc qui ne le sauve pas, qui essaie de faire sa vie dans son coin, et qui en meurt d’ailleurs faute d’avoir trouvé la bonne solution.

Mais voilà qu’une fois qu’elle détruit pépé Palpatine une bonne fois pour toutes, dans le dernier quart d’heure du film, Rey fait quoi de son nouveau patronyme qu’elle a découvert ? Bah sans surprise, elle fait pas rien d’autre que le renier, pour commencer. Avant de choisir à la place, devant le soleil double de Tatooine et avant guilleret générique de fin : le patronyme Skywalker.

Rey Skywalker.

WHAT THE FUUUUUUUUUUUUUUUCK ?

On est d’accords, niveau saga familiale, Rey n’a pas à « sauver ses propres parents ». Ils étaient bons, et malheureusement, elle n’en a plus. Donc c’est foutu pour lui faire endosser ce mérite-là. Et donc ce qu’elle accomplit c’est certes sauver la galaxie sans une égratignure. Mais comme on l’a bien vu, ça ne suffit pas pour s’appeler Skywalker. Ce qu’elle fait n’a pas de rapport exact avec l’achèvement produit par Luke dans la mythologie et la saga familiale qui précède.

Car non, enfin, elle s’appelle Rey Palpatine. Elle est issue d’une grande famille de Naboo, et elle est bien la seule qui ait réussi là où tous auront échoué, à défaire définitivement le seigneur des Siths Darth Sidious. Elle a sauvé la galaxie, effacé le côté obscur un bon coup. Et ce faisant elle réhabilite un peu le patronyme Palpatine qu’elle doit porter. Et aussi, le nom de son père direct, injustement tué et victime collatérale de la violence cruelle et de l’acharnement du côté obscur de la force sur les siens. Son histoire ce n’est pas de re-convertir par amour son propre père tombé du côté obscur. La seule personne qu’elle aura contribué à re-convertir et peut-être sans s’en rendre compte, c’est Kylo/Ren – Ben Solo. Donc quitte à choisir un patronyme de rechange sur cette logique, autant prendre peut-être celui de Solo, au pire…

Mais pourquoi s’appeler Skywalker… ?!/?.? Elle aura tout juste rencontré un Luke déchu et lui aura d’ailleurs botté le cul quand il déprimait sur Ahch-To…

Quand Anakin, qui n’a pas de père, se fait former par Obi Wan, il n’en change pas pour autant de nom de famille à la fin de son entraînement avant la guerre des clones. Il ne se fait pas appeler Anakin Kenobi.

Rey a pourtant enfin trouvé sa vraie place dans sa propre histoire, elle gagne le combat final en plus d’être victorieuse, elle tire la couverture à elle, et à la limite ça lui donne la perspective et la motivation de se refaire son nom, et retrouver – si ce n’est ses origines côté patriarcal sur Naboo avec la rente que ça pourrait avoir – , ses origines côté lignée maternelle avec toutes les histoires qui vont avec dans l’arbre généalogique.

Mais non, elle pique le nom des Skywalker, comme ça à la fin. Parce qu’un patronyme on en fait ce qu’on en veut. Et quand on y pense, ce choix est complètement bidon, complètement incohérent, digne d’une lecture ratée de ce que G. Lucas a fait.

Dans un éclair de lucidité devant l’aspect contestable de ce choix de nom, le réalisateur a achevé son film en prenant soin de mettre ce choix à la toute fin, tout juste avant le générique… voilà, comme ça, si les spectateurs se barrent, on ne saura jamais si c’est parce qu’ils sont scandalisés ou si c’est parce que c’est justement la fin du film…

Pourquoi Georges, Pourquoi tu leur a vendu les droits ?

On peut comprendre bien entendu, qu’elle soit tentée de renier son patronyme, même après qu’on en lui ait refilé un de luxe, comme si la petite fille cachée de Hitler décidait dans une ébouriffante opération de relation publique rétropédalée, de s’appeler Roosevelt. C’est tentant, c’est pratique, mais concrètement, renier un parent, c’est peut-être sa véritable marque de fabrique, mais ça n’a aucune efficacité psychologique, et c’est indigne de ce que le nom Skywalker a fini par représenter dans la pop culture.

Et donc ce choix de ne pas assumer le nom de Palpatine, de le renier, ce choix va à l’encontre du choix spécifique de Luke, le seul achèvement familial significatif qui aura été le sien, et qui fait de lui en tant que Jedi, le seul être qui avait toutes les raisons de renier son père, et qui cepandant aura eu la force de l’extirper du côté obscur qui l’aura intoxiqué, sans changer de nom. C’est ça un vrai Skywalker. Il assume son vrai nom, il se cache pas derrière un pseudo, peu importe l’évolution de certains membres de la famille.

De toutes façons comme ils sont tous morts dans la lignée Skywalker y aura-t-il un force ghost qui va taper sur l’épaule de Rey pour lui contester son droit de succession ?

Fondamentalement, Rey ne s’inscrit pas dans l’histoire de filiation des Skywalker, elle n’est ni la fille de Luke, ni de Leia, ni celle d’Anakin. Elle n’est pas la femme de Ben. Elle est la fille biologique de son père qui l’aimait et qui est mort après s’être séparé d’elle pour la protéger quand elle était petite enfant de quatre ans.

Que penser donc du titre du film ? « The rise of Skywalker » soit l’ascension de Skywalker, dans ce contexte particulier. Ça voudrait dire quoi ? Que Rey s’élève à la dignité d’un Skywalker ? Bah non justement c’est pas du tout ce qu’elle fait : elle a juste botté le cul du grand méchant de l’histoire et puis changé de nom.

Est-ce que ce titre de film, ça veut dire que Luke une fois fumé, évaporé, et puis revenu en force ghost immortel, est si parachevé, si transfiguré, si positif, si influent, que toutes les jeunes femmes veulent se marier avec lui et s’arrachent son patronyme au point d’en oublier le sens du leur ? Bah si c’est ça, alors, ça ravale Rey à une espèce de petite fille hystérique qui hantée par la honte de ses origines, poursuit ce patronyme valorisant comme une star seeker

Est-ce que ce titre ça veut dire que qui sauve la galaxie sans une égratignure, gagne le droit exceptionnel s’approprier le patronyme de qui il veut ?

Donc voilà, la fin de la saga de qui ou de quoi, avec le héros ou l’héroïne de quelle histoire, on n’en sait plus rien.

Et du coup, si on n’a pas de surprise en ce qui concerne le niveau de cohésion de Rey vis à vis de ce qu’elle fait en tant que Mary Sue de service, si on rentre bien dans un certain n’importe quoi quant à la sa gestion finale de son propre roman familial, alors, au niveau de sa relation avec Kylo, on rentre dans la quatrième dimension du n’importe quoi ultime.

Autant vous le dire, [MEGA SPOILER] elle l’embrasse sur la bouche, à la fin, histoire de dire « on aurait pu coucher ensemble » et là rien ne va plus.

Rien ne va plus parce que rien qu’à y repenser finalement ça fait trop fan service pour les spectateurs qui postent leurs conneries Rey-Lo sur deviant art ou pinterest, du style :

Alors il y a la fanfiction de débutant, et la fanfiction de luxe rédigée par des auteurs de qualité et dont les oeuvres finissent même par devenir oeuvres canon. Et la plupart du temps, on a reproché à l’auteur de l’épisode 8 de ne pas avoir fait que Kylo glisse un baiser tourmenté à Rey après leur succès contre Snoke.

Mais sérieusement, comment cela aurait-il pu être possible ?

Comme on l’a vu antérieurement, Kylo, c’est le personnage instable, il change de version entre deux épisodes et parfois, d’attitude vis à vis d’elle dans la même scène.

Dans l’épisode 8 il lui confirme qu’elle est issue de « nobodies », par ignorance, ce qui se révélera comme du quasi fake sur ses origines familiales. Et là au vu de ce que l’épisode 9 présente, c’est clairement un raté de première catégorie, qui fait très mal en plus. Pas de chance, mauvais point pour la romance entre lui et Rey.

Car donc pendant l’épisode 9, il lui révèle finalement quoi, qu’il souhaite qu’elle bascule avec lui du côté obscur, tout en lui expliquant que son père par choix aura renié l’héritage de Palpatine et cherché par tous les moyens à protéger sa fille de la corruption de son âme innocente d’enfant par l’intoxication à la noire relation fusionelle maître disciple que Palpatine voulait former avec sa petite fille. Il était pret à menacer son propre fils et sa belle fille de meurtre s’ils interféraient et ne révélaient pas la cachette de leur propre fille : ce qu’ils ne firent pas. Et ce qui leur coûta la vie. Mauvais point pour Kylo, associé à cette pratique de meurtre intrafamilial au nom de l’exclusivité de la relation maître-apprenti, visiblement fusionelle, omnipotente, noire et toxique. Très mauvais point pour Kylo, même, assassinant son propre père Han voulant le séparer de Snoke. Geste terrible commis sous les yeux de Rey et qui donc renvoie au geste du meurtre du propre père de Rey ainsi que de sa mère, pour les mêmes raisons de fond.

Mais revenons dans l’épisode 8. Une fois Snoke défait, suite à la mise en commun de leurs compétences, vers la fin de l’épisode 8, Kylo change de tactique subitement, et essaie de ramener Rey à lui pour bâtir un empire meilleur, plutôt que de tenter de continuer à coopérer avec elle.

Il lui demande de le suivre et d’abandonner tout pour lui, de tout envoyer balader, en particulier le passé. Et deux secondes après il se bat à nouveau contre elle à mort parce qu’elle préfère décliner le futur merveilleux qu’il lui suggère – et pourquoi, parce que ce plan du futur où il tend la main, ça ressemble à la bonne vieille proposition d’un Darth Vader qui tend la main à Luke après lui avoir tranché la sienne jusqu’au moignon en disant « viens avec moi, ensemble nous règnerons sur la galaxie« .

prends ma main avec la tienne mon fils (heu non pas celle là, elle est tombée dans le puits, l’autre)

Mais repartons dans l’épisode 9, où après lui avoir fait comprendre qu’il veut qu’elle vienne avec lui du côté obscur, Kylo dit à Rey, que, grâce à leur connexion de compte perso skype cosmique, il lit en elle comme elle lit en lui, ils se voient réciproquement dans leurs âmes et ne peuvent se cacher l’un à l’autre, qu’il ne peut lui mentir.

Et en même temps qu’il ne peut lui mentir sur le fait qu’il veut qu’elle devienne son apprentie, il la pourchasse sur ordre de Darth Sidious, car trois c’est un de trop, et tente de lui scalper la tête avec un Tie Figthter du Premier Ordre, avec l’intention de la tuer brutalement, donc, soit en lui écrasant un vaisseau Tie Fighter lancé à vitesse supersonique sur la face, soit en la découpant au sabre laser près des reliques de l’étoile noire numéro deux, au choix.

Entre ce qu’il veut d’un côté, c’est à dire en faire son apprentie du côté obscur, et ce qu’il fait de l’autre, c’est à dire tenter de la tuer vraiment par soumission à Sidious, ce n’est pas cohérent. Est-ce au moins propice à susciter en Rey quelque chose d’autre que la méfiance, la fuite ou alors peut-être la contre attaque ? Une fille à peu près normale rencontre ce meurtrier creepy qu’est Kylo : si elle n’a pas les moyens de se défendre, elle l’évite. Mauvais point encore pour la romance Rey-Lo.

Comment lui faire confiance, à Kylo, après le spectacle impossible à oublier de l’assassinat scandaleux, traître, honteux, et monstrueux, de Han Solo sous ses yeux dans l’épisode 7, qui aura fait suite à l’extermination d’un village de Résistants désarmés, comptant vieillards femmes et enfants, dès le début de la nouvelle trilogie, sans oublier sa contribution au génocide de plusieurs planètes avec le fatal tir de canon de Starkiller : peut-on jamais croire qu’il lui paraîtra comme autre chose qu’un type incohérent et malsain, instable par nature, pas rassurant, et qu’elle développera émotionellement pour lui, une logique méfiance ?

a-t-on l’intention de nous expliquer que c’est cette vision du torse de Kylo qui aura enclenché chez Rey un désir refoulé et secret pour lui ?

Comment imaginer un autre sentiment qui ne soit pas au un sentiment dominé par un savant mélange de peur, de colère révoltée, de dégout, et de honte, sur fond d’une irrémédiable méfiance ?

La seule chose qui vient troubler ces sentiment très négatifs que Rey éprouve pour lui et qu’il s’évertue visiblement à lui faire éprouver en espérant que ça va aider à la faire basculer du côté obscur, c’est finalement Leia, qui sent à distance du fin fond de sa chaise d’amirale de la Résistance, que Rey est en train de se faire avoir, à l’usure, par le harcèlement des « mauvais sentiments » qu’elle finit par éprouver pour Kylo.

Et je dois le dire, c’est là dans cet entre deux très subtil, dans ce moment presque impossible à réaliser parce que l’actrice était décédée, qu’on rentrerait par le fil d’une aiguille dans le vrai star wars, précisément là. Et ça se sent, émotionnellement, que le nouage ici est beaucoup plus travaillé que le reste : parce que quelque chose fonctionne.

Du coup alors qu’ils se battent stylé sur une lune d’Endor dans un décor déchaîné, Leia met toutes ses forces pour insérer sa présence de mère aimante au cœur du combat qui tourne mal sur le plan spirituel. C’est dans ce combat à trois, où l’amour maternel de Leia pour Ben, intervient en appelant simplement son fils Ben… Que le vrai Star Wars s’installe, pour quelques deux minutes sans aucun dialogue… Quelque chose comme la vision de sa mère, s’insère entre eux, au beau milieu de leur combat, où elle appelle son fils de son vrai nom, avec ses dernières forces et peut-être les derniers élans d’amour maternel qu’elle peut encore lui témoigner. Ça crée un temps mort, chez Kylo qui est comme absent d’anormales secondes. Et pendant ce bref instant, Rey emportée par la haine et la colère qu’il a finalement réussi à lui inspirer, l’éventre jusqu’à la garde, en présence de Leia. Ainsi, abattu, terrassé, il est fini. Et la vision skype de ce spectacle dramatique achève Leia. Après avoir perdu Han, et vu ça, elle s’éteint, le cœur brisé. Pour marquer la tristesse du moment, le réalisateur alterne les plans parallèle, entre le lieu du combat et le QG de la résistance où l’on apprend le décès de Leia. Avec une vision sur Chewie qui s’effondre dans un cri animal qui pourtant similaire aux nuances plaintives habituelles, prend cette fois-ci le sens d’une détresse puissamment émouvante. Retour sur Rey qui entend ce cri, comprend qu’elle vient de tuer le fils inconditionellement et réellement aimé de celle qui l’a formée, ressent la détresse. Ce qui la remplit d’une telle culpabilité et d’une telle pitié devant le drame des Skywalkers, qu’elle se décide à user de son nouveau pouvoir secret de force healer par transfert, pour donner de sa personne et sauver Kylo d’une mort inéluctable. Elle le sauve, mais s’en veut, et part ruminer comme Luke sur Ahch-to avant d’aller affronter l’empereur une bonne fois pour toutes.

Alors la technique de force heal que Rey utilise sur Kylo lui sauve la peau, et semble le guérir d’un coup mais aussi, cette combinaison de douleur de mort, d’humilité dans l’agonie, et de renaissance à ses yeux imméritée, vient comme le purger de sa propre culpabilité à lui et lui inspirer un premier sentiment positif qu’il n’a pas daigné cultiver depuis longtemps : la gratitude d’un être pardonné. Et donc là encore, ce mélange de combat au sabre et de sentiment puissants qui s’enchaînent en transformant les héros, c’est le vrai star wars.

Est-ce le début de sa reconversion, d’un doute suffisant ? Probablement, il se reprend à repenser à son père Han qui lui pardonne sa faute en lui confirmant son amour, même si ce n’est qu’un souvenir, refabriqué et réinterprété à partir des derniers moments que son père lui aura laissé avant de mourir, ce qui finit par achever une sorte d’auto-bascule du côté lumineux chez Ben. La bascule du côté lumineux est très subtilement et très bien jouée par l’acteur Adam Driver, qui l’accompagne bien avec peu de moyens et la juste retenue, sur les traits de son visage.

C’est la seule et unique vraie réussite du film de deux heures, deux petites minutes pas plus, une séquence d’émotions enchainées, qui malheureusement retombe et puis s’oublie, dissoute dans la frénésie des quêtes, des actions, des déplacements, et que la qualité ridicule et outrancière du 3e et dernier acte avec l’empereur, vient entacher.

Et donc pour faire retour sur la romance Rey-Lo, oui, Ben reconverti coopère à nouveau avec Rey contre pépé Palpatine, jusqu’à donner lui aussi de sa personne, pour lui rendre aussi la vie, quand cette dernière finit par la perdre à son tour.

Mais, si l’on comprend la gratitude de Rey, on ne voit vraiment pas exactement ce qui la pousse à l’embrasser d’un coup sur la bouche au moment où il lui sauve la peau en retour, devant le trône de l’empereur, une fois ce dernier détruit pour de bon in extremis.

Ce n’est, semble-t-il, pas tant par attraction physique, que par nécessité façe aux viles et nuisibles machinations de l’Empereur, qu’ils se soignent mutuellement au tour par tour dans cette histoire. Comme ils le font devant Snoke, ils coopèrent, pour se libérer dans le pardon mutuel, et pour gagner, devant un Palpatine doté d’une indécente omnipotence à toujours faire triompher la possession criminelle exclusive, la tristesse et la haine, partout où il passe. Ils coopèrent, en utilisant un pouvoir de guérison qui forme leur nouvel atout commun, et avec un nouveau pouvoir de téléportation en pièce jointe qui forme leur petite botte secrète.

Et le baiser final qu’ils échangent est comme inadapté au sentiment qui domine vraiment, à savoir l‘humilité devant la mort, et la gratitude mutuelle, de deux êtres en sacrifice et en renaissance alternés. La gratitude mutuelle se lit pourtant déjà bien dans leurs yeux et semble assez sincère : ces bons sentiment sont assez profonds, assez nobles, et sont les seuls qui soient probables, et ils suffisent amplement, sans qu’on ait besoin d’y sur-ajouter le surgissement d’un enjeu sexuel.

Le baiser final Ben/Rey, répond à une espèce de fan service téléphoné, il tombe comme une mouche dans la soupe et trahit le souci des producteurs de servir sur un plateau quelques amateurs de fanfictions de bas niveau, un « fantasme sur mesure », conforme au visuel qu’ils attendent. Il est amené par Disney, d’une façon plus clientéliste, que réaliste.

Après il se passe que Ben, à force de lui transférer son énergie vitale pour la raviver, finit par canner, et par s’évaporer comme s’évaporent ceux qui ne font plus qu’un avec la force… Et si les spécialistes de Star Wars s’imaginent que ça arrêtera les romances Rey-Lo et le fan-service associé, ils se mettent profondément un doigt dans l’oeil. Bah oui, vu qu’ils ont si brillament introduit le fait que maintenant, dans Star Wars, les fantômes de force sont « tangibles », il y en aura encore pour fantasmer sur l’accouplement physique tangible, entre Rey, le fantôme de force de Ben…

En tout cas cet improbable baiser prometteur, est certes un peu mieux amené que le baiser de Finn et Rose qui lui n’était motivé par absolument rien, ni de fantasmatique, ni de clientéliste et fan service, ça c’est certain.

Mais ça ne pourra de toutes façons pas être pire que le fait de se dire qu’il y a du y avoir une jeune femme qui a embrassé et couché soit avec ça :

me feras-tu l’honneur de devenir ma femme ?

Ou alors, peut-être une femme qui est tombée amoureuse de ça :

j’aime les petites filles, tu veux un bonbon ?

Ou peut-être avant, quand il était jeune et beau :

mais ça, c’était avant.

Voilà, la question qui nous vient presque crument, c’est, qu’au vu du fait qu’il est obsédé par sa propre immortalité, qu’il se clone volontiers dans l’univers étendu, et qu’il cherche un moyen de se préserver d’avantage dans la transmission entre maître et apprenti Sith, que dans la transmission génétique via la reproduction sexuée dans ce qu’elle a de spécifique : est-ce que Palpatine est le genre de type qui a jamais envisagé si ce n’est l’amour, au moins, l’usage du sexe, dans sa vie ?

Avec par exemple une jeune Sly Moore, sa future et fidèle secrétaire administrative, quand il était chancelier sur Naboo puis sénateur, puis Empereur ?

donc ça c’était Sly Moore, avant qu’il ne lui révèle qu’il est Darth Sidious
et ça, c’est la même, heu, après lui avoir révélé qu’entre eux le courant passait, ça se voit qu’il est passé concrètement

Et l’on recherche à nouveau l’époque où Palpatine aurait pu, d’une façon ou d’une autre, si ce n’est tomber amoureux et en avoir le coeur brisé, au moins, susciter l’intérêt sexuel d’une demoiselle, et l’on se rend compte qu’il n’a pu se livrer à tout cela qu’au cours de la chronologie antérieure à son avènement impérial, soit pendant la chronologie du film « Solo, a Star Wars story » :

eh oui, ce film qui ne sert à rien, aurait pu servir au moins à évoquer la romance contrariée et le coeur brisé d’un jeune politicien en plein essor aussi

Mais non dans « Solo, a Star Wars story », on suit la romance de Han et pas celle de Palpy. La première tombe à l’eau car elle doit laisser la place à l’histoire de Han et Leia. La seconde aurait été bienvenue car on ne la connaissait pas, au moins. Mais preuve que chez Lucasfilms ils ne savaient pas où ils allaient avec leur trilogie jusqu’à la dernière minute, ça n’a pas été tourné ni même évoqué, et donc « Solo, a Star Wars Story » ne sert effectivement à rien de rien.

Ce qu’on peut dire enfin, pour revenir sur la révélation de la parenté de Rey avec l’empereur, c’est que non seulement ça ne participe pas plus que ça à la transformation du personnage de Rey, qui n’assume même pas cette parenté alors qu’elle en demandait de toutes ses forces dans l’épisode 8.

Mais en plus, ça ne change pas non plus d’avantage le personnage de Palpatine, qui en bon Sith, ne développe aucun sentiment d’amour filial, car incompatible avec sa quête absolutiste de pouvoir, et reste toujours intoxiqué par ledit pouvoir, par sa quête d’immortalité, par ses plans machiavéliques, et ne se découvre rien de lumineux en lui quand il apprend que sa petite fille a la Force avec elle.

Une RéALISATION du niveau de CELLE d’un jeu vidéo ACTION AVENTURE LINéAIRE

Quand G. Lucas il réalise la prélogie : c’est pour poser une question à la pop culture qu’inconsciemment elle se pose : « comment on passe d’une république à la tyrannie d’un régime impérialiste ? ».

Vu ce qu’on aura vécu avant la seconde guerre mondiale, on peut légitimement s’interroger. La prélogie, on dira ce qu’on voudra sur le choix malheureux de ce comic relief qu’est Jar Jar Binks, mais elle reste pertinente rien qu’à ce niveau.

L’élaboration de la prélogie fait donc miroir à ce débat apaisé mais encore vif, dans la tête des gens, et donc, convoque la pop culture sur ce sujet. Mais en même temps, ça implique une capacité à la réflexion politique donc ça mobilise l’attention parce que le sujet lui-même est mobilisateur d’attention et de réflexion.

Et donc la prélogie est truffée d’histoires de royaumes, de fédérations du commerces, d’intrigues politiques, de sénateurs, d’attaques sous faux drapeaux, de manipulations, de chanceliers, de corruption, de trahisons… Oui la réalisation en est d’ailleurs à certains moments, chiante car presque statique, sous forme de plans fixes parfois un peu longs.

Mais la réalisation de la prélogie ne choque pas plus que ça, elle est adaptée à la description d’une séquence d’histoire, car les turpitudes qui précèdent une guerre mondiale galactique, construisent à chaque étape ce qui relève d’un « plan machiavélique », d’une « conspiration » d’envergure, qui distille et amplifie d’un monde à l’autre, le désordre croissant, et enfin le chaos : tout ça pour justifier l’acquisition de pleins pouvoirs pour rétablir l’ordre.

« L’Ordre vient du chaos »

Et cette prélogie, ça propose des explications pertinentes dans l’univers Star Wars, sur la genèse du chaos et l’utilité politique du chaos. Et donc partant de là « Comment l’histoire de l’impérialisme au niveau social global se traduit dans les petites histoires familiales locales ? ». Et le réalisateur traduit donc le conflit politique au sein même de la relation sentimentale entre Padmé et Anakin. Padme est plutôt contre la solution politique autoritaire aux désordres et souhaite le dialogue et la concertation ; Anakin est tenté par un traitement ferme et définitif des questions sociales, pour la domination et la soumission. Le tout sur fond d’une relation d’affection qui prend racine dans l’enfance, qui se confronte à l’insaisissable du désir adulte, des pulsions sexuelles, et de la tyrannie du corps, de la dépendance à la chair.

Donc on voit que Star Wars ça marche et pour plein de raisons. Ca marche parce que l’histoire des héros est construite de façon académique, en suivant un modèle opératoire décrit par Joseph Campbell dans le monomythe de son Héros aux mille et un visages. Ca marche parce que les sociétés modernes traversent leurs histoires mais qu’elles ont besoin de les actualiser, et de les poser à plat sur de nouveaux supports imaginaires, dont le space opera fait partie. Ca marche quand on réalise non pas un, ni deux, mais trois films, parce que la question posée est d’une telle envergure et d’un tel fondement pour les peuples à qui ça s’adresse, qu’on ne peut décemment pas torcher ça sur une simple copie double et que non ça ne peut pas se digérer en une heure trente.

Alors je suis désolé, mais à voir les bouts de ficelles sur lesquels tient la post-logie, on ne peut conclure qu’une chose : ils voient un potentiel économique, mais n’ont aucune bonne idée, et surtout rien à dire chez Lucasfilm, et encore rien de rien à dire, chez Disney.

Ils n’ont rien à dire de nouveau sur la suite à donner à l’épisode 6, donc ils font du révisionnisme historique en disant presque « Oui dans la galaxie star wars on a gagné la guerre mondiale galactique contre les nazis, mais en fait, non on n’avait pas gagné la guerre, parce que heu pourquoi, c’est parce que le Hitler de l’espace n’est pas mort dans son étoile bunker, il s’est tiré en douce, et donc ses nazis de l’espace s’étaient planqués dans une sombre planète de glace continent caché« .

Quand tu vois « Le retour de Palpatine », c’est du niveau du Retour de Hitler caché dans une base secrète en antartique ou sur la lune.

Hitler revient conquérir le monde sur le dos d’un tyrannosaure qu’il a trouvé dans la terre creuse sous le pôle sud où il a aussi trouvé des vaisseaux reptiliens pour voyager dans l’espace et construire une base secrète sur la lune oui je sais ça fait beaucoup d’un coup mais à force on s’y fait

A ce niveau un meilleur film de science fiction existe déjà et le fait bien mieux : c’est Iron Sky, et la force du film Iron Sky, c’est que c’est effectivement une farce conspi moderne, dans la plus pure tradition des farces conspi en mode méta. On dira ce qu’on voudra sur ces films, à prendre au second degré, mais sincèrement ça tient quelque part plus la route que le premier degré du « Retour de Palpatine » qui fait imitateur, avec ses 10.000 star destroyers siths.

Et donc, non la post-logie, c’est juste pour faire venir au ciné non pas une, non pas deux, mais trois fois de suite, des spectateurs vaches à lait, qui payent non pas une, non pas deux, mais trois tickets, pour suivre la suite de la guerre des nazis de l’espace, et qui donc amortissent simplement trois fois plus vite, l’investissement de départ de Disney.

(1) Et – (2) c’est – (3) tout.

Car à côté de ça, on a des idées graphiques. On a des designs de costumes. On a des concepts de départ. Des esquisses de persos. On se demande si on peut « étendre les pouvoirs de la Force ». Comment styler de nouveaux pouvoirs étendus. Des esquisses de persos uniquement affichés dans les films pour les refourguer en merchandising de figurines pour Noël. On a des plans marketing, on a une vision 360° sur où répandre le produit culturel, on est déjà parti sur la machine à communiquer : mais pour dire quoi et réaliser quel message qui ait la dignité des premiers films ? On ne sait pas. Pas vraiment.

Et actuellement il n’y a qu’un seul support culturel où l’on peut comme ça monopoliser l’attention du consommateur sur un produit qui n’a pas d’histoire ou rien de particulier à raconter dans un univers alternatif : c’est le jeu vidéo.

Le jeu vidéo ultime, dont je fais souvent d’ailleurs l’apologie, à sa voir Doom Classic, est un jeu d’action où le mouvement de joueur compte plus que tout et doit être constant. Et le gameplay suffit tant qu’on considère souvent l’histoire de fond comme secondaire, on peut y jouer en ignorant royalement le background du héros dont on n’a pas besoin.

Et je crois que c’est sur cette solution qu’on a fini par aller chez Disney Lucasfilms : la solution d’une réalisation quasi vidéoludique, en mode action arcade pétaradante, qui va à 200 à l’heure et où la caméra bouge sans temps mort, où le spectateur joueur va de quête en quête et cherche des « objets de quête », le tout met le héros en mouvement constant dans des paysages variés où il rencontre des obstacles variés à surmonter dans l’instant.

La gestion de cet objectif de remplissage de temps de film avec de l’action plus ou moins subjective, du mouvement de caméra à l’épaule, dans les paysages dépaysants, et suivant des modes de jeu variés, c’est la seule façon de mobiliser l’attention du spectateur quand on a pourtant rien à lui dire sur le background du héros.

Alors il faut du talent pour faire ça. Il faut faire bouger, évoluer le héros, donc le joueur, doté de pouvoirs spécifiques, dans un univers immersif, souvent un monde virtuel en trois dimensions, avec des quètes principales plutôt simples à comprendre basées sur des objectifs simples, des objets de quête, et avec des quètes secondaires lesquelles quand elles existent permettent d’enrichir l’expérience par rapport à la quête principale.

Mais c’est quoi une quête dans le monde vidéoludique ? Eh bien ça consiste souvent à suivre un objectif lointain, décomposé en cinq ou six étapes, elles-mêmes traduites par le fil d’une série d’actions permises par la mécanique du jeu et qui donc permettent au joueur de monopoliser ses pouvoirs ou ses compétences.

Presser un bouton pour s’accroupir

Donc chacune des actions des héros intervient pour leur permettre de manifester un pouvoir spécifique qui permet de sortir de la scène et passer au tableau ou à l’étape suivante.

Des scènes d’actions, on en trouve de plus ou moins interactives dans les jeux, ça va de niveaux où l’on a le contrôle total du héros, à des cutscenes où l’on est passif, avec des scènes intermédiaires entre les tableaux principaux, avec plus ou moins de degrés de liberté.

Et parmi les jeux qui offrent le moins de degré de liberté, on trouve des jeux qui portent le nom de « linéaires« , c’est à dire, qui mènent le joueur à enfiler une séquence de scènes bloquantes au tour par tour les unes derrières les autres. Ce type de jeu n’a pas la cote aujourd’hui, et pourquoi, parce que l’exploration et la rejouabilité sont inexistantes, le joueur avance en ligne droite puis s’arrête à chaque défi, puis s’avance et s’arrête à chaque défi, sans pouvoir dévier la suite de sa progression.

trop fun le degré de liberté

Et je vais donc à la suite vous [SPOILER] copieusement la narration d’une heure trente de film, en vous montrant que, finalement, cette narration rentre très bien dans le moule de ce type de script vidéoludique linéaire dans sa conception.

Il arrive par exemple qu’une cutscene autorise le joueur prinicpal à s’installer au niveau du cockpit, dans la position grisante du pilote d’un vaisseau, qui slalomme entre les obstacles situés sur un long couloir industriel, de galleries bardées de tuyaux et de pilones technologiques horizontaux, lesquels surgissent et imposent au vaisseau engagé à une allure phénoménale des correction de trajectoires infimes… mais aussi en position d’artilleur arrière pour s’occuper des Tie Fighters qui détruisent le bouclier arrière au point de menacer le vaisseau d’exploser avant la sortie du tunnel. Le pilote doit slalomer avec la souris, en évitant les impacts des obstacles sur la coque et en préservant au maximum l’énergie des boucliers, il appuie sur la touche Shift pour changer de point de vue et se mettre en position d’artilleur arrière qui lui, doit cliquer sur le bouton gauche pour enclencher une salve de tir rapide, et sur le bouton droit de la souris pour autoriser le viseur à cibler plus précisément les Tie Fighters qui sans ça, se rapprochent de plus en plus près au point de devenir dangereux.

Une fois sorti du tunnel, le pilote peut enfoncer le bouton Alt gauche pendant 10 secondes minimum pour qu’un calcul de trajectoire correct se fasse, pour lancer un saut en hyperdrive, mais s’il le relâche trop tôt, soit le saut échoue complètement, et ne part même pas, et les chasseurs affluent à l’arrière en surnombre, soit il réussit mais le joueur est balancé on ne sait où dans la galaxie quand c’est pas contre une falaise et game over. Donc on a un type de gameplay grisant, ça ne raconte pas grand chose, ça fait arcade, ça passe le temps 5 minutes et c’est bien fait.

Les jeux commencent toujours par un tutoriel obligatoire, et qu’il faut accomplir, sans lequel on ne peut aller plus loin, du coup même si elle n’en a pas besoin Rey passe par la case entraînement avec Leia. Elle s’entraîne à courir, dans un chemin de foret, à sauter des obstacles sur ce chemin, donc on appuie sur la touche ESPACE pour la faire sauter. Elle s’entraîne à projeter son sabrolaser au loin, et à le récupérer comme un boomerang, comme le fait parfois Garen Malek dans « le pouvoir de la Force ». Certaines touches du clavier produisent une lévitation temporaire pour surmonter une faille sur une falaise par où le chemin en ligne droite passe, d’autres lui permettent des bonds spéciaux augmentés de 4 ou 5 mètres de haut, en avant ou en arrière. On finit après le chemin par tomber sur l’arène d’entrainement aux actions de combat au sabre et on fait apparaître un petit drone flottant qui pique et attaque, contraignant le joueur à activer la combinison de touches réflexes permettant de dévier les tirs.

Puis bon, une fois le tutoriel passé, l’histoire commence vraiment et sa quête principale c’est de trouver Palpatine sur sa planète Sith Exegol, cachée dans la région inexplorée de la galaxie. Mais pour ça, il y a des objectifs intermédiaires à atteindre, des étapes à franchir, des artefacts à trouver, des scènes à vivre les unes après les autres, en séquence, et surtout, dans le bon ordre. Rey doit donc trouver d’abord un artefact Sith, qui trace le chemin vers Exegol, mais cet artefact lui-même n’est pas simple à trouver, en tout cas Luke lui-même avant de canner, le cherchait sur une planète.

Au cours d’une étape où Rey se rend sur les traces d’anciennes recherches que Luke aurait lui-même faites sur ladite planète, elle tombe dans des sables mouvants, mais en dessous desdit sables, elle tombe plus bas et se retrouve piégée dans un réseau inextricable de sous-terrains, creusé par une espèce de vers ou de serpent géant assez agressif. Elle progresse dans le tunnel sous-terrain en ligne droite, mais n’en sort pas. Elle doit en fait chercher et ramasser un objet au sol pour que la scène avance. Elle le trouve, il s’agit d’une dague Sith dotée d’une inscription en Sith. Mais malheureusement, dès qu’elle trouve l’objet au sol apparait justement un gros serpent géant vénère qui lui barre la sortie. Comment progresser ? Bah pas en l’attaquant avec la dague, sans ça elle meurt, ou y laisse des plumes ; au contraire elle peut s’en sortir en utilisant son pouvoir de guérison sur une blessure ouverte que le serpent traînait. Elle appuie sur la touche H, et une fois la blessure ouverte du serpent guérie et refermée, le serpent devient gentil/sympa et la laisse passer, elle ressort avec la dague sith.

On voit que seul C3PO le traducteur de service, pourrait lire l’inscription de la dague. Mais du coup elle doit dialoguer avec C3PO dans une cutscene. Les cutscenes sont souvent l’occasion d’échanger avec des PNJ, ou personnages non joueurs, qui occupent le fond du jeu sans qu’on puisse en prendre le contrôle comme on prend le contrôle de l’héroïne principale. Et C3PO en est un. Les PNJ n’ont d’autre fonction que d’apporter des informations permettant une compréhension de la raison ou de la logique qui amène le héros à devoir choisir entre une option A et une option B. Dans le meilleur des cas, les échanges proposent des interactions verbales. Les questions du joueur ne sont pas ouvertes et infinies, mais fermées et limitées. Les choix de questions amènent donc les PNJ à répondre de façon stéréotypée, et plus ou moins rapidement les réponses conduisent à enclencher la même scène à venir, et donc, ces dialogues et les choix relèvent plus de faux semblants, de faux degrés de liberté, dont l’unique objectif est de créer l’explication d’un rapport logique entre ce qui est présenté entre deux scènes d’une même quête. Dans le cas de la nécessité de traduire la dague, C3PO a été formel, il peut traduire toutes les langues mais la langue Sith a été déclarée prohibée, donc une sécurité programmée au niveau du noyau dur de son intelligence artificielle, l’empêche de se livrer à cet exercice de traduction… Du coup pas le choix, faut passer par une nouvelle quête intermédiaire, c’est à dire trouver quelqu’un qui lui débloque sa sécurité linguistique quelque part.

Dans un tableau / étape suivante, le vilain miniboss surgit et entrave la progression de l’intrigue en essayant de tuer l’héroïne. C’est Kylo qui revient. Elle voit son Tie Fighter lui foncer dessus : la scène demande de la réactivité, il s’agit d’un QTE. Un QTE ou Quicktime Event, demande aux joueurs de faire des séquences de touches au clavier difficiles ou des combos spécifiques délicats pour ne pas mourir. Elle doit sortir son sabre, puis prendre son élan, puis sauter en faisant un bon arrière et donner en même temps un coup de sabre bas gauche spécifique suivant un timing extrêmement précis pour flinguer le vaisseau qui lui tombe dessus. A 1/10e de seconde près :si la séquence des combos est ratée, le vaisseau de Kylo la percute de plein fouet et lui détruit la colonne verébrale ou carrément lui écrase le visage à la vitesse du son. Le joueur recommence plusieurs fois la séquence de touches pour réussir à passer la cutscene.

A un moment, elle doit retenir un vaisseau où le PNJ Chewie s’est fait capturer et doit décoller pour qu’il soit déporté et interrogé : elle appuie répétitivement sur la touche F pour enclencher un force drag et attirer le vaisseau vers le sol pour pas qu’il ne s’envole. Pas de bol … dans son stress, elle rate sa frappe et appuie sur la touche T par erreur – qui produit à la place un éclair de foudre. Merde, boum le vaisseau qu’elle voulait retenir grille sous l’effet de la foudre qui sort de ses mains, et puis explose en se disloquant à la suite du choc. La partie a échoué, car Chewie ne devait pas mourir. Mais, comme Chewie est mort, Rey n’a pas gagné un point de compétence prévu, et reprend à partir du point de sauvegarde et devra donc galérer un peu plus lors de la prochaîne étape.

Etape suivante de quête princpale, on doit donc bouger de décorum pour partir à la recherche d’un spécialiste des robots capable de lever cette restriction linguistique dans le cerveau de C3PO. On le retrouve sur une planète dominée par le Premier Ordre. Mais sur cette planète, on lui confirme que pour lever la restriction : il faut réinitialiser toute la mémoire du célèbre droïde de protocole. La cutscene donne encore un choix à faire entre : A, ne pas effacer la mémoire et ne pas traduire la dague sith qui mène peut-être à Exegol, et B effacer la mémoire et traduire. L’option A laisse les héros coincés sur place sans plus avancer pendant des heures. Les héros s’ennuient, recontrent des PNJ tiers qui laissent des informations sur le propre passé de PNJs, mais ça tourne vite en rond pour arriver à rien. L’option B laisse le spécialiste réinitialiser la mémoire du droïde qui peut donc une fois réinitialisée, et lire du sith… et l’inscription sur la dague révèle les coordonnées précises sur un planète précise. Le jeu souhaite que la scène de nettoyage mémoriel de C3PO soit triste : du coup, C3PO dit au revoir à ses amis. Heu ses amis qu’il a rencontré quand au juste, puisque ses amis c’était R2D2 qui n’est pas présent dans la scène, Leia qui n’est pas là non plus, Luke qui n’est plus là, Han qui n’est plus là… Chewie qui n’est pas là non plus parce quà ce moment là il est supposé mort. Est-ce un adieu triste quand les nouveaux amis n’ont quasiment pas intéragi avec lui dans cette trilogie. Bah non. Du coup ça marche pas.

Comme les degrés de liberté et les options en vérité n’existent pas, Chewie ne devait pas mourir. L’explosion définitive de son vaisseau n’était pas prévue dans la suite de la quête principale, et donc on retrouve quand même Chewie prisonnier dans le vaisseau (qui a explosé), puis qui s’est autoréparé au dernier point de sauvegarde du jeu et à nouveau remis à voler tout seul avec Chewie dedans. Donc forcément, à un moment donné Rey ressent la présence de Chewie dans un vaisseau à proximité et avant de quitter la planète pour continuer la quête principale, elle a le choix A, quitter la planète toute de suite B exfiltrer Chewie. Elle choisit B.

Alors au cours d’une des étapes du jeu, elle est coinçée, dans ce vaisseau ennemi, qui est celui d’ailleurs que Kylo occupe en semaine. Il est truffé de stormtroopers, une fois montée à bord, elle doit avancer en mode stealth. Le mode stealth ou « infiltration discrète », c’est un mode de jeu connu, dans le monde vidéoludique, où il faut progresser sans se faire remarquer. Les stormtroopers font des rondes dans les couloirs, il faut partir au bon moment, ni trop tôt ni trop tard, pour arriver au bon endroit c’est à dire au pont précis du niveau du jeu où les groupes de soldats ne voient pas Rey. Mais malgré tout son talent : en appuyant sur le bouton d’action qui libère Chewie de ses attaches, elle se fait repérer et encercler.

Coincée dans un couloir et mise en joue, elle doit utiliser un pouvoir pour s’en sortir, mais pas n’importe lequel, si elle se trompe, game over elle meurt elle et ses amis, et peut recommencer la partie : donc là, le bon pouvoir, c’est celui de l’influence mentale, d’un geste du bras de gauche à droite, tout en sélectionnant la phrase qu’il faut dans la liste déroulante et qui lui permet de bonimenter psychiquement des stormtroopers, de se sortir de là et d’avancer vers l’étape suivante. Elle appuie sur la touche M, sélectionne une phrase dans une liste de phrases, trois sur quatre ne marche pas, et la dernière passe, et on enchaine sur le level suivant.

Etape suivante, Rey rencontre à nouveau le boss intermédiaire. C’est Kylo qui s’est rendu compte qu’elle est sur son vaisseau personnel, et pas content qu’elle se soit invitée, veut se battre contre elle. Elle doit mettre à profit son entrainement dans le tutoriel de départ et enchaîner les touches pour se déplacer, pour rouler bouler, pour parer, pour lancer des attaques au sabre contre lui avec des variantes. Elle échappe à son opposant, sans le vaincre, car c’est un boss qu’on retrouvera plus tard, et juste avant il lui annonce dans la cutscene qui suit un truc important sur ses origines familiales : c’est la petite fille de l’empereur Palpatine.

Du coup dans la cutscene suivante, elle arrive au point des coordonnées indiquées en langage sith sur la dague. Et ces coordonnées, ce celles d’une Lune d’Endor. Sur laquelle on trouve quoi en marchant vers un chemin qui s’arrête en haut d’une colline surplombant la falaise donnant une vue sur quoi, sur un petit bout de reste d’étoile de la mort n°2, énorme vestige crashé dans la mer il y a 30 ans, que Rey observe depuis le haut de cette colline une fois atterrie sur la planète.

Et là Rey reste coincée dans le jeu, tant qu’elle ne trouve pas la clé qui lui permet de déchiffrer le mystère de cette dague ça ne bouge plus. Elle doit utiliser la dague visuellement, mais comment ?… L’écran permet d’observer l’horizon avec la surface déchirée de la relique de l’étoile de la mort et de lever le bras qui porte la dague. C’est incompréhensible et le joueur reste de longs moment à ne pas avancer en cherchant une inscription sith qui donne la clé. Quand soudain, observant la découpe étrange de la lame de la dague elle-même, le joueur comprend quelle est similaire en tout point à la découpe du sommet de l’épave déchirée qui apparaît dans la brume à l’horizon.

Pour que le jeu avance, Rey doit faire épouser visuellement sur le panorama qui s’offre à elle, la forme de la lame , et la forme du sommet de l’étoile de la mort à l’horizon : pour se rendre compte que la petite extension métallique cachée dans la garde de la dague, qu’on tire et qui donne à la garde une forme arrondie étrange : indique le point précis où rentrer dans l’épave et chercher au mètre carré près la salle du trône où trouver peut-être de quoi mener à Exegol… Cette dague finalement rend Palpatine encore plus idiot. Il aurait clairement du partir à la recherche de ses artefacts siths, dagues, orienteurs, qui indiquent carrément l’endroit où venir saboter ses plans.

Et là le joueur du jeu vidéo qui donc joue depuis une heure en suivant le fil conducteur d’une série d’étapes toutes enchaînées plus ou moins logiquement et de façon linéaire les unes aux autres, résume : il recherche une planète secrète cachée dans la galaxie, Exegol, dont la position serait indiquée par un artefact permettant de s’y rendre. Mais pour trouver la position de cet artefact, il a du tomber comme par hasard dans un sous sol creusé par un gros serpent souterrain, pour trouver un autre artefact. Cet autre artefact est une dague Sith engravée avec une inscription en langage Sith située au bout d’un tunnel foré par le gros vers/serpent qui barrait la route. Or la dague enfin retrouvée pointait vers la localisation d’une ancienne épave, et cette dague est façonnée exactement suivant la forme du relief que le sommet de cette épave prend par rapport l’horizon : relief qui date de 30 ans en arrière. Donc la dague sith n’est pas ancestrale, car sa lame a été travaillée et découpée maximum 30 ans en arrière. Puisque l’étoile de la mort, au delà de 30 ans n’était pas aux coordonnées indiquées, et n’avait absolument pas la forme d’une épave et donc la dague n’a pu imiter le relief de l’étoile qu’après sa destruction.

Et on continue à jouer en suivant des niveaux qui ne laissent aller au suivant que lorsqu’on les traverse et que lorsqu’on y déjoue les épreuves obstacles qui y sont prévues. Pour atteindre l’épave de l’étoile de la mort il faut naviguer sur un bout de mer déchaînée. Donc à l’instar de ce qui s’est passé au début du jeu, on pilote le catamaran y menant comme on a piloté le Faucon Millenium, en ligne droite, avec la souris en contrôle inversé (l’axe des Y et des X de la souris est inversé) pour orienter un peu la pointe du catamaran au bon endroit : en effet il ne faut pas rater l’angle d’attaque des vagues scélérates qui surgissent : si on ne les prend pas exactement de façe, soit, en naviguant bien tout droit, sans dévier, le catamara ne remonte pas correctement les vagues de face et carambole sur un roulis de côté fatal lequel désagrège complètement l’embarcation et game over.

Une fois rentré dans la gigantesque épave de l’étoile de la mort, on doit suivre la flèche qui mène à l’objectif, sauter, grimper, s’accroupir, et utiliser les mécaniques de déplacement apprises dans le tutoriel Leia, du temps où on courait sur un chemin en forêt avec des exercices de sauts d’obstacles, en « mode alpiniste ». Et bizarrement, alors qu’il faut sauter un obstacle plus haut qu’une falaise : le pouvoir de lévitation que Rey a montré pendant sa formation ne marche pas. La touche L (lévitation) est inactive. Une anomalie qui n’a pas été corrigée même après le patch day one. Une fois arrivé au coeur de l’étoile noire jusque dans la salle du trône où l’empereur jadis siégait : Rey y trouve dans une pièce annexe un dernier artefact de nature cette fois technologique, qui ressemble plutôt à un contrôleur électronique d’hyperdrive de forme pyramidal, doté d’une séquence très particulière de sauts précis à effectuer au sein de la galaxie, pour trouver Exegol : l’orienteur Sith n°2, celui que Palpatine a laissé là à sa place pour que n’importe quel pilleur d’épave le retrouve. Youpi, ça fait une heure quinze qu’on cherche ce genre de dispositif pour l’installer dans le Faucon Millenium.

Alors qu’elle n’a plus qu’à repartir avec : elle a un flash en forme de cutscene, où elle se voit comme basculée du côté obscur premièrement avec une sorte de sabre à double lame rouge vif, comme Darth Maul. Suivi d’une nouvelle cutscène introductive / obstacle surgit où Kylo le mini boss se pose avec son Tie Fighter sur l’épave, lui barre la route, et pour la mettre plus en colère après tout ce qu’elle a fait pour en arriver là, il lui pique son artefact pyramidal qu’elle a mis une heure et quart à trouver : et le bousille en l’écrasant d’une main. Il lui explique qu’il n’y en a que deux dans l’univers, et que lui seul a le second artefact dans son vaisseau, qu’elle ne pourra donc jamais aller à Exegol sans l’accompagner lui dans son vaisseau. On y a passé une putain d’heure quinze de jeu à sens unique, à deux cent à l’heure et putain, Kylo vient de bousiller UNE HEURE ET QUART de quêtes linéaires enchaînées !

Recombat bloquant, dans la scène qui suit, cette fois-ci plus musclé car Kylo n’est plus là pour rigoler, car souhaitant qu’elle le rejoigne et qu’ils vivent à deux du côté obscur, il frappe pour la tuer, vachement logique, Rey ne peut plus supporter ce con : pour la romance Rey Lo on peut quitter la salle de ciné, à ce point de l’intrigue on n’en peut plus on n’en veut plus, et pour vaincre Kylo, il faut utiliser toute la palette des compétences, faire des combos, pas seulement des coups au sabre, mais aussi, des bonds spéciaux, en avant, en arrière, pour éviter les vagues scélérates qui surgissent une fois que le combat se déporte à l’extérieur.

Au moment où Kylo semble battu, sa barre d’énergie se remplit toute seule… La colère de Rey le régénère il en est trop cheaté. Tandis que la barre de vie de Rey diminue inexorablement, qu’elle est dans la partie rouge, au bord de l’extinction, la barre de Kylo remonte au fur et à mesure que Rey laisse échapper des cris de rage à chaque choc de sabre, de plus en plus forts. Le joueur commence à s’énerver, et à la fin de la barre de vie de Rey, seule l’intervention miraculeuse, de la voix et de l’ombre de Leia en bonne mère aimante pour son fils qui par la force de la télépathie skype, vient perturber Kylo et empêcher Kylo de tuer Rey.

Suit un rapide QTE à effectuer, un Quicktime Event. Gauche – Droite – Coup se sabre bas X2. Kylo s’écroule éventré par un coup de sabre de Rey, on voit l’image de Leia qui meurt de chagrin et s’éteint. Nouveau QTE, Bas-Bas-S’accroupir H (soigner). Une fois le force heal effectué sur Kylo/Ben, cutscene où Rey laisse Kylo/Ben enfin guéri retrouver ses esprits, avant de lui voler son vaisseau où comme le disait sans mentir le jeune homme, son orientateur sith l’attendait pour aller donc droit sur Exegol.

Moralité : Rey a passé une heure trente de jeu à chercher un artefact sith pour la mener à Exegol, quand de toutes façons il lui suffisait d’attendre que Kylo – qui en avait déjà un autre – arrive à elle, ce dernier se proposant bien gentiment de l’y conduire avec son propre vaisseau…

Pour une fois qu’il lui propose ce qu’elle veut : à quoi rimait non seulement ce combat mais toute cette PUTAIN D’HEURE et DEMIE de JEU LINEAIRE ?

Alors je m’arrête là parce que je pense qu’on a tous compris le sens de mon propos, de ma démonstration. Je vous dis que ce film a un scénar qui rentre à tout casser dans le script d’un jeu vidéo Eletronic Arts, en mode semi arcade, semi action-aventure linéaire, sans exploration, sans open world, très scripté, avec des choix pauvres, qui pourrait à peu près marcher, si le spectateur du film y jouait vraiment sur son pécé après une partie de Fortnite.

***

Or, retour sur le format cinématographique les enfants, retour sur le format cinématographique : où l’interactivité du spectateur avec le héros à l’écran est réduite à zéro, où l’interactivité est nulle les enfant, totalement nulle. Et donc non l’immersion n’est pas aussi bonne que si on jouait au film comme on joue à un jeu soi-même.Et donc non la ficelle utilisée par le talentueux réalisateur JJ Abrams, pour nous emporter dans l’action immersive, et nous faire oublier l’absurdité de ces idées pourries enchaînées les unes aux autres, ne marche pas vraiment, pas assez, pas autant qu’il faudrait pour faire oublier tout ce qui ne colle pas et qui ne colle plus.

Si la photographie est impeccable et la maîtrise de la direction visuelle et filmique est irréprochable : le film est, objectivement, un mauvais film. C’est même étonnant que le film soit sorti « comme ça » avec si peu de contenu, tellement de quêtes chaînées en séquence linéaires, avec tellement de raccord cousus de fil blanc entre les scènes, et tellement de plans WTF…

Comme le spectateur n’est pas un joueur, les héros principaux qu’il suit se tapent les quêtes qu’ils veulent on s’en fout. Ils sautent ils roulent boulent ils tirent ils pilotent des xwings des cargos des catamarans branlants en ligne droite, on s’en fout. On s’en fout parce qu’un visionnage d’une partie de jeu vidéo linéaire, sur laquelle on n’a aucun contrôle, sur Twitch ou sur une chaîne Lets Play, (et en God Mode en plus n’oublions pas, puisque Rey ne perd jamais), n’est pas aussi immersif qu’une partie effectivement et concrètement jouée à la première personne et en temps réel.

Donc on regarde le film, oui, et entre deux moment de WTF ultimes, on regarde le film, en suivant la trajectoire des objets qui apparaissent à l’écran et les objets de quêtes qui se suivent, l’une derrière l’autre : c’est un exercice d’attention visuelle. Qui amène donc jusqu’au dernier point de la séquence, ce que Disney va appeler le « climax », jusqu’à la dernière confrontation, avec Palpatine Hitler.

Des chevaliers JEDI aux chevaliers DU ZODIAQUE

Alors on pensait peut-être que Rey ou que quelqu’un ait à affronter les « chevaliers de Ren ». Et forcément, on entend le mot chevaliers tout de suite ça fait fantasmer, ça évoque quelque chose qui sort un peu du cadre de l’ennemi random.

chevalier, ça voulait pas dire que c’est quelqu’un qui s’occupe des chevaux ?

Clairement, ces personnages avaient une fonction, c’est de donner aux héros des combattants sérieux, à affronter, avant d’avoir à affronter Kylo le combattant majeur. Lequel devait être plutôt rencontré dans l’épisode 8.

On imagine un peu les chevaliers de Ren comme des espèces de chevaliers Jedi déchus, errant comme des nazguls de la force, attirés par elle et cherchant les porteurs de force où qu’ils soient pour les éliminer. Ces personnages étaient à introduire comme ça, et à présenter comme des bouchers mystiques brutaux, et, qu’il faut passer, pour pouvoir pénétrer dans par exemple, la « Forteresse de Ren », où ils torturent atrocement des pauvres opprimés, ou des petits porteurs de force, dans un sadisme digne d’un épisode de Hellraiser.

Et donc après avoir défaits ces chevaliers noirs, on pouvaient seulement rencontrer Kylo Ren, le boss ultime.

Et à part ça, on a tourné l’épisode Canto Bight, où ils n’étaient pas invités.

Donc on ne les voit pas pendant toute la nouvelle trilogie. Et là alors qu’on les avait complètement oubliés, ils ré-apparaissent subitement, ils sortent comme tout le reste, carrément du cul de l’empereur, probablement, mais on ne sait pas ce qu’ils foutent là, pourquoi ils sont à Exegol, puisqu’ils n’ont pas d’orienteurs, ni la dague, est-ce que ce sont des Siths, est-ce que non.

Même le scénariste ne savait pas.

Parcontre les vendeurs de figurines, oui, ça c’est certain il savaient qu’il fallait vendre des figurines.

figurines vendues chacune au détail, à l’unité, avant même qu’on sache exactement à quoi et à quelles histoires elles correspondent

Si c’est pas des Siths alors qu’est-ce qu’ils foutent dans le temple des Siths. Mais si ce sont des Siths alors quid de la Règle des deux , instaurée par Darth Bane et qu’impose Darth Sidious à tous ceux qu’ils rencontre ? Selon cette règle, les prétendants à la fonction d’apprenti du grand seigneur maître des siths doivent s’entretuer. Car il ne peut qu’y avoir 2 Siths soit un maître (le plus fort) et son apprenti (le presque plus fort ) mais tous les autres doivent être assassinés.

Donc s’ils sont des Siths, pourquoi donc sont-ils encore en vie ? Puisque clairement, l’empereur n’en tolère que deux, lui et l’apprenti qui reste.

Et tandis qu’ils s’interposent, entre Kylo et l’empereur, à 6 chevaliers oeuvrant ensemble, ils ne parviennent même pas à poser problème voire égratigner Kylo, qui même sans arme leur résiste aisément… et alors enfin doté d’un sabrolaser, Kylo les démolit en 30 secondes montre en mains.

Les chevaliers de Ren ? Des pétards mouillés galactiques, des chevliers de ren des neiges.

Et à côté de cet espèce de sous-traitement de la chevalerie côté vilains, côté chevalier Jedi ça finit en mode saison finale du dessin animé des Chevaliers du Zodiaque (dont je me souviens d’ailleurs du générique, avec B. Minet) – et franchement, on se demande si c’est mieux.

Quand Rey finit par atteindre enfin le grand Pope, et qu’elle s’écroule à ses pieds, écrasée par l’outrancière démesure de sa nuisance, c’est là qu’on fait rentrer Star Wars dans le mode d’un vulgaire Shōnen croupi de sous mangaka raté, où les voix cumulées, de tous les héros de la saga, les Qi Gon Jinn, les Obi Wan, Les Luke, les Leia, Les Mace Windu, les Yoda, de tous les doubleurs connus et inconnus des acteurs de la saga, ont enregistré leur voix et viennent apporter à Rey leur cosmoénergie pour qu’elle se relève, devant le Grand Pope, et qu’au nom du pouvoir de l’amitié, elle fasse enfin triompher l’amour des fleurs.

l’héroïne héroïque, hérite de la cosmoénergie de tous les chevaliers combinés

Heu, c’est vrai que j’avais oublié que Disney c’est pour éduquer les enfants. Je crois que je suis devenu trop vieux pour toutes ces conneries.

Le pouvoir ça rend con

Snoke assis sur son trône était déjà devenu avec le temps et l’exercice du pouvoir manifestement imbu de lui au point d’en devenir imbécile, puisqu’il disait déjà à Rey qu’il lisait dans la tête de tout le monde, qu’il savait tout sur tout, qu’il était aux commandes de tout du bout de la galaxie, à l’origine de tout. Et alors qu’il dit qu’il manipule tout le monde depuis le début, il se fait doubler par Kylo.

un maitre du côté obscur qui a la situation sous contrôle absolu

Mais comme on comprend, qu’en fait Snoke était un clone, et derrière lui c’était donc Palpatine l’imitateur qui parlait, la prétention infondée de Snoke éclabousse complètement son maître.

Or, pendant toute la prélogie et même bien après, Palpatine est vraiment présenté comme un être non seulement d’une force indépassée, d’une maîtrise du combat au sabre égalée à peine par Mace Windu, et surtout, d’une intelligence autant machiavélique que maléfique.

Et à voir déjà le niveau de stupidité qui caractérise la stratégie, les fins, et les moyens requis, pour l’installation du Premier comme du Dernier Ordre, on en convient à se dire que ce personnage a, au bout de 30 ans, perdu de son intelligence, manifestement.

Donc c’est comme ça qu’on va probablement terminer cet article, en énonçant à peu près le seul message qui reste et que le cerveau va retenir, c’est que Palpatine est devenu idiot, il est devenu stupide il devenu complètement con enfin.

Au vu de ce qu’on a vu de l’absurdité de son plan, de ses moyens comme de ses fins plus haut, on se dit que ça va peut-être s’arrêter là dans le film mais non, plus on avance plus c’est l’apothéose.

Alors il aura essayé de convaincre Rey qu’elle n’a pas d’autre famille que lui, qu’elle peut devenir Apprentie, et donc ultiérieurement quand elle le tuera, la future Impératrice Galactique réceptacle de l’esprit des Siths, si l’on suit la Règle des Deux, consistant à créer des séquences de maîtres et d’apprentis voués à tuer leurs maîtres pour prendre leur place.

Mais elle s’en bat les ovaires, la Rey, que pépé soit sa seule famille qui reste, elle est une fille, Rey, et une fille ça change de famille pendant le mariage, et ça change même de patronyme à l’occasion, et donc non, elle en veut pas de son destin d’impératrice héritière. En plus être sith ça jaunit les dents et enlaidit le teint, l’impératrice des Siths non merci pas pour elle.

Le mec c’est le plus intelligent de la galaxie et il comprend toujours rien à la façon dont une fille fonctionne. Une fille ça marche aux émotions.

Alors, il lui balance ses uber-éclairs dans la gueule et tout ce combat final, buildé lentement pendant un film qui aura duré exactement 2 heures, va durer 15 secondes. Oui, 15 secondes les enfants, où Rey ne se laissera pas griller comme Luke en quémandant un peu de pitié.

Et pourquoi, parce qu’ils sont seuls dans la même pièce. La scène d’un Luke électrocuté qui demande pitié, fait retour sur la scène d’un Palpatine lui-même électrocuté (par ses propres éclairs d’ailleurs) où il supplie aussi.

Et donc l’appel à la pitié, à la supplique dans la douleur de la foudre, joue sur le registre émotionnel, et ça ne marche que lorsqu’il y a quelqu’un d’autre, un troisième larron, pour l’éprouver et y céder.

Et comme ce con a tous les jours devant son miroir le résultat de la projection de ses propres éclairs sur un sabrolaser capable de les intercepter et de les renvoyer sur sa propre face : il devrait aussi savoir que pour qu’il évite de reproduire cette expérience qui l’aura marqué au visage, il faudrait que Rey lâche son sabrolaser, comme Luke l’a fait dans un sursaut de non-violence, ou alors, il faudrait qu’elle le prenne en pitié lui aussi come Anakin l’a fait.

Mais c’est bien plus Mace Windu qui inspire Rey en ce moment du film, qu’un Luke adepte de la non-violence. Et donc elle tient son laser ferme, qui intercepte les éclairs et en revoie une partie, et le visage de pépé Palpatine commence à fumer à nouveau sous ses propres éclairs.

Mais c’est là que Palpatine a dans ce film perdu absolument tout son génie machiévélique qu’il avait dans La revanche des Siths : au lieu de demander Pitié ou de Supplier – ce qui marche toujours – il l’insulte la Rey « bouh bah pilleuse d’épaves va tiens« , et pan, il continue à envoyer ses éclairs qui lui rebondissent encore plus dessus et lui crament encore plus la gueule.

Et même son insulte lui rebondit dessus, puisqu’il aura justement, sciemment, laissé trainer pendant trente ans de quoi venir le chercher là où il est : dans une épave, celle de sa jolie étoile de la mort n°2.

Et vu que la pitié n’a pas sa place dans la scène, sa logique est physiquement implacable. Et donc la dramaturgie qu’on a toujours connu derrière dans les trilogies précédentes : ça ne marche pas. La scène ne fait rien, émotionellement au spectateur. Elle est bidon, presque comique cette scène. C’est du niveau arroseur arrosé. Et Palpatine il n’est plus au niveau, il ne parvient pas à l’arnaquer, la Rey, parce qu’il a oublié les ficelles d’un jeu auquel il a pourtant très bien joué avant, et il a oublié Palpatine, comment on touche le coeur d’une fille comme Rey.

Alors donc là il devrait s’arrêter mais bon, pan il continue, comme s’il était bloqué du cerveau aussi. Dans l’opération, envoyer des éclairs ça doit être une commande psychique qui bloque le cerveau on ne sait pas.

Et là on va se le dire, que ce qui bloque aussi, c’est le cerveau des scénaristes, qui ne savent plus vraiment justifier pourquoi Palpatine ne parvient tout simplement pas à s’arrêter de balancer ses uber éclairs qui lui reviennent mécaniquement dans la gueule.

Donc les 15-20 secondes passent, il s’auto-fume tout seul, il reste coincé bloqué là dans l’envoi et le renvoi de ses propres éclairs qui lui rebondissent à la gueule et puis effet de seuil paf ! Il explose, détruit poussiérisé – atomisé – nettoyé.

Fin de la saga Palpatine – (1977-2019).

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La logique du dernier Jedi

26/11/2019 Commentaires fermés

Qu’on se dise bien que la seule raison pour laquelle j’étais initialement allé voir ce film qu’est Star Wars 8 – The Last Jedi, c’était d’une part parce qu’il y avait encore pire dans la salle d’à côté, et d’autre part, pour ne pas gâcher un ticket à tarif réduit issu de mon sympathique Comité d’Entreprise, ticket qui arrivait à expiration.

Parce que, si ma mémoire est bonne, je vous avais bien décrit comment la « nouvelle trilogie » Star Wars n’était pas partie d’une intention scénaristique, mais plutôt d’une intention économique. Intention qui consiste à se gaver des rentes du même phénomène culturel qui se sera produit dans les années 80 où la première trilogie aura été produite. Le tout en considérant qu’au fond, la nouvelle génération actuelle est si jeune et si ignare, qu’on peut bien lui donner la même soupe de fond (en changeant un peu la forme en surface) : les ignares goberont le nouveau plat qu’on leur refait et sortiront autant de billets que la génération précédente pour la gober.

A ce sujet donc, l’intention de Disney, le nouvel acquéreur de la franchise, étant posée sur la table, la direction que prendra la nouvelle trilogie est parfaitement claire : singer la première, avec un nouveau casting, de nouvelles têtes, pour lui faire rejouer, en mode quasi cosplay, la même histoire de fond.

Alors, effectivement, ça se voit, ce passage du scénaristique à l’économique, accouche donc d’un projet de quasi reboot éhonté, et à peine masqué, qui vise la rentabilité rapide et facile produite sur le dos d’un marché cible de jeunes ignares flanqués de vieux nostalgiques d’une pop culture ayant jadis acheté tout le merchandising, tous les sabres lasers, toutes les robots R2D2, les figurines, les jeux Lucasart, les séries d’animation en images de synthèse, les comics, et finalement, tout les livres de tout l’univers étendu qui vont avec.

J’avais donc noté que, pour que les stormtroopers impériaux reviennent en l’état sur le tapis, avec exactement les mêmes fringues, pour servir les intérêts d’un hideux personnage, Snoke, (aussi prétentieux et laid que l’empereur Palpatine, usant du côté obscur de la force, et apparaissant comme lui à ses sbires via une technologie holographique) , le tout, pour dégommer des planètes, avec un joli laser, projeté d’une énième « étoile de la mort » : il fallait bien que la victoire de Luke Skywalker, 30 ans plus tôt, n’ait été qu’une pathétique illusion, qu’un misérable échec.

Cette victoire sur l’Empereur et cette rédemption familialiste, n’auront apparemment rien changé à rien.

En effet, à peine quelque décennies plus tard, la galaxie ressasse toujours exactement à l’identique, avec les mêmes moyens, les mêmes visuels, les mêmes accoutrements, les mêmes logiques conflictuelles. Le tout certes, avec des têtes et des visages légèrement différents, mais, au fond, ces têtes n’auront à proprement parler, rien appris, et rien compris sur rien. Après donc avoir produit une narration sur la guerre des clones, star wars 7 accouche donc d’un véritable clone narratif.

La guerre des clones narratifs

La nouvelle trilogie, au nom du retour sur investissement produit par un « modèle » lucratif, se devait d’être fidèle à l’original, et ainsi se devait d’instaurer de faux « nouveaux héros », de faux « nouveaux vilains », et de « fausses nouvelles victoires » sur lesdits vilains. Et pour que toute cette fausseté se conçoive comme possible dans l’univers star wars, il faudra décréter ex nihilo, l’échec complet, et la déconstruction absolue, de la victoire des Skywalker sur l’empereur, et du mythe Skywalker lui-même, de la légende d’un homme dont l’optimisme et la positivité pure intrinsèque, renversent irrésistiblement le côté obscur de la force de ceux qui le côtoient, et fait basculer vers le côté lumineux l’un des êtres les plus craints et redoutables qui aient jamais été : Darth Vador.

Et alors, cette logique de déconstruction d’un mythe, fait qu’on ne pouvait pas faire mieux dès l’épisode 7, que commencer à nous représenter Luke Skywalker, ce héros radieux et chanceux de toute une jeunesse, non pas comme leader actif et victorieux, mais comme un déserteur pendant la défaite, comme le lâche qui fuit le front, comme un espèce de has been désabusé, grincheux, déçu de sa vie, un raté, bref, un type qui aura au bout du compte enfin achevé sa formation de looser de la force.

Quand on me parle de la galaxie en danger, moi, je balance mon sabre laser

C’était donc sur ce mémorable cliffhanger de la fin du premier opus, que j’étais resté, sur la vision d’un Luke paumé sur une planète elle-même paumée, sur cette vision d’un planqué, complètement absent alors qu’il aurait du – depuis bien longtemps – déglinguer Hux sur la proue de son vaisseau destroyer… en me disant bien que, transformer ce héros galactique qu’est Luke, en ultime je m’en branliste, ça n’allait d’une part probablement pas plaire à l’acteur principal du rôle, (Mark Hamill), et d’autre part, ça n’allait pas non plus franchement coller avec tout le reste de l’univers étendu qui aura été pondu et vendu à grands frais, aux fans de la première heure.

En terme d’univers étendu, on pensera à tous les périples vécus par Luke et sa suite dans la Galaxie. Luke, ne faisant qu’un avec la force, conseillé mentalement par les plus hauts maîtres Jedi, pourra triompher et révéler un pouvoir en lui inégalé dans toute l’histoire même de la force.

On pensera aussi en particulier à sa rencontre avec sa femme Mara Jade, à sa descendance Ben Skywalker, à la formation qu’il aura donnée à sa sœur, laquelle aura aussi une bonne descendance sensible à la force. Mais c’est surtout en terme de combattant du côté lumineux de la force, que Luke a montré des capacités ultimes. Il est : le (Lionel) messie de la force, avec des pouvoirs même impensables, que même Yoda himself n’avait pas.

Un messie, qui peut, par exemple ralentir, voire freezer ce qu’il veut, pas seulement un ou deux petits objets, mais pourquoi pas, tous les objets autour de lui, liquides et solides compris, un peu comme l’aura fait Kylo Ren avec les balles d’un pistolet laser, mais en bien plus vaste. Une légende qui peut placer ses adversaires en slow motion, capacité pratique dans un duel au sabre laser. Un Jedi avec un grand J, quasi angélique, qui peut émettre une ultime aura de force dorée autour de lui, se propageant même au delà et touchant ses adversaires, au point carrément, de gommer leur propre côté obscur, et de façon permanente en plus. Un Jedi capable d’auto-guérison, à la Wolverine, lui permettant de recouvrer sa santé après de graves blessures, en quelques heures, au lieu de quelques mois ou de quelques années. Un surdoué capable d’influencer le mental des personnes environnantes au point qu’elles ne le reconnaissent même pas et se souviennent d’un visage complètement différent. Une légende capable d’absorber de la tension électrique simple voire des éclairs de foudre comme une batterie rechargeable, ou comme un capaciteur électrolytique géant. Cette aptitude fut inaugurée dans la douleur avec sa rencontre avec l’empereur Palpatine, mais maîtrisée avec le temps, elle fut ensuite utilisée sciemment comme arme lui permettant de vider d’un seul contact physique la surcharge accumulée pour court-circuiter à peu près n’importe quel équipement électronique ou pour brouiller n’importe quelle radio-émission. Luke fut un demi dieu, ayant la capacité de devenir inamovible (on sait que les utilisateurs de la force savent pousser leurs opposants vers l’arrière) et dans le cas de Luke son pouvoir était tel qu’il était fixe dans l’espace et le temps lui-même, échappant à tout phénomène gravitationnel, à la grande surprise des attaquants du côté obscur tendant de le projeter dans les décors (sans succès). Tel un super héros, il avait la capacité de projeter des éclairs de foudre verts (comme les éclairs bleus de Palpatine) mais avec des bonnes pensées vertes, bio, green quoi, qui viennent du bon côté de la force (heu, le tout pour un résultat similaire au mauvais côté de la force, heu c’est à dire que l’adversaire est K.O. sur le champ et du coup, après un choc pareil, convulse la bave aux lèvres, voilà). On a eu affaire à un être quasi ascensionné ayant la capacité de se comporter en « fantôme de force » et apparaître aux yeux des autres, comme Obi Wan le faisait après sa mort, mais le tout, de son vivant… C’est à dire, que Luke peut projeter son image où il veut dans la galaxie, en faisant entendre sa voix et son esprit, quitte à parler en visioconférence avec ses interlocuteurs du bout de la galaxie, mais sans hologramme, sans technologie, et bien entendu, sans que ça nécessite qu’il soit mort pour le faire. On a eu un Luke devenu quasiment un être mystique, qui peut par exemple, marcher sur de la lave en fusion, version un peu plus romantique que marcher sur l’eau, mais ça donne le ton, voyez-vous, ça donne une idée quasi messianique de ce qu’est devenu Luke dans l’univers étendu.

Et tout ça, l’univers étendu, la légende, le messie, tout ça est foutu en l’air, dénigré et jeté aux chiottes, pour qu’un vilain hideux au visage déformé, soit plus fort encore que lui et ait vaincu Luke, tant sur le plan physique, moral, mental, que tactique ou stratégique, le tout, sur le long court en plus.

la mocheté triomphe toujours à la fin

Et donc on apprend entre l’épisode 7 et la préparation du 8, de la bouche même des pontes de Disney, que la trilogie en court de tournage, rend l’univers étendu forclos car incompatible avec les nécessités logiques et les intentions de la nouvelle trilogie.

En gros, le message de Disney, à l’attention de tous ceux et celles qui auront acheté les figurines, les bouquins, les comics, à la gloire de leur héros, que ces héros était des loosers et que les bouquins achetés étaient des faux. Du coup on ne peut pas s’empêcher de se demander pourquoi ils veulent à nouveau aujourd’hui vendre des nouveaux sabres lasers Kylo des jouets BB8 et des nouvelles figurines de Rey et des nouveaux comics, et des nouveaux bouquins, si on peut s’autoriser à faire que les anciennes figurines et leurs histoires imaginaires associées ne valent subitement plus rien.

Je me dis que cette nouvelle trilogie même si correctement réalisée sur le plan visuel, démarre vraiment mal sur le plan narratif, car cette narration va tôt ou tard se confronter à la nécessité d’expliquer l’inexplicable et l’obligation quant à Luke, de justifier l’injustifiable.

Les reboots ne prennent sens que si l’œuvre originale a des défauts visuels sur le plan technique, or, G. Lucas aura déjà utilisé les nouvelles capacités de son Studio ILM, pour reprendre tous les effets spéciaux de la trilogie originale, pour les améliorer, et pour ré-éditer des versions remastérisées de son œuvre qu’il aura déjà bien revendu. A quoi sert donc de recruter J.J. Abrams le spécialiste des reboots si justement les reboots sont quelque part déjà faits ?

Et si un énième reboot n’a pas de sens au vu du travail déjà réalisé par ILM sur la version remasterisée de Star Wars, ce reboot reste possible, certes, mais alors dans ce cas il faut l’assumer, en respectant parfaitement les personnages et leur rôle. Au lieu de ça, le Réveil de la Force n’a pas sonné le matin, et son réalisateur, pas très réveillé, aura, soit pour des raisons mercantiles, soit par irrespect pour le travail des autres réalisateurs suivants, soit par féminisme putassier, remplacé le héros masculin émergeant de sa planète désertique, par une héroïne, sans imaginer une vraie suite, avec de vrais nouveaux concepts et de nouveaux paradigmes situés dans le même univers.

On a pourtant une idée bien claire de ce que valent ces pseudo suites transsexualisées, sortes de reboots ou de plagiats et qui reprennent quasiment à l’identique et sans imagination, un concept daté, qui et s’imaginent que ça vaut magiquement pour un véritable renouveau, parce qu’on change le sexe du personnage principal pour lui faire dire et faire la même chose.

Si l’on voulait faire une vraie suite, alors on aurait plutôt mieux fait d’emprunter sa narration à l’univers étendu, au lieu de projeter un film entaché d’une pénible et redondante ressemblance avec l’épisode 4.

Car si la bêtise scénaristique ne fait pas mal sur le coup et rapporte son illusoire lot de cash, elle va probablement piquer le cortex des spectateurs sur le long terme, dans les opus 8 et 9 à venir, car obligeant presque le réalisateur du n°8 à expliquer les aberrations qu’implique une telle reprise de script, une telle répétition historique doublée d’un tel irrespect d’une figure emblématique de l’œuvre précédente, avant de repasser le bébé pour le 9e et dernier épisode plus qu’incertain de savoir sur quoi il pourrait finalement lui-même porter.

C’est donc sur ces pensées que je me plongeais dans le côté obscur de la salle de ciné pour voir un 8e film mal engagé, et dirons nous simplement, logiquement mal barré, qui va essayer de nous expliquer pourquoi et comment le vainqueur, le champion, la star victorieuse, a toujours été le grand perdant de l’histoire, et pourquoi le premier des Jedi au sens de la force, était en fait, le dernier. Et mentalement je souhaitais au réalisateur Rian Johnson bon courage dans cette mission.

Des premiers qui sont les derniers

Autant dire que pour expliquer l’inexplicable, d’un plan pourri où Luke taciturne et aigri qu’on l’ait réveillé pendant sa sieste alors que la galaxie chute dans la tyrannie et le côté obscur : Disney aura choisi un réalisateur unique en son genre, de premier ordre, qui va effectivement tout expliquer, avec le sentiment du devoir accompli, le tout, au prix de rien de moins que le bousillage intégral de la franchise et probablement même de l’intérêt qu’on peut prêter à l’existence d’un 9e film après le sien.

On ne fait pas d’omelette sans casser l’intégralité des œufs – et du panier qui va avec

Avec son sourire en coin, Rian Johnson aura pour mérite d’avoir effectivement rempli le cahier des charges attendu de lui, à savoir éviter l’écueil d’un plagiat trop formel de l’épisode 5 dans lequel son prédécesseur est tombé, en introduisant certains éléments de surprise carrément inattendus, tout en rassurant les investisseurs en poursuivant la trame élaborée dans la précédente triologie ce qui veut donc dire qu’il va à nouveau quasi plagier des scènes déjà narrées et retomber sur le schéma lucratif classique. Aussi, il se devait de répondre à la question de savoir pourquoi Rey est si douée. Il se devait de développer non seulement l’histoire de Rey mais aussi celle du grand vilain Snoke et de ses motivations (puisque J.J. Abrams a voué son premier film à l’action pure spectaculaire en zappant absolument tout développement de personnage, tout développement ou explication historique claire à leur sujet, et en remettant toute l’explication à donner dans les bras du réalisateur suivant). Enfin il fallait expliquer cette énormité d’un Luke désertant le combat pour le côté lumineux de la force, et qui abandonne sa famille et de ses amis à leur sort. Expliquer un Luke qui a carrément « perdu l’espoir » et probablement les conseils avisés des force ghosts d’Obi Wan, de Yoda et de son père Anakin… Le tout d’ailleurs, sans donner trop de temps aux développements politiques car les développement politiques c’était pour la prélogie, et visiblement les fans n’étaient pas fans.

Alors il faut bien expliquer premièrement comment l’existence même de Kylo Ren est possible alors qu’il a pour parent directs ou indirects rien de moins que les héros victorieux de la lutte contre le côté obscur… Leia défendant jusqu’au péril de sa vie la nouvelle république, et le légendaire Luke. Comment diantre Ben Solo est-il parvenu à cette performance, d’être une espèce de cosplayer du côté obscur, poursuivant l’image de son grand père Darth Vader, et cherchant avec ses potes les chevaliers de Ren, les reliques de son illustre combinaison respiratoire ? Comment est-il entré dans cette quête à l’instar d’un Arthur qui envoie les chevaliers de la table ronde, Perceval, Karadoc et Bohort, par delà le royaume de l’ogre, retrouver le saint Graal ?

Alors voilà l’explication : [ SPOILERS ALERT ] après avoir résisté à la tentation de sombrer du côté obscur sur Dagoba, après avoir résisté à la rage face à son père et même vaincu sa propre haine face à l’empereur, après avoir fait basculer Anakin du côté lumineux, après avoir constaté que faisant un avec la force il deviendra immortel comme Qui-Gon Jinn, OBI Wan, et Yoda, … alors qu’il n’a rien à craindre, qu’il est victorieux, confiant… et qu’il vit sur un nuage.. du haut de son statut de nouveau maître de lumière formant de jeunes disciples Jedi (dont Ben Solo le fils de son beau frère Han Solo, fait d’ailleurs partie), il se rend compte que Ben Solo est, à son tour, en « conflit interne » et tenté autant par le côté lumineux que par le côté obscur… Et là on va se dire : Luke a déjà vécu ça… pas de quoi en faire un cake, il sait comment faire.

Or, innovation capillotractée des laboratoires Rian Johnson, on apprend que Luke n’a rien compris à sa propre vie, ni à sa propre histoire. Il aurait en fait carrément fauté, merdé, chié dans la colle. Et, du haut de toute son expérience passée où il a su surmonter la pire des colères, sur Dagoba, avec son Père Anakin, avec Yoda, avec l’aide même d’Obi Wan, Luke n’a rien trouvé de mieux à faire pour solutionner tout ça, que de tenter d’assassiner Ben Solo pendant son sommeil… en ratant finalement son coup d’ailleurs.

Ou alors, il y a sur cette planète une boisson qui rend con

On a même là un savant mélange de lâcheté, de colère, de trahison, de méfiance… Ce qui d’un côté est incroyable, sur le fond comme sur la forme, car franchement on voit mal Luke s’avilir de lui-même ainsi, et se comporter pareillement, dans ce type de cas, et surtout, on le voit mal foirer son assassinat vu sa supériorité technique au combat, vis à vis d’un novice, comme Ben Solo. La scène explicative du pourquoi Luke a lâché l’affaire et qu’on attendait depuis un an en roulement de tambours, tombe comme une mouche dans la soupe.

Alors juste une parenthèse, juste un mot là-dessus, assassiner quelqu’un pendant son sommeil, dans un sursaut de lâche traîtrise plus ou moins calculée, c’est plutôt la spécialité de Darth Sidious lequel, d’après l’univers étendu, aura assassiné son propre père, dans sa quête politique sur Naboo, et d’après l’Histoire canon qu’il raconte fièrement lui-même à son futur apprenti, a obtenu son titre de seigneur des Siths en éliminant son propre maître Darth Plaeguis au moment précis où il était le moins en capacité de riposter – soit quand il roupillait. Ce qui en dit long sur le courage de l’empereur Palpatine, nouveau seigneur des Siths.

Donc Rian Johnson explique effectivement ainsi, comment Luke, on ne sait pourquoi, s’estime moins bon que son élève, et s’essaie subitement au style Palpatine, mais maladroitement, voyez, et puis, le réalisateur explique comment Luke échoue même dans l’opération, se comportant plus comme un « Sith raté » qu’un « vrai Jedi ».

Et à Rian Johnson d’expliquer si tant est que vous puissiez appeler ça une explication, que toute la suite ne serait qu’une conséquence logique de cette faute complètement improbable et à côté de la nature et de la construction même que George Lucas aura fait du personnage de Luke.

Ben aura protégé in extremis sa propre vie d’un coup de « force push » salvateur, et donc, en proie au tourment du sentiment de trahison, méprisant la faiblesse et la lâcheté de son propre maître, quelque chose se sera brisé en lui, qui le décidera à basculer complètement du côté obscur qui lui offre des promesses plus sures, plus tangibles, plus droites. Et comme tout apprenti qui bascule, il inaugure sa nouvelle voie en massacrant les jeunes enfants et apprentis autour de lui.

on peut même plus rêver en douce de porter un masque respiratoire moche à chier et une cape lugubre, sans qu’un vieux con tout vert ne vienne tout gâcher

D’ailleurs, depuis qu’il s’est comporté comme un Sith raté, il y a quelque chose d’étrange chez Luke, il semble avoir pris goût à la boisson, et en particulier à une espèce de lait verdâtre qu’il collecte directement sur les mamelons d’une espèce locale et qu’il stocke dans sa bouteille thermos. On a l’image du héros déchu, avili, doutant de sa vraie nature et de lui-même, régressant dans des conduites quasi addictives, régressant au stade oral et à la dépendance à la figure maternelle.

le surgissement du réel du corps, qu’est le jus mamelonnaire comme trace inconsciente laissée par cet objet « a » primaire et dirons nous même primordial qu’est le sein maternel détachable, fait suite au trauma inaugural causé par la scène de la déchéance de l’objet phallique et la neutralisation du nom-du-père, perdant l’efficace de sa capacité articulatoire au sein de la dynamique paradigmatique articulant objet « a » et sujet désirant, dans la structuration psychique du sujet et où ledit objet « a » sert de point d’achoppement défensif contre l’imminence d’un effondrement narcissique que rien ne saurait juguler

En bref, quand on n’a plus de parole, on peut toujours dire que c’est parce qu’on ne parle pas la bouche pleine.

Le drame de l’alcoolisme touche aussi le héros qui a perdu tout perspective après avoir tout gagné en renversant ses seuls ennemis

Alors franchement, est-ce plausible, ce Luke ronchon, ce Luke en proie aux affres de la boisson lactée, vieux et con, au point d’oublier qu’il sait comment régler un problème qu’il a déjà réglé un paquet de fois ? Est-ce raccord avec le personnage décrit et développé d’ailleurs partout depuis le commencement de la saga ?

Alors que ça soit clair, absolument pas. L’acteur Mark Hamill s’en est bien vite rendu compte, il passe un temps mémorable à le souligner en conférence de presse ; il clame qu’il ne comprend pas, et qu’il ne reconnait pas son propre personnage comme étant conforme à celui que Georges Lucas a créé.

Cet espèce de virage dépressif, grave, coupable, foireux et je m’en foutiste que Luke affiche subitement dans ce film, n’a qu’une fonction, justifier de façon superficielle et artificielle, la réalité de l’émergence de la menace du premier ordre dans la galaxie : il faut bien que Luke faiblisse, même artificiellement, pour qu’une nouvelle histoire avec un nouveau vilain puisse émerger. Mais la condition de possibilité d’une telle émergence, est purement et simplement cousue de fil blanc.

Quand on a découvert que Darth Vader est son père et quand on en est revenu, les petits doutes adolescentriques de Ben Solo n’ont rien de si difficile à comprendre ou à gérer. On aura beau jeu d’expliquer que les gens mauvais progressent dans la méchanceté parce qu’ils sont entourés de gentils paresseux qui n’en foutent pas une et laissent la vilenie prospérer. Le fait de savoir que Luke est pourtant épaulé par les esprits de maîtres ascensionnés, éclairés et sages, comme Obi Wan ou Yoda et de son père Anakin en rédemption, et qu’il n’entrave pourtant pas dignement le côté obscur chez Ben Solo, ni la marche du Premier Ordre dans la galaxie, c’est limite incompréhensible… le fait qu’il laisse les planètes de la République en proie à la destruction par le Premier Ordre : fonctionne si et seulement si le public est à peu près complètement ignare du caractère de Luke et des héros de la précédente trilogie – ce qui entre nous est peu probable vu que Luke a pris une place totale dans le champ de la culture pop.

pour en arriver là, ce triumvirat de Jedis ascensionnés forme quand même une belle brochette de branquignols complètement inutiles

On a donc une tactique narrative fragile, et sur le plan logique, complètement aberrante, donc, tout simplement, impossible à croire.

Et alors qu’on ne comprend pas pourquoi, Luke a vraiment lâché l’affaire et qu’on finit par essayer – péniblement – de s’y faire finalement, par simple sens de l’adaptation au monde qui nous est donné – même si mal branlé -, c’est là que le réalisateur Rian Johnson, nous montre une Rey qui demande à Luke de la former à être une Jedi… et c’est là que ce dernier accepte.

Donc on a là un plot twist du plot twist. Et c’est là qu’on plonge dans la quatrième dimension d’un nouveau style de n’importe quoi filmique, le star warsnawaks.

il voulait pas il voulait plus des Jedi, il continue à pas y croire mais maintenant il en forme une nouvelle quand même, tout en lui disant que les Jedi se trompent mais il continue à la former je crois que c’est clair

Cet accord, tombe encore une fois comme une mouche dans la soupe : et ce, pour une raison que seule la firme Disney s’explique finalement, quand personne – réalisateur ni public inclus – n’a la moindre clé réelle, sur la cause de cette demande, d’une part, et sur la raison du consentement du vieux Jedi déchu d’autre part du reste.

Car Luke, va bien former Rey, non pas tant parce qu’il en a envie, non pas parce que toute son évolution négative lui interdit de le faire, non pas parce qu’il est le plus mal placé pour ça, non pas parce qu’il n’a pas le mental pour ça, non pas tant parce que Rey est meilleure que lui, ni parce qu’elle a déjà un niveau de Jedi quasi accompli comme on l’a vu dans le premier film, ni parce qu’elle a déjà vaincu le méchant Kylo Ren, ni parce que la force est déjà à 100% avec elle et plus du tout avec Luke, ni d’ailleurs, parce qu’elle s’est déjà imposée en combat singulier contre Kylo dans le film précédent, alors que lui, Luke, il a tout foiré.

Non, il va la bien la former, alors qu’il n’a pourtant dignement rien à lui apprendre, hein, et cela, juste pour simplement, faire apparaître à l’écran, et d’une façon plus plaquée que plaquée, la classique étape de « formation du nouveau héros » par le vieux maître aux couleurs vertes – étape du schéma narratif lucratif que Disney aura identifié dans la trilogie originale et qu’il faut bien amortir et rentabiliser en la reproduisant quelque part.

formation garantie, retour sur investissement assuré

Donc, tout en ronchonnant dans ses moustaches blanches que finalement les Jedis, imbus de leur pouvoir, ne sont pas forcément les types les plus futés du secteur, ni les plus conscients de leur actions, car capables dans leur histoire de se foutre un doigt dans l’œil profond au point de régulièrement perdre la partie contre le côté obscur voire de servir d’idiots utiles au service du côté obscur : Luke va former Rey à devenir une bonne Jedi.

Après avoir coché une première case pour la prise de risque scénaristique où l’ancien héros est présenté comme déchu désabusé et sans foi en l’ordre Jedi, on coche la seconde case du dessous, dans le cahier des charges… mais qui diantre s’est demandé au juste chez Disney, Lucasfilm, et dans tout le staff autour de Rian Johnson, si la première case n’impliquait pas très logiquement la négation de la seconde ?

Et donc, la formation la plus inutile de la lointaine galaxie, commence en reprenant à la lettre les codes de ladite formation. Luke avec une voix grave et patiente, explique la vraie nature de la force, sa dimension globale et transcendant les limites, et que ne peut justement se résumer à un simple « pouvoir individuel exclusif ».

Rey ne s’entrainera même pas au sabre laser avec Luke, ni finalement même pas contre un être capable de riposter contre elle, ou de lui opposer des bottes secrètes de duelliste émérite. Non. Pas besoin. Elle améliore ses capacités de fond, en s’entraînant à prendre des poses badass, devant une pile de roches inamovibles, en haut d’une colline balayée de vents frais, car c’est bien là une attitude qui lui sera très utile au moment d’affronter des sbires du côté obscur les plus vicieux, les plus experts et les plus déterminés, (les chevaliers de Ren ?). Après tout, quand, sans aucun entrainement à l’épée, on a déjà battu le vilain Kylo Ren dans le film précédent de J.J. Abrams, alors, on peut se permettre de glandouiller et de frimer fièrement en haut d’une colline cheveux au vent.

c’est vachement important de bien présenter devant un adversaire

Et tout comme le cœur de la formation d’un Jedi consiste à se mettre à l’épreuve de la tentation du côté obscur, et de vérités pas jolies jolies sur son Soi profond, Luke envoie Rey plonger dans un gouffre menant à une caverne sous-marine habitée par le côté obscur. Lequel ô horreur fait subir à Rey l’épreuve atroce qui consiste à se voir démultipliée en une longue rangée de clones d’elle-même comme dans une œuvre d’Andy Warhol, avant de subir le choc ultime de sa confrontation avec son propre et exact reflet d’elle-même dans un miroir de glace… Voilà : se voir dans un miroir. Aussi traumatisant que ce qu’elle vit le matin quand elle se coiffe devant son lavabo.

mon dieu quelle horreur, c’était donc ça ma tête !

Voilà. Voilà voilà. Bon passons hein, sur cette formation à la con, qui fait joli mais on l’a vu qui n’a aucun sens, après tout c’était pour dire qu’on la faisait afin de rassurer les pontes de Disney sur leur retour sur investissement. On sait pas trop finalement pourquoi on l’a faite, elle n’était pas nécessaire puisque que Rey s’en sort très bien toute seule, sans vrai besoin de maître, depuis le début. Rey n’a pas besoin de formation pour battre Kylo. Elle est même meilleure que Luke comparée à lui au même âge.

Je rappelle que dans le film précédent, en plein combat contre Kylo, sans avoir jamais essayé, elle récupère easy par télékinésie un sabre laser tombé dans la neige, et ce, sans effort, en se demandant même ce qu’elle venait de parfaitement faire (probablement pour la première fois de sa vie).

Comparons ça aux performances de Luke dans l’Empire Contre Attaque, et qui, prisonnier des glaces dans la caverne d’un Wampa, devait suer et se concentrer comme un cochon pour parvenir à faire à peu près trembler de quelques millimètre le même sabre…

Enfin la formation la plus inutile de la galaxie lui donne l’occasion d’avoir un aperçu immédiat des capacités extraordinaires des Jedi arrivés au stade ultime de maîtres, en particulier celle que Luke connaît bien, et qui consiste à sentir la présence de proches, et à communiquer avec eux via la force à distance, ou avec certains êtres sensibles à la force. Darth Vader détecte la présence de son fils dans le parsec et lui envoie direct dans le cerveau un vibrant et ténébreux « Luke, tel est ton destin » (bruit de respirateur artificiel). Quant à Luke, il tape carrément la discute, avec le fantôme de force d’Obi Wan décédé en lui demandant, avec une once de reproche dépité sur la révélation qu’il vient d’avoir, « Ben, pourquoi tu ne me l’as pas dit ? ». Mal en point après son premier vrai combat contre Vader, il sent la présence de Leia dans le secteur, il se concentre et l’appelle à l’aide, elle l’entend par delà la distance phénoménale, et vient le chercher exactement au bon endroit avec le Faucon Millenium: les personnes sensibles à la force disposent de dons non seulement de télékinésie, mais aussi, de télépathie, de voyance, de mediums, and much more.

On sait déjà qu’en tant que médium, Rey a des visions quand elle touche un objet imprégné de force. Comme par exemple certaines visions associées au sabre laser qu’elle trouve dans le coffre du premier épisode 7 et qui peuvent la renvoyer au passé, mais aussi, au futur.

Et alors ce qui prouve bien qu’en tant que formateur Luke ne sert à rien, c’est que Rey découvre toute seule et sans qu’il l’initie à quoi que ce soit, qu’elle communique déjà télépathiquement avec Kylo Ren d’un bout à l’autre du cosmos.

Et pas d’une petite télépathie de débutante, c’est pas du tout la petite voie pas claire au loin avec des grésillements. C’est pas le petit message brouillon et brouillé, par trop d’impétuosité ou par trop de déconcentration. Non, c’est carrément la vision en 4K, la projection imaginaire ultra réaliste, stable, en mode réalité augmentée, avec tous les détails de l’autre, audio et visuels, la profondeur, la qualité hifi. Quand on sait faire ça pour la première fois sans même se fatiguer et sans aucune initiation au principe, on se dit, « mais quelle est l’utilité de cette formation à la con ? »

D’ailleurs, Luke lui-même pas sourd à ce type de communication subspatio-spirituelle, « intercepte » le talkie walkie entre Rey et Kylo en leur faisant comprendre qu’il n’y a pas de bouton « mute » et qu’il a tout entendu voilà. Mais à part ça, il a rien à redire pour perfectionner la qualité de la transmission.

facetime messenger skype et whatsapp peuvent aller se rhabiller : quand t’as la force t’as plus besoin de forfait téléphonique

Alors c’est vrai que voir ces scènes qui n’ont aucun sens, ça passe quand même le temps, ça justifie peut-être le ticket de ciné, du moins, ça donne peut-être à ceux et celles qui sont ignares de cette saga, l’occasion de voir l’un des pouvoirs de grand maîtres de la force, en pleine action…

Et puis en terme de rappel de pouvoirs issus de la force et que Rey possède probablement complètement déjà sans le savoir, on se souvient très bien d’un jeune Luke qui pour échapper à la cryogénisation par carbonite au cours de son duel contre Vader à Cloud City, se catapultait physiquement à la verticale sur 4 mètres de haut, en échappant brutalement à la gravité, effectuant un force pull de lui-même vers le haut, un bond anormalement élevé et rapide, et trahissant par là qu’il fait de son propre corps un objet à déplacer par télékinésie.

impressionnant, très impressionnant

Dans le même ordre d’idées les maitres Jedi et autres usagers de la force, font des bonds « très impressionnants » avec ce pouvoir à l’instar de ce qui se passe dans le célèbre duel au sabre laser entre Yoda et le Comte Dooku. On y voit clairement Yoda défier la gravité, devant un public médusé par la fougue et la vivacité du vieux maître possédé par la force qui lui fait léviter et bondir du haut et lui permet des redoutables attaques en piqué sur son adversaire.

Puisqu’on en est à s’interroger sur les compétences de Luke en terme de formation avancée, le film donne des signes très indirects mais très clairs de tentatives d’entrainement de Leia, sa sœur.

Elle a probablement du être initiée à un usage puissant de la force – ce que décrit très bien l’univers étendu -, puisque, en aparté et en fondu enchaîné, le film nous laisse témoins chez elle d’un usage des midichloriens digne des plus grands maîtres de l’histoire galactique. Mais alors le problème c’est de savoir quand elle fut concrètement entraînée à atteindre un tel niveau dans la filmographie précédente (réponse : jamais).

Car nous suivons ses péripéties de Leia, dans un vaisseau amiral de l’Alliance Rebelle – pardon – de la Résistance (on a juste changé le nom mais c’est pareil vous fatiguez pas à comprendre). Donc Leia se trouve dans ce vaisseau (le Raddus, le radeau de la médusse) lui-même poursuivi et harcelé à travers le vide cosmique, par un implacable destroyer galactique du Premier Ordre commandé par Hux. Hélas, dans la violence des combats, le vaisseau amiral de Leia subit de plein fouet une explosion qui détruit et expulse brutalement dans l’espace les officiers glandouillant sur le pont. Leia en faisant partie, on se dit qu’après Han Solo, c’est la fin pour elle.

En théorie elle devrait subir un alliage unique de dépressurisation, d’ébullisme du sang et des fluides corporels, de perte de connaissance définitif au bout de 15 secondes, d’enflement expansif de l’oxygène dans son sac pulmonaire, dé multipliant son volume interne, et déchirant ses poumons, avant de produire une embolie, et avant que la surface légèrement humide de sa peau ne se cryogénise dans le zéro absolu, ce qui est on en convient une douce façon de mourir.

Et comme on a appris le décès de la regrettée Carrie Fisher qui l’incarne, on se dit que c’est raccord avec l’agenda de l’actrice.

Et là Leia non seulement s’enveloppe d’une couche de pressurisation à base de force pour ne pas que son sang n’entre en ébullition, mais une fois protégée par cette espèce de bouclier, elle effectue sur son propre corps, un force pull directionnel, pour se déplacer, presque comme le fait un Superman dans le célèbre Man of Steel de Zack Snider, avant de rentrer tranquillement dans une ouverture laissée par son vaisseau accidenté et se réfugier pépère dans une pièce non impactée. Le tout voyez, avec style, élégance vestimentaire, et alors, sans donner l’impression de forcer.

alors juste un détail, dans l’espace la cape ne peut pas flotter au vent, parce que non ya pas de vent dans l’espace

Et alors que les super-pouvoirs en lévitation de Yoda, de Luke, sont clairement établis comme très impressionnants et qu’on imagine qu’ils ont été acquis de dure lutte syndicale, cette Super-Leia qui sort de nulle part, et que rien dans le premier opus ne laissait présager qu’elle fut formée ou initiée aux arts de la force avancée, surgit ex nihilo. Comme si Rian Johnson avait fait l’ellipse de l’ellipse faite par Abrams sur le sujet. C’est comme si on avait oublié de tourner la scène où Leia démontrait un moindre signe, même infime, de maîtrise supérieure, très supérieure, de la Force.

Donc Leia fait subitement preuve de pouvoirs plus impressionnants encore que ceux de Yoda et sans vraiment donner aucune impression de difficulté. Et donc Leia, la dernière à qui l’on pourrait penser en terme de niveau de déploiement de Force dans la fine équipe des Légendes, se révèle dans ce film, la Première des Légendes au tableau, devant Yoda, et puis alors, loin, loin devant Luke hein, qui lui, est clairement à la ramasse, qui git dans son vomi de lait verdâtre, et qui avoue à Rey, qu’il n’attend que la mort. Et voilà donc le héros d’un nouvel espoir, c’est le dernier à incarner l’espoir, chez Rian Johnson. C’est le Jedi du bas du tableau, qui jadis faisait la fierté de qui l’aimait, et aujourd’hui, fait presque pitié.

Ce qui nous ramène au problème fondamental du premier et d’ailleurs du second film, c’est à dire de présenter les premiers comme les derniers, voilà, je parle bien du déclin des héros du genre masculin.

Des héros du genre indéniablement bien masculin, étaient sensés être les premiers héros historiques, mais là, avec l’aide de la nouvelle direction de Lucasfilm chez Disney, ils galèrent à maîtriser leur talent et à le développer dans l’adversité réelle. On voit des hommes qui doutent, qui fautent, narcissiquement démolis ou coupables, qui déchoient, castrés, et flanqués de personnages féminins invincibles, moralement exemplaires, plus intelligents, qui les surclassent sans effort. Et pour dire quoi ?

les mecs ça sert trop à rien

Dans le même ordre d’idée que les leaders masculins émasculés se sont fait remplacer par des boss dominatrices aux airs sévères et supposées plus intelligentes, plus morales, plus profondes, plus humaines, plus belles intérieurement, on a le personnage de la vice amirale Holdo, qui pour diriger rien de moins qu’une bande de Résistants (ou de Rebelles), tous épris de Liberté face à l’Oppression Vestimentaire Grise et Terne du Premier Ordre, adopte pour cela une Robe du Soir et un Brushing Vanity Fair doublé d’un mépris systématique pour le genre masculin, pour changer.

la liberté style haute couture

A la limite le côté girl power de cette trilogie, pourrait être sympa si ces femmes héroïnes dominantes étaient véritablement admirables et crédibles, par leur courage, par leur intelligence, par leur réactivité humaine… mais non ces femmes parfaites gagnent parce que le script veulent absolument qu’elle gagnent même si l’histoire en devient chiante à crever assis, la victoire facile achève toutes leurs actions. Elles giflent l’héroïsme masculin dans des scènes scriptées toujours à leur avantage, et humilient l’homme quoi qu’il eut fait, « parce qu’il est masculin », mais in fine, ces héroïnes alignent des décisions stupides, improvisées au fur et à mesure, pas moins discutables que celles des hommes.

Considérons comme meilleur exemple de ce propos, la décision ultime de Holdo, de retourner son vaisseau initialement en fuite, pour le précipiter contre le vaisseau géant qui la poursuit implacablement, ceci, selon une manœuvre audacieuse : en se retournant, en s’alignant sur la trajectoire du vaisseau ennemi et en enclenchant quoi à bout portant : la vitesse de la lumière… Mais pour exécuter cette héroïque manœuvre, elle prend la décision de rester seule derrière sa console de vol programmable, absolument plantée debout, dans le vaisseau à crasher…, et alors, après avoir demandé à tous les autres d’évacuer le navire au préalable en prenant les capsules de sauvetage prévues à cet effet.

le résultat de cet impact à la vitesse de la lumière est plutôt irréaliste, normalement, l’énergie cinétique pour porter un objet solide à cette vitesse serait incommensurable, et donc l’impact dégagerait une énergie tout aussi incommensurable et bien plus aveuglante que le visuel qu’on voit ci dessus… Holdo n’a donc pas vraiement enclenché une telle vitesse, elle a enclenché l’hyperdrive qui consiste à plonger son vaisseau dans une dimension parallèle où l’on peut s’affranchir des contraintes d’espace temps conventionnelles

Alors, encore une fois, dans le cahier des charges du film, il faut des héros et des personnages courageux et valeureux, et donc établir la haute valeur du personnage de Holdo… et cette action certes courageuse sur le papier, de ne pas quitter le navire, de tenir la barre, jusqu’au bout, suggère le sacrifice ultime de sa vie : et n’a en fait, techniquement, absolument aucun sens. Car déjà, Holdo n’avait pas du tout besoin de renoncer à prendre une capsule de sauvetage, pour rester plantée seule debout dans le vaisseau qui se pilote non pas à la main mais avec une console programmable.

Je veux dire qu’à ce niveau de technicité, conduire un croiseur du calibre du Raddus c’est pas la même histoire que de tenir une barre en bois reliée à la direction par des poulies mécaniques. Et dans le pire des cas un vulgaire droïde séparatiste reprogrammé fait l’affaire, il se crashe volontiers sur ce qu’on veut, en débitant un ultime « bien reçu bien reçu« .

Donc voilà pour Holdo, une belle mort héroïque, pour faire héroïque, mais sans aucun fondement sur le plan pilotage, et puis donc, comme le reste, qui fait passer le temps, et complètement cousue de fil blanc.

S’il n’y avait que ça, à reprocher à cette jolie scène, qui à la limite fait ton sur ton avec le traitement de toutes les héroïnes. Mais en fait, la scène suppose que le technologiquement les vaisseaux de la saga se déplacent d’un point à un autre en hyperdrive sans être dotés d’aucune sécurité. Or, ce que Holdo aura accompli c’est à dire lancer l’hyperdrive sans sécurité est lourd d’implications. Par exemple, le Faucon Millenium, comparé à l’étoile noire ou même à un super croiseur impérial, est un vaisseau de petite taille, mais est capable d’aller à la vitesse de la lumière avec un moteur type « hyperdrive », et ces vaisseaux peuvent être auto-pilotés par un droïde R2D2… ce genre de petit vaisseau supra luminique, sans système de sécurité les empêchant de repasser en espace réel et en propulsion réelle, n’a donc, pour dégommer des gros à la façon Holdo, pas besoin d’autre chose qu’un petit droïde, en mode autopilote, qui le lance en hyperespace, et qui perfore donc la défense d’un croiseur impérial ou même, d’une étoile de la mort.

A cette vitesse radicale, la technique Holdo peut détruire par perforation n’importe quoi, même une planète d’ailleurs, puisque cette méthode envoie un projectile à une vitesse au delà de celle de la lumière, ce qui selon la théorie d’Einstein, dont je vous laisse reprendre les équations simples, équivaut à dégager sur un point de la cible visée par le kamikaze, une énergie de destruction supérieure à celle d’une explosion stellaire, une supernovae. Bref, l’unlocking façon Holdo du moteur à vitesse supra luminique pose le gros problème de la nécessité absolue de construire pour Palpatine, une « étoile de la mort », puisqu’un dégât théorique supérieur peut être finalement produit avec un simple vaisseau monoplace doté d’un système hyperdrive embarqué. Et donc, le premier élément du pouvoir impérial qu’est l’étoile de la mort, se révèle être grâce à Holdo, la dernière des menaces réelles ; tout comme le dernier des petits vaisseaux peut, en mode kamikaze avec une sécurité shuntée, anéantir le premier… voilà qui donc rend complètement absurde, toute la tactique militaire développée pendant des décennies par les séparatistes, par l’Empereur, par les pirates de la bordure extérieure, et d’ailleurs ça rend caduque toute tactique militaire élaborée par ailleurs par les Rebelles groupées en flottes (mais finalement, pourquoi faire une flotte au juste ?), dans toute l’histoire de la Galaxie, jusqu’à celle même présentée au début du film lui-même.

Oui, car je signale donc que le début de l’épisode 8, ne s’introduit pas vraiment là où l’ancien s’est arrêté, c’est à dire, sur ce plan aérien à l’hélico, où Rey tend émue le sabre laser familial à Luke…

…qui lui, heu, bof, la regarde avec un air complètement ahuri, absent, et inexpressif.

Non, le film s’inaugure par un moment de bravoure masculin, celui de Poe, qui embarque avec lui une série de bombardiers lourds pour attaquer le puissant croiseur du premier ordre dirigé par Hux.

Et l’opération bien brave, est couronnée d’un résultat digne du débarquement sur la plage d’Omaha Beach. On va sur un script quasi sacrificiel là aussi, où à peu près tous les bombardiers y passent bêtement avant d’avoir atteint même le bout d’un premier quart de distance vers leur objectif. Un acte de bravoure masculin couronné d’échec, qui devait être comparé à un acte de bravoure féminin, foudroyant, absolu, et fatal à l’ennemi.

Et tout emporté par l’urgence de cette comparaison homme-femme biaisée, qui constitue finalement le plus important de tout, le cerveau de l’auteur du script de ce film, n’en a même pas envisagé les implications logiques : n’importe qui voyant que cette technique de combat spatial est possible ne comprend plus pourquoi Holdo n’aura pas préparé le « plan secret » d’un X-Wing téléguidé à la vitesse de la lumière sur le cœur du vaisseau destroyer adverse, et adieu Hux.

Donc en résumé, on a là un sabordage logique complet dû au manque de documentation du réalisateur pour la technologie hyperdrive, et qui, pour satisfaire une pénible petite comparaison des sexes, à la gloire d’un marché cible féministe entiché de lui-même, introduit un élément de tactique militaire certes innovant dans l’univers Star Wars, certes jamais vu auparavant, c’est clair, mais, qui très logiquement, bousille tout le sens de la saga qui précède, dont celui de l’excellent épisode Rogue One – a Star Wars story, tout en rendant complètement absurde la nécessité même du développement d’une « étoile de la mort », puis d’un film au sujet de la récupération de ses plans et puis, d’une aventure concernant sa destruction par un groupe de pilotes chevronnés… cette arme de destruction massive, devient justement – parce qu’elle est énorme – , une cible facile, qu’un projectile radiocommandé ou préprogrammé, de très, très petite taille mais de très très grande vitesse : détruit complètement…

L’égotisation des femmes élevées et idéalisées, toujours au détriment d’hommes forcément avilis et déchus, finit par suinter du script à un niveau si évident et caricatural, qu’elle satisfait peut-être les fantasmes d’une cible commerciale à la fois féministe, urbaine, et progressiste, d’un âge moyen de 20-35 ans, mais surement les fantasmes de la présidente actuelle de Lucasfilm, qui ne cache pas ses orientations politiques, ses goûts personnels, et son féminisme explicitement misogyne. Le problème, c’est qu’au nom de la satisfaction de l’égo trip de la présidente de Lucasfilm, Rian Johnson exécute bien benoitement sa flatterie au mépris de toute cohésion avec l’œuvre globale dans laquelle la sienne doit s’inscrire. On en arrive pour le plaisir de la présidente, non seulement à un show pollué par des séquences d’humiliation masculine sans fondement, mais doublées d’absurdité, d’une pseudo « logique » qui donne toujours aux figures féminines du film, des pouvoirs absolus, en passant par Rey la Mary Sue, puis par Super Leia, puis enfin par Holdo avec un pouvoir de destruction absolu de tout sur tout… Ça devient lourd, très lourd cette pathétique flatterie présidentielle. Si j’avais vraiment voulu réfléchir à la question problématique posée par l’absence de rapport de force équilibré dans une philosophie où l’homme éprouve la valeur de sa vie à travers le combat, ce n’est pas la licence Star Wars qu’il me fallait, mais « One Punch Man » (le manga ou l’anime sont des références absolues sur ce sujet fascinant).

A l’homme la déchéance, à la Femme, la victoire facile, qui anéantit le sens et les valeurs de tous les films qui auront été tournés avant. Rian Johnson filme ainsi, complaisant, et soumis au caprice de sa Présidente, La Femme avec un grand F bien flatteur, qui prétend faire mieux, sans même savoir si, en étant féminisée de la sorte, ses décisions n’en sont pas moins stupides, moins absurdes, et moins vides de perspective.

Du destin creux d’un vilain de surface

être une personnalité de surface ou de grande surface, telle est la question

Alors c’est clair que sur le plan narratif, ce film ne peut fonctionner sans un vilain suffisamment vilain. Alors niveau vilain il y en a de trois sortes. Le petit vilain, réel, très bien armé, mais risible et méprisable, Hux. Le vilain moyen, c’est à dire Kylo, spectaculaire à ses heures, capable de nuisance réelle et de décision cruelles et dramatiques, mais, limite cosplay, manquant de réussite, incertain, troublé, se présentant toujours comme sur le point de basculer. C’est l’aspirant Darth Vader de la nouvelle trilogie, mais en mode stagiaire. Enfin, le super vilain, le cerveau de l’affaire, mauvais, manipulateur, prétentieux, planificateur, traitre, surpuissant, overcheaté, doté d’un pouvoir démesuré et écrasant, réussissant à exprimer et à faire triompher pleinement sa vilenie, et là on parle de Snoke.

la mocheté vaincra

Normalement, l’épisode 7 aurait du permettre à Rey de l’emporter contre Hux et le tuer, mais d’éviter complètement l’affrontement contre Kylo, trop fort et trop dangereux pour elle. Puis l’épisode 8 aurait permis à Rey un peu plus entrainée et formée par le vieux maître retiré des affaires, de se confronter dignement et plus directement à Kylo après son entrainement. Avant de malheureusement subir sur la fin un revers cruel, lorsqu’il la déstabilise en lui révélant qu’elle est la fille cachée de Snoke produite à partir de ses propres brins d’ADN dans un labo de clonage de Kamino. Et enfin, après quelques jours pour cuver sa déconfiture et se rafistoler physiquement, Rey aurait pu réapparaître dans l’épisode 9, pour surpasser le Kylo en trop, premièrement, avant de s’allier à lui et terrasser Snoke avec l’aide du pouvoir de l’amitié. Feu d’artifice final, the end.

Car la construction d’une œuvre en triptyque, ou en trilogie, répond à une norme narrative qui garantit que l’adversité d’un ennemi soit toujours assez contraignante pour servir de « moteur à intrigue », de motivation minimum. L’adversaire : est dans ce cas, le véritable acteur du récit, et un bon récit, s’appuie intégralement sur la force progressive et croissante des adversaires sur laquelle s’adosse la progression des compétences du héros. Il faut que le vilain, soit en capacité de nuisance suffisante pour inquiéter les héros lesquels vont devoir trouver des solutions à la hauteur de la nuisance à laquelle ils font face. Et une fois un vilain mis sur la touche, on passe au level suivant avec un vilain au dessus, un peu plus retors que le précédent, et ce jusqu’au boss final qui demandera vraiment de tout donner.

Une trilogie doit donc avoir trois vilains à trois niveaux de puissance. Un enfant comprend ça.

Alors si J.J. Abrams a cru bon d’introduire dans la trilogie des têtes de vilains génériques comme Hux et ses troupes, Kylo et ses chevaliers, et Snoke et ses… subalternes ou apprentis… c’est qu’il avait probablement vaguement en tête le « schéma classique », éprouvé et usité par G. Lucas antérieurement, et que je vous ai exposé quelques lignes plus haut.

la mocheté triomphera

Seulement voilà, J.J. Abrams est sorti de ce schéma pourtant simple et qu’un enfant comprendrait, au point de ne pas vraiment faciliter la vie future des réalisateurs suivants. Car J.J. Abrams a quand même, plus que chié sur la trilogie, avant de céder son bébé. Il a en fait réalisé bien trop tôt la confrontation entre Rey et Kylo déjà, alors que normalement Rey n’avait pas à affronter Kylo si tôt dans la nouvelle trilogie (parce qu’elle n’est pas de taille contre lui en tant que débutante de la force). Mais pire, il a ensuite dès le premier épisode, fait remporter à Rey l’inexpérimentée, un duel à l’épée laser contre Kylo : une dinguerie inexcusable en l’état qu’il s’est bien gardé d’ailleurs d’expliquer clairement en refilant la corvée épineuse d’une improbable explication au réalisateur d’après. Du style, je fais ce qui me plait et après moi le déluge.

Kylo devait démontrer sa puissance et sa folie, en tuant – pourquoi pas – Max Von Sydow puis Han Solo, mais surtout, il devait surclasser Rey, en pouvoirs, en force, en technicité, dans l’épisode 7. Mais, en laissant les idioties féministes triompher facilement dans l’épisode 7, J.J. Abrams a filmé un Kylo qui échoue à pénétrer mentalement Rey Sue, à capturer Rey Sue, à retenir Rey Sue, à lui inspirer la crainte, et enfin à la dominer au duel au sabre laser. En ceci, il reste probablement à jamais impuissant à valoir un bon Darth Vader. Comparé au Vader de la fin de Rogue One qui faisait couiner de terreur et valdinguer les membres de l’alliance Rebelle lui barrant le route, Kylo est donc un gros poisson factice, évidé du pouvoir de soutenir la structure même d’un scénario en trilogie. Sa faiblesse rend creuse et inutile la perspective d’une formation nécessaire de Rey par Luke, laquelle apporterait à l’héroïne une capacité crédible à surprendre son futur adversaire.

Quant à Hux il devait claquer dès l’explosion de la base Starkiller : le tout, dans un premier sursaut d’éveil à la force chez Rey, intense mais bref. Et résultat, on le retrouve en train d’aboyer frais et pimpant, toujours identique à lui-même, dans le second épisode, comme si Rey ne l’avait donc pas vaincu, alors qu’il devait être le premier à y passer.

vous aviez vraiment imaginé le retrouver tel quel dans l’épisode 9 ?

Il est énorme de penser qu’au fond, une « nouvelle » version de la saga basée sur la notion de Force, fasse l’impasse sur la question des rapports de force entre personnages et sur comment équilibrer les niveaux de leurs forces respectives, pour que leurs confrontations soient intéressantes. Car finalement la question des rapports de force est faussée dès le début et toute la trame, toute la motivation qui pourrait s’appuyer à teaser certaines confrontations, en est comme vidée de toute énergie, de toute substance.

Et si la première confrontation Rey / Kylo était plutôt à développer non pas en fin d’épisode 7 mais au cours de l’épisode 8 après la formation délivrée par Luke, filmer une victoire humiliante au sabre contre Kylo n’a de sens, que si la victoire est précédée d’une défaite cuisante contre lui – pour qu’une revanche se justifie psychologiquement.

Et de même, il est impossible de transcender le cycle de la revanche et de la vengeance entre Rey et Kylo, pour former « l’union des ennemis de jadis », sans que les forces jaugées n’aient au moins été, en combat, dignes l’une de l’autre, au moins une fois auparavant.

Et donc on a sur le plan narratif, une trilogie qui commence avec un réalisateur J.J. Abrams lequel l’inaugure sans jamais avoir la décence de laisser les autres réaliser leur part dans l’histoire globale, en particulier celle qui consiste à donner un poids et une crédibilité au vilain, au bon moment.

Et imaginez Rian Johnson, héritant d’un tel problème de construction structurelle d’une intrigue supposée étalée sur trois volets, rêvant de réaliser « Kylo Contre Attaque »… il aura probablement clamé au visionnage du premier film un « Wow merci J.J. du cadeau. En laissant Rey humilier Kylo en duel au sabre laser, Luke n’a plus rien à lui apprendre de plus, et vu son niveau, Kylo est un cosplayer qui ne pourra jamais battre Rey« .

Comme on l’a dit : Kylo est un vilain qui ne pose aucun problème suffisant à Rey : il ne remplit pas sa fonction de moteur scénaristique. Et Kylo a quelque part vaincu Luke lequel est tombé plus bas que bas. Et Rey a vaincu Kylo. Donc Rey est même sur le papier bien plus forte que Luke, et sa soumission à lui comme élève est une pure aberration psychologique. Car la formation de Rey ne sert évidemment plus à rien si elle bat qui elle veut. En gros, comprenant que Rey est trop cheatée, Rian Johnson a du se dire qu’elle ne pouvait pas subir de revers de la part de Kylo aux grandes oreilles décollées, dans un second volet et s’est donc mis à embrayer directement sur la réalisation du troisième volet.

Eh oui, zappant ce qu’il est supposé faire dans le second volet de la nouvelle trilogie, il saute directement à l’acte 3 où il introduit un rapprochement trouble entre le jeune Kylo et la jeune Rey, comme si Georges Lucas avait zappé « L’empire Contre Attaque » pour précipiter son héros chez l’empereur du « Retour du Jedi » et sa garde prétorienne, afin que le père et le fils se battent vite fait ensemble, et pas au préalable « l’un contre l’autre ».

On retrouve donc sans surprise trop vite Rey et Kylo chez Snoke, dans le droit fil d’une scène à peine plagiée sur la rencontre de Luke et de Palpatine près de la lune d’Endor.

Pour qu’au moins Kylo se retourne contre le leader suprême, comme Darth Vader se retourne contre Palpatine, pour que Kylo s’allie avec Rey, et pour qu’à deux, un minimum de sport soit possible contre le leader suprême. Ce qui de toutes façons constitue une suprême « case à cocher mandatoire« , un élément du saint script lucratif d’origine à mettre quelque part dans la trame pour que les investisseurs aient leur compte et leur garantie.

Car mais si l’on ne sait pas vraiment pourquoi , on constate que Snoke est techniquement du niveau Légendaire. Il est capable de faire des force drag, force push et force pulls, depuis n’importe quel zone de la galaxie sur n’importe qui à distance, et de trainer sur le sol à distance des subalternes incompétents d’un bout à l’autre du quadrant. Mais, l’idée est qu’en unissant leurs deux doses de midichloriens, les deux jeunes espoirs de la force pourraient affronter dignement Snoke.

Et alors que Kylo est premièrement présenté comme un piètre apprenti du côté obscur et incapable de vrai talent, on découvre qu’il sait en bon Sith complètement masquer son usage de la force et ce au point de rendre indétectable une manœuvre télékinésique produisant l’assassinat à distance du leader suprême.

on t’avait pas dit qu’un sith essaie toujours d’assassiner son maître ?

Kylo trahit donc Snoke d’un habile coup de sabre laser tourné subrepticement et activé à distance pendant que le leader suprême est concentré sur la conversion mentale de Rey au côté obscur. Le sabre laser fatal transperce par surprise le leader de part en part dans l’opération, et Snoke tombe comme une merde au pied de son propre trône.

Ah bah celle-là personne ne l’attendait. C’est original. Faire une trilogie et buter le boss final dans l’épisode numéro deux.

Et donc il claque la bave aux lèvres, sans qu’on sache finalement qui il est, quelle est son histoire, et le pourquoi du comment de sa force phénoménale. Alors qu’on avait développé un Palpatine mieux que ça quand même dans les trilogies précédentes là vraiment c’est un méchant au background inexistant qui s’en va avant même qu’on ait le temps de s’habituer à sa méchanceté.

on peut dire que Rian Johnson a inventé un nouveau type scénaristique : l’éjaculation scénaristique précoce. Un concept qui rentrera dans les annales de la licence

Même si – à la suite sa trahison – Kylo prend immédiatement la place du leader suprême vaincu et rehausse légèrement aux yeux du spectateur lambda son blason de vilain, l’ennemi de mon ennemi n’étant plus si inamical, on n’est en fait plus si certains de savoir si buter Snoke n’a pas fait pire c’est à dire rendre l’antagoniste sympa aux yeux de Rey… Aussi sur un plan purement technique, Kylo gagne mais n’hérite pas magiquement de la surpuissante, de la légendaire, et de l’inexplicable force d’opposition de Snoke. Cette accession au trône est plus opportuniste qu’autre chose, et ne sert donc en rien l’histoire à suivre qui manque donc d’un vrai vilain capable de poser un réel problème à Rey.

Même si Kylo est plus intelligent dans le côté obscur qu’il n’y paraît au premier abord, son accession à la fonction de leader suprême ne change absolument rien au problème posé par l’inversion du rapport de force entre lui et Rey, dès le commencement de tout, et le fait qu’il aura perdu non seulement son duel contre elle, mais qu’il n’a pas non plus la capacité de la contraindre par force mentale, de la perturber, de la déstabiliser : il n’a jamais battu Rey, en fait, sur aucun plan, et se faire Snoke sur un élément de surprise et un coup de chance, ne change rien au fait qu’il n’est toujours pas un vrai moteur, donc pas un vrai vilain suffisant pour elle.

Donc le handicap de ce second film de trilogie, ce ce n’est pas autre chose qu’il part amputé d’une partie importante de sa propre énergie dramatique et motivationnelle, et qu’il doit avancer sans pouvoir développer les scènes qu’il aurait du développer, et qu’à la place il remplit l’absence de défaite contre Kylo, par des mini arcs narratif inutiles et bouche trou, des faux suspens, des faux débats, une intrigue en trompe l’œil. Et que pour conclure son film et passer le flambeau, Johnson essaie maladroitement de réparer Kylo, en réparant l’estimation de sa force inaugurale, en troquant ce duel initial contre Rey si important et si minablement perdu, contre une victoire personnelle contre Snoke…, ce qui oui, rehausse donc son blason mais, pas assez clairement, pour devenir plus inquiétant que ça.

et puis, on peut pas dire que Kylo est inquiétant, enfin si, il est inquiétant, mais pas exactement au niveau où on l’attend, on s’inquiète plutôt pour son goût vestimentaire

Enfin même si Kylo prend du poil de la bête, aucune de ses confrontations ne permet plus de juger et de jauger sa véritable force. Sur la fin du film, il affronte quand même sur Crait en face à face notre cher Luke Skywalker himself qui sort enfin de sa retraite, pour aider Rey et la résistance à fuir.

Car le but de Luke n’est pas de gagner le cœur de Kylo. Il ne souhaite pas faire basculer Kylo du côté lumineux. Juste danser un peu avec lui pendant que les autres filent par derrière. Et ce faisant il reste bien contraire d’une part à son personnage qui dans la trilogie originale aurait profité du trouble du jeune homme pour le côté lumineux pour l’y faire basculer. Mais non, dans ce film, Luke est un mort vivant, le fantôme de lui-même. Son baroud d’honneur sera de jeter ses dernière forces en se battant pour du beurre, faussement, virtuellement, sous forme de projection de force ghost mais de son vivant. C’est à dire qu’il crée un leurre tangible pour que Kylo puisse se concentrer dessus et mouliner du vent à vide avec son sabre laser rouge. Il joue au chat et à la souris quelques minutes avant que Kylo le transperce et ne s’aperçoive qu’il n’est pas réel, qu’il est une projection de fantôme de force à distance. Un exercice épuisant qui après ce gain de temps mémorable qui bouche bien les derniers instants d’un film qui ne sait pas comment remplir son temps contractuel. Le réalisateur en profite pour organiser la sortie de Luke de la saga. Vieux et épuisé comme Yoda après un effort cinématographique important, consistant a sur-jouer une sous-version de lui-même, Luke s’évapore et disparaît enfin, en laissant supposer qu’il ascensionne et réapparaîtra directement comme véritable force ghost la prochaine fois.

Sur le papier, la mort de Luke devait nous émouvoir, et aussi, un peu nous insécuriser. Mais en fait : bah non. Luke était devenu comme un vieil alcoolique, et comme il manque donc à la fin de ce second opus rien de moins qu’un vrai vilain flippant clairement opératoire et au niveau de vilenie incontestable, dont on connaît et comprend les motivations, qui a été assez élaboré pour qu’on apprécie l’antagonisme qu’il propose : on n’est pas prêts, avec ce qu’on a, d’être inquiétés, pour la fine équipe de Poe, Finn and Co.

Et avec tout le foutraque loufoque et vite expédié que représente le boulot de Johnson faisant suite à celui d’Abrams, il faut avouer que pour le troisième et dernier opus de cette trilogie, il faudra inventer (ou déterrer) à la dernière minute un vrai vilain improbable, qui servirait d’antagoniste de secours, de méchant de fortune réchauffé et lyophilisé, histoire de finir cette « suite de trop », mal branlée dès le début par des financiers et des réalisateurs plus empressés d’instaurer des personnages flatteurs, qu’établir dans leurs choix de réalisation des rapports de force au bon moment et sur les bons actes.

Du remplissage du temps de film qu’il reste

Sans un Darth Vader de service utilisable, clairement, Rian Johnson il a fait ce qu’il a pu avec Kylo, c’est à dire à proprement parler, précipiter la fin de la trilogie en faisant plus un diptyque qu’une trilogie. Et d’ailleurs, faute de savoir vraiment quoi faire de ses deux héros dysfonctionnels, il lui a fallu trouver des idées bouche trou pour meubler son œuvre, avant le générique de fin libérateur. Entre les climax à contre temps, il aura du faire un quasi film d’attente. Le tout, en plus, en respectant un « cahier des charges débile ».

Pour premier exemple de ce cahier des charges débile, la romance Finn Rose, tout droit sortie de nulle part. Qui existe parce qu’elle doit exister dans le scénar’, et qui arrive comme le reste d’une façon particulièrement mal amenée et même frustrante : Finn étant devenu mauvais en tant que personnage, déjà en tant que déserteur, il abandonne autant par lâcheté le premier Ordre que la Résistance, en n’étant digne ni de l’un, ni de l’autre. Il finit par comprendre qu’en lui prenant son courage, le Premier Ordre lui aura tout pris. Car en fait il se sait indigne et inutile, autant lâche comme stormtrooper, que comme résistant, et l’amour subit de Rose pour lui tombe comme une mouche dans la soupe et n’a aucun sens. Cet amour révélé pendant l’élan où il se décide à combattre en face à face, interrompt à peu près le seul acte signifiant que Finn était prêt à faire pour donner à sa trajectoire un minimum de valeur, le premier et le seul acte de courage contre l’Ordre – qui lui aura tout pris, enfance compris.

Mais c’est sans compter sur on ne sait quel remaniement de script insistant, de dernière minute, qui veut qu’un homme, dans ce film, ne peut pas être grandi. Et le baiser sentimental que Rose lui vole après avoir bêtement avorté et entravé son combat personnel, tue littéralement le sacrifice dramatique qu’il était prêt à faire pour se racheter en affrontant en face ses propres démons.

Et l’actrice qui joue Rose, et qu’on a flanqué d’un script pareil, n’est pour rien dans cette castration, pas plus que l’acteur qui joue Finn et qui doit souffrir une romance brise burnes ultime, sans plus de cause que d’effet et sans autre motivation que de remplir une putain de nouvelle case à cocher.

Autre bon exemple de la nécessité de remplir le vide laissé par l’absence de vraie confrontation équilibrée entre les protagonistes, par une séquence bouche-trou, un plan « filler ». Séquence où Rian Johnson ouvre en plein film, un arc narratif secondaire, un trip à Canto Bight avec un intermédiaire louche (Benicio Del Toro), amoral, qui les plante et les trahit et au bout de quoi l’équipe s’en retourne d’où elle vient pour n’arriver à rien. On a là un tour de carrousel, planté puis déplanté tel quel, sans qu’il n’apporte ni ne retranche rien à l’intrigue générale. Personne, spectateurs compris, ne serait en mesure de déterminer le sens de cette parenthèse Canto Bight, si ce n’est d’user d’un peu de temps de pellicule additionnel, histoire de justifier qu’on fasse un film Star Wars dont l’aventure épique se doit d’avoir une durée de projection définie contractuellement.

absolument mes très chers, absolument

Et finalement c’est tout ce qu’on pourra se dire : à vouloir créer des héroïnes invincibles, pour plaire aux féministes de moins de 30 ans, la saga n’a techniquement pas besoin de se projeter sur trois étapes, un seul et unique film à sens unique suffisait. A l’instar de ce que Disney aura déjà produit avec Captain Marvel, héroïne overcheatée pour qui l’on n’aura jamais aucune crainte et qui n’a vraiment pas besoin de trois films puisque la victoire finale lui est techniquement possible et sans effort dès le premier.

Et pour achever cette pénible débauche de réussite féministe sans faille, on apprend que Rey n’est la fille de personne. Oui, elle n’est qu’une fille comme une autre. Pas la fille cachée de Obi Wan et de le Duchesse Satine de Mandalore, pas celle de Luke, pas celle du Conte Dooku. C’est la fille de pégus locaux. Et comme ça, on a enfin la réponse sur les origines artistocratiques ou élitistes de Rey.

En fait, Rian Johnson ne développera pas le drame familial que j’ai imaginé en révélant à Rey qu’elle est la fille de Snoke qui lui dit « Je suis ton père ».

Pour expliquer que Rey surclasse tout le monde, Johnson s’appuie sur une posture politique, une conception non pas conservatrice mais démocrate et progressiste de la force, plutôt conçue comme universelle et humaniste, et pas comme conservée et transmise d’une élite aristocratique à elle-même : Rey n’a pas hérité de ses midichloriens. Cette manifestation suprême de force en elle, n’est pas génétique ; c’est la force pure universelle elle-même qui choisit de se manifester en Rey. Et cette force, qui choisit qui elle veut, où elle veut, et quand elle veut, d’une enfant errant dans la boue à un prince pétant dans la soie : c’est la vraie force.

En gros, il y en a qui ont la science infuse : mademoiselle, elle, a la force infuse.

Pour parachever l’illustration de ce concept, le film se termine, sur une apothéose où Rey soulève à peu près seule une montagne de pierres énormes, quand Luke, à son niveau de formation, en relevait une ou deux petites, à peine à quelques centimètres au dessus de lui.

Et ça finit sur la jolie musique entraînante de la saga, sur un quasi air de fête alors que bon, la Résistance aura morflé, et après la quasi destruction de son arsenal bombardier, stratégique et logistique, la Résistance a passé le film à fuir et à voir à peu près la totalité de sa flotte anéantie.

Il n’y aura même aucun rapport entre la tonalité émotionnelle de la fin du film, la fierté de ces dames, et la réalité de ce qu’on y a concrètement présenté : la Résistance est dépouillée humainement et matériellement.

Le dernier réalisateur

Du coup Rian Johnson ne réalisera pas le troisième opus de la saga, parce qu’il est clair que le climax prévu en fin du 3eme volet est finalement déjà advenu directement à la fin du second… Et on est presque certain qu’il se félicite d’avoir trouvé des idées pour remplir sa copie et y boucher les trous, pour ne pas avoir à développer de drama familial et aucun scénario qui va avec. Son illustre prédécesseur n’aura pas résisté à la tentation de se vautrer dans l’action pure et de donner prématurément à son héroïne une victoire en duel contre Kylo Vader, victoire qu’on attendait bien plus tard. Même problème pour Johnson, il n’aura pas résisté non plus bien longtemps à la tentation de diriger lui-même la mort de Snoke Palpatine sans même prendre la peine de lui donner une histoire antérieure. Et pourquoi faire au juste ?

Car, à quoi bon écrire une histoire expliquant le niveau ahurissant de Snoke ? Inutile ! C’est comme pour Rey, lui aussi, lui aussi, il aura eu la force infuse… Pratique ce concept, qui permet une jolie feignasserie sur le plan de l’écriture d’un arc familial dans star wars, et qui permet même de s’affranchir de l’écriture d’un personnage tout court.

Et alors, Rian Johnson laissera donc le plaisir ultime, au dernier réalisateur du dernier opus, d’avoir à torcher profond, un bébé encore plus chiasseux que celui qu’il aura reçu dans les bras, soit, un troisième film de trilogie, qui n’a plus aucun contenu intéressant à montrer en relation avec ce qui précède, parce que tous les arcs dramatiques sont derrière, tous les climax sont déjà atteints : la formation est faite, le vieux maître vert est évaporé, les méchants sont battus, convertis, basculés, les secrets sont révélés (ton père c’est personne) les intérêts familiaux évacués par l’artifice théorique sur la nature de la force : il n’y a plus rien à faire d’intéressant dans ce 3eme film… lequel promet d’être une purge, pour le dernier réalisateur, à savoir, le plus vide et insipide des bouche trou de culture pop internationale jamais conçus, d’une part, et le plus compliqué techniquement à réaliser d’autre part. Car oui : vous avez oublié ? Rian Johnson a mis un point d’honneur d’un côté à faire mourir dans le film toutes les Légendes dont les acteurs Harrisson Ford & Mark Hamill sont encore vivants, et de l’autre à faire revivre dans la gloire le personnage de Carrie Fisher : la seule actrice qui n’est plus parmi nous pour assurer le prochain tournage.

Car qui peut décemment encore espérer tirer quoi que ce soit de paroxystique, d’une énième histoire d’affrontement sans fondement et sans enjeu, entre Kylo et Rey, à base de poses badass stylées et sans qu’on ne saisisse le pourquoi de ces confrontations finalement ?

Car si Kylo est indigne de Darth Vader, Rey n’a même pas la dignité d’une personne. Elle n’a toujours pas d’histoire, elle ne sait même pas ce qu’elle fout dans ce film. On n’en sait pas plus d’elle que ce qu’on savait de Snoke. Rey aurait pu mourir et ça aurait été la même absence d’émotion du public pour elle, car son personnage n’est pas développé, pas fondé, n’a pas d’origines claires. Rey ignore même jusqu’au pourquoi de sa propre force exceptionnelle, elle ignore (comme le spectateur) le sens même et la fonction de sa place dans cette trilogie et aucun des responsables de ces foutus films qui se précipitent sur leur agenda n’aura eu l’idée de lui donner ne serait-ce qu’un moindre véritable but dans la vie.

Et l’on quitte donc le générique final de cet épisode 8 bien joliment réalisé, qui a gagné du temps pour gagner du temps, et qui pour le reste, nous laisse sans plus aucun vilain crédible, sans plus aucun espoir d’explication sur lui, sans véritable antagoniste, sans rapport de force clair, avec une héroïne qui ne perd jamais, dont on ne sait toujours rien, hormis qu’elle ne se voit elle-même que comme identique à une figurine vide, clonée par milliers, et disposée de façon rectiligne dans un sous-sol.

Avant d’être vendue à la chaîne sur une étagère, pendant la période des fêtes de fin d’année.

Si tant est que ça se vende.

Catégories :My Life

Parasiter plus pour gagner plus

03/03/2019 Commentaires fermés
  • ou quelques lignes pour résumer une bonne partie du fond des thèses anti-système.
https://claudec-abominablepyramidesociale.blogspot.com/2018/01/

Nous supposons que la pensée anti-système, conçoit ledit système comme fonctionnant sur le mode de la pyramide humaine, et que donc, si l’on considère les sociétés humaines sur le plan économique, alors toute dénonciation du système équivaut à la dénonciation de l’arnaque d’un schème pyramidal.

Alors visualisons la pyramide sociale globale.

En haut de la pyramide, on retrouve les très riches, les grandes lignées familiales de grands banquiers, et autres administrateurs de banques centrales, qui vivent dans leurs produits dérivés, leurs manipulations du marché déconnectées avec les besoins de l’économie réelle, et qui déstabilisent artificiellement les marchés pour parier sur la fluctuations des valeurs, et se renflouent via la simple hausse des taux d’intérêt. Un boulot de feignasse au rendement galactique. Les grandes banques, dans leurs frénésie, n’ont aucune moralité : elles reçoivent du pognon, et jouent avec sur les marchés et forcément, cette posture les mettra toujours en haut de la pyramide. Elles reçoivent du pognon de n’importe qui et n’importe comment : même les prédateurs financiers, qui brassent du milliard en achetant et en vendant sans jamais s’occuper de la réalité du travail nécessaire derrière ou des conséquences humaines, sont accueillis avec bonheur par les banques, car l’argent qui vient leur permet de spéculer plus, pour gagner encore plus. Divers leviers et d’autres montages induisent l’enflement de bulles, puis aussi, le cycle d’exploitation des bulles, enfin, l’éclatement des bulles par l’augmentation des taux d’intérêt. Ainsi, les grands banquiers prévoient dans leurs modèles d’enrichissement spéculatif, la dette des entreprises, la dette des états, et à terme si le modèle n’est pas ou plus assez efficace, le dépôt de bilan, le chômage de masse réel, la faillite, car c’est là aussi, l’opportunité pour des prédateurs financiers de ramasser des biens réels sans efforts, avec de la monnaie papier, qui rachète les fruits de la dette. La perte des uns, c’est le gain à terme des autres, et donc en soi, cette perte correspond à un produit dérivé, qui peut être revendu et transformé en monnaie de singe. Ainsi, toute la finance se repait et se repaye avec quoi, avec autant de perspectives de gains que de pertes, et apparemment la perte est parfois plus sûre que le gain en terme de perspective. Ayez la vision d’un agriculteur entouré d’un bétail administré de loin, et qui planifie et prévoit selon un agenda décennal, la tonte des moutons en fin de cycle, et puis au final de plusieurs décennies, si le rendement n’est plus optimal, l’abattage des moutons, qui lui aussi est en soi rentable et porteur de certaines perspectives. Le haut de la pyramide reçoit donc l’argent de tous les niveaux du dessous, et même quand l’argent ne remonte pas comme prévu, il en reçoit de toutes façons, via la complicité irresponsable des « banques centrales », qui carrément, « créent de l’argent à partir de rien », et sans effort. Moralité dans l’iniquité : le sommet gagne à tous les coups, possède tout, rachète tout, et n’importe quoi, du réel, du potentiel, du probable, ou même du vent : pour le prix d’un bout de papier, et c’est pour ça qu’il est toujours tout en haut.

Ne cherchez pas le lieu de vie des banques les plus convoitées dans votre pays bien aimé, le vrai lieu de vie, il est situé dans des pays à la justice corrompue jusqu’à la constitution, pays autrement appelés paradis fiscaux, qui sont des enfers de corruption et d’hypocrisie, des lieux sans âme et sans histoire, pures utopies résidentielles, pour des banques où les prédateurs milliardaires et grands administrateurs ont acheté tout, même la conscience morale des autorités, et qui viennent y coffrer et sécuriser tous leurs milliards.

Puisqu’on parle d’eux, en dessous des banques, les très riches milliardaires, derrière leurs groupes financiers qui possèdent les entreprises exécutant les ordres de la finance. Les groupes peuvent perdre, mais plus rarement, car dotées d’un arsenal complet et une formule bien développée : une dose d’évasion ou d’optimisation fiscale, une dose d’obsolescence programmée suivie d’une augmentation éhontée des prix des « nouveaux » produits, une dose de contrôle médiatique par un lavage de cerveau nécessaire à la consommation, du lobbying et de la corruption massive auprès des pouvoirs publics afin d’obtenir un avantage, et : une dose de mise en concurrence déloyale des économies les unes avec les autres pour maintenir des salaires plus bas que bas, à des niveaux indécents. Les très riches milliardaires s’en sont gardés un maximum, mais, s’ils ne sont pas au top de la pyramide, c’est parce qu’ils ont placé leur argent sur des comptes en banque. Les quelques rares fois où les plus riches perdent un peu de leur richesse, c’est juste parce que, dans la vanité complète qui caractérise leur parcours, ils sont capables de rentrer en petite compétition les uns avec les autres dans le domaine des signes ostentatoires de richesse, et sont prêts à toutes les vacheries pour gagner leurs petites batailles narcissiques, les uns contre les autres.

Il y a ensuite les hommes d’états et leur suite administrative, soit disant adeptes du changement, et qui continuent à favoriser le système des très riches milliardaires, groupe & corporations financiarisées, qui possèdent des entreprises, avec les très riches banquiers qui attendent les revenus derrière. Les Parasites d’état sont des êtres traîtres, menteurs et corrompus par les grandes entreprises et les banques, et élus pour faire illusion sur le court terme auprès du peuple bonimenté les yeux dans les yeux. L’engagement populaire profond des hommes d’état consiste à imposer les peuples avec l’aide de la violence d’état légitime. Et pour eux, dans un second temps, à jouir des sommes accumulées, loin du peuple floué, une fois le mandat écoulé. Les hauts fonctionnaires et législateurs vendus, aux intérêts des banques privées, aux lobbies, aux corporations financiarisées jusqu’au bout du monde, servent souvent non pas l’intérêt sur place des peuples dont ils maintiennent les salaires au plus bas, mais leur petite carrière. Ils se foutent complètement de l’économie réelle et locale, des gens, et développant des politiques inefficaces, des budgets déficitaires, un surendettement d’état irresponsable, au service de quelques élus, de quelques groupes cotés en bourse, de quelques lobbies, et de quelques collusions amicales avec des milliardaires. Et, après eux : le déluge. Leur pays peut bien faire faillite. Dans le meilleur des cas, lorsqu’il faut s’occuper d’autre chose que de leur avantage exclusif, ils règlent les litiges et dommages collatéraux sociaux, en dépouillant Paul pour habiller Jacques. Ces hommes d’états, gouverneurs sans envergure et sans panache, sont les petits comptables de la misère sociale à l’avantage systématique des milliardaires, les seuls êtres humains qui comptent. Les chefs d’états et leurs gouvernements finissent par rivaliser d’imbécillité et favorisent finalement la fuite fiscale, la délocalisation des activités productives et à forte valeur ajoutée, et même l’intelligence. Quand la délocalisation et la désertification des villes n’est pas possible, ils finissent par « importer » la main d’œuvre délocalisée sur le territoire dont ils ont la charge, et donc, produisent directement in situ toute la concurrence déloyale attendue, qui tire tous les salaires vers le bas en créant un véritable « chômage de masse artificiel », pudiquement qualifié de « systémique ». Les hauts fonctionnaires eux ne produisent rien que l’impôt, mais votent spontanément l’augmentation de leur propre salaire tout en dissertant sur la fin de l’ascenseur social pour les autres : c’est la seule œuvre intellectuelle majeure qu’ils réussissent à pondre au cours de leur mandat, avant de renvoyer concrètement et uniquement l’ascenseur, non pas à qui vote pour eux, mais à qui finance leurs campagnes et leurs carrières consécutives (cf. grands groupes/banques/milliardaires financiers). A leur service et pour exécuter leur pouvoir, le seul ministère d’avenir pour qui veut accéder aux plus hautes marches de la traîtrise sociale, la seule administration qui marche, et qu’on a doté de toutes les innovations, de toutes les énergies, de toutes les réformes technologiques et de toutes les espérances : c’est l’administration fiscale. Les autres ministères, ils peuvent tous s’écrouler. La santé, on peut la réduire. L’éducation, on n’en a surtout pas besoin, surtout si c’est pour travailler dans le tourisme ou le tertiaire. L’armée, elle peut gueuler, elle est au bout du monde et ne risque pas de revenir faire un coup d’état. La police, tout juste équipée et formée, pour lui faire endosser le rôle de percepteur routier, assistant d’huissier, ou milice anti-émeutes et gardes du corps pour les très riches et leur petit business.

Ensuite, on a les mass médias, véritables organes de propagande dirigés par des milliardaires et des grands comptes voire des hommes d’états, pour manipuler psychologiquement les peuples, pour parler aux gens d’en bas et leur laver le cerveau à coup de faux journalisme et de faux débats moraux et philosophiques, d’ingénierie sociale, de happenings, de campagnes politiques menées comme des campagnes de pubs pour de la lessive. Les médias de masse, pourraient faire faillite du jour au lendemain s’il fallait compter sur la croyance du public en leur intégrité, et pour acheter leur idéologie à deux euros. Du coup, ils survivent sous perfusion, d’une part grâce à un divertissement abrutissant qui vient boucher le vide sidéral de la vraie production intellectuelle qu’on y trouve, et d’autre part et surtout, ironiquement, grâce aux subventions publiques. Des subventions qui garantissent un traitement médiatique à l’avantage du potentat qui garde ainsi un peu la main sur le script, sur la narration, pour ne pas perdre de pouvoir sur les esprits, qui ne connaissent le monde qu’à travers le prisme desdits médias de masse.

Ensuite, le moyen et le bas fonctionnariat, jaloux des sommes folles allouées aux appareils médiatiques et des ministères des finances publiques, menacé d’être plongé dans la concurrence avec les méthodes impitoyables du secteur privé, et voyant les rentrées d’argent filer dans les poches des banques et pas dans les leurs, exerce sur les politiques et les hautes administrations un chantage à la grève corporatiste et récurrent. Barricadés dans leur forteresse assiégée, ils entreprennent grève sur grève et coulent définitivement le budget des administrations pour lesquelles ils travaillent sans obligation de résultat ni responsabilité sur les conséquences : le coût de fonctionnement du secteur public s’en ressent de plus en plus, puis explose, les déficits explosent, l’absentéisme abusif explose, l’abus des arrêts maladie explose, l’incompétence explose, la grève quasi perlée, le gaspillage de l’argent public s’étend partout, gaspillage qui finit par être intégré dans le modèle économique des administrations, avec son cortège de répercussions : l’obligation d’embaucher des vacataires issus du secteur privé pour que le travail soit fait, et l’impôt supplémentaire, forcément qui augmente pour payer les vacataires et prestataires supplémentaires… impôt atrocement élevé, qui devra souvent lui-même être compensé par des nouveaux emprunts, et de nouveaux intérêts de dettes, auprès des marchés privés. Car n’oublions pas : chaque niveau doit se servir mais aussi, servir le niveau du dessus, jamais celui du dessous.

Ensuite on a les machines d’application de l’ordre social, les préfectures à la fois sélectionnées pour leur psychologie ultra obédientielle, rigide, et lâche, puisqu’elles sont indistinctement prêtes à collaborer avec une démocratie et avec une dictature fasciste, sans jamais savoir effectuer aucun discernement entre l’une et l’autre. On aura des préfets de la chose publique, se faisant un devoir de servir les intérêts d’en haut, en employant toute la violence d’état possible et imaginable, et dotés par le haut d’un arsenal de surveillance, de milices, de punition, et de réduction des libertés individuelles. Au cœur du pays des droits de l’homme, les prisons sont des lieux de punition qui font la honte des sociétés modernes, car le contribuable croit qu’avec ce qu’il redonne en impôt elles sont vastes et fonctionnelles, alors qu’en réalité, la corruption est telle qu’elles sont surpeuplées, et gérées avec des bouts de ficelles, de moins en moins de personnel adapté, et consolidées avec des clous rouillés. La Justice, se pare d’un ou deux magistrats héroïques, et de juges d’instructions exemplaires, qu’on ira citer dans les médias, ceci parce que le reste est à peu près désespérant d’impuissance devant l’intelligence des experts en droit au service des grands groupes qui créent la pauvreté et son cortège de délinquance. La justice est à deux vitesses, elle sanctionne le petit assurément, et idiote utile ou alliée objective, elle relâche qui sert les intérêts du pouvoir en place, lequel a, de toutes façons, tout pouvoir pour détricoter les lois qui n’arrangent que la poignée d’individus qui contrôle la situation.

Puis on va trouver les mairies des grandes agglomérations, qui s’endettent aussi, auprès des marchés privés pour financer des politiques du « mieux vivre ensemble dans la pauvreté », et qui doivent pour les mettre en œuvre, augmenter les impôts locaux. Les grands maires sont juste les contremaitres du pouvoir et appliquent à petite échelle locale ce que les hauts fonctionnaires corruptibles réussissent à faire au niveau global. On appelle ça les corps intermédiaires, courroie de transmission des ordres d’en haut. A part quelques exceptions, les grandes mairies plagient localement avec plus ou moins de talent l’iniquité des politiques globales. D’ailleurs, nombre d’élus aux plus hautes fonctions gouvernementales, promettent de faire au niveau global ce qu’ils auront fait au niveau local, mais c’est bien justement là un cache misère en terme d’innovation politique, dans la mesure où justement, la politique locale n’est un plagiat, un vulgaire copié collé.

Puis en dessous, on va trouver les mairies des petites agglomérations qui sont aux premières loges des conséquences de la politique centrale, et se doivent de résister à la désertification industrielle, et à l’abandon des populations, en abaissant l’ardoise fiscale pour les sociétés qui désirent installer leurs bureaux et les usines d’emballage de produits manufacturés à l’étranger, sur la commune. Et une fois l’activité implantée, les employés des « zones d »activité » qui deviennent résidant par commodité pourront peut-être faire vivre la supérette du coin. Les affaires venant, ils pourront tous enfin, au terme de quelques années d’avantages fiscaux, commencer avec bonheur, à payer plus d’impôts locaux.

Plus bas, les vaches à lait, les citoyens actifs, bientôt minoritaires, patrons de petites et moyennes entreprises, petits ou moyens commerçants, ou petits cadres plaçant leur patrimoine dans des biens immobiliers, ou encore, agents de maitrise, épargnants par nature leurs gains, et que la caste dominante veut siphonner. Pourquoi la siphonner, parce que lépargne, ça ne se risque jamais assez, dans des combines spéculatives, des produits dérivés à risques, qui arrangent bien le haut de la pyramide qui – lui – joue à qui perd gagne, et veut tout posséder ; moralité, si les vaches à lait gagnent assez, c’est pour en refourguer le maximum possible aux castes du haut, donc d’abord, via impôt exorbitant reversés pour des services sociaux, puis, en fin de parcours, tous les chemins mènent aux banques. Donc les vaches à lait, elles supportent sur leurs épaules tout le système de solidarité sociale par répartition, personne ne les aide et personne ne les encourage en retour. Le plan du système, les appauvrir plus, pour les pousser à risquer leur capital. Les pousser à bouger, et balancer leurs économies d’épargne, dans des opérations spéculatives, ou dans le remboursement de nouvelles dettes nécessaires, jusqu’à ce qu’elle n’ait plus d’épargne et vendent ou liquident. Jusqu’à ce que progressivement, elles soient déclassées et tombent juste au cran en dessous dans la pyramide. Les vaches à lait, ce sont les boucs émissaires du système : il en faut toujours, et elles sont particulièrement ciblées, parce qu’elles seules portent la seule valeur qui tient debout, l’économie réelle, et le souvenir d’un monde où l’argent était tangible et porté par un métal précieux, où il portait en lui-même la valeur d’un vrai travail et l’effort d’économie constituait le vrai patrimoine d’un homme.

Plus bas, les « travailleurs du tertiaire », qui au sein de leur catégorie sociale anormalement hypertrophiée, n’ont quasiment pas d’épargne à défendre, et pour cause. Les tertiaires triment sur les quelques jobs qui restent après la délocalisation et la désertification industrielle, à savoir, 5% de jobs intéressants en CDI, proposés au milieu de 95% jobs à la con, dont d’une part la sous-traitance pour des sociétés qui refusent de proposer à leurs salariés le boulot stupide et répétitif qui consiste à devoir rendre des comptes à leur propre clientèle en personne et délèguent cette tache ingrate à des tiers sous-payés ; dont d’autre part le reliquat astronomique du boulot non fait par les services publics accablés de retards et de dysfonctionnements ; le tout pour le salaire le plus minime possible et selon une convention collective au service de l’asservissement collectif ; les travailleurs du tertiaire, vivent de petits contrats précaires, et autres sous-jobs à temps partiel, honteux, à faible valeur ajoutée, psychiquement pénibles, et qui ne rapportent jamais assez à eux seuls pour tout payer.

Plus bas, les « travailleurs pauvres », qui bien qu’inéligibles à l’impôt, paient plein pot, l’impôt indirect dont la monstrueuse TVA, et qui financent sans le savoir le cirque démocratique, qui votent pour des politiques socialistes, au packaging médiatique compréhensif, mais aux résultats similaires. Les travailleurs pauvres vivent dans des logements sociaux plus ou moins salubres, ou sous les toits, ou dorment dans des arrière de camionnettes aménagées, voir sur la place du passager avant. Ils espèrent encore aux politiques de surface, qui suivront toutes in fine le programme profond des grandes entreprises et des banquiers, à savoir : l’appauvrissement social, l’asservissement par la dette, et la cyclique tonte, la spoliation prévue, le dépouillage programmé, au nom de l’enrichissement des mêmes, avec la même litanie à la bouche, l’idéologie de la real politik, réalité du plus bas des salaires possible et imaginable, quand bien même une fois miséreux ou quasiment à la rue : qui pourrait acheter le nouveau produit final haut de gamme ?

Encore plus bas, il y a les intérimaires errants, qui n’ont pas de parole, qui doivent changer de discours en fonction du caprice de leur maîtres de l’instant, du client-roi, et du patron-dieu ; nomades sous perfusion en banlieue entre deux allocations avec l’espoir de faire petite main d’œuvre ubérisée d’un jour, pour des hauts fonctionnaires prétentieux, qui eux restent groupés dans leurs ghettos chics, et tassés en centre urbains gentrifiés. Loin des centres policés, les journaliers vivent dans l’insécurité, les trafics de psychotropes, et s’enferment dans leur logement social aux dimensions étouffantes, sur un canapé, trompant leur tristesse dans l’ingestion de produits à base de sucres raffinés, dont on sait qu’ils forment la pire accoutumance et dont on a déjà mesuré les insidieux impacts sur la santé collective. Mais la misère n’est pas seulement alimentaire, ou même économique, elle est culturelle ; calée entre une drogue légale générique remboursée par la sécu, prescrite par un médecin généraliste démissionnaire, et une autre coupée et revendue au coin du HLM, la drogue médiatique des fake news et des programmes hystériques, sur l’écran géant, diffuse en non stop sur des chaines tv putassières, la vie rêvée des kardachiants, la réussite du gangsta rap qui se prend en selfie, et finalement, la putasserie médiatique auto-glorifiée. Avec pour seule fierté le défilé de mode sur le trottoir, et pour seul horizon : après un relooking complet, aller se faire foutre à hollywood.

Au fond à gauche, derrière les poubelles, ou dans une voiture où s’entassent des détritus utiles, non pas en bas de l’échelle mais derrière et sous l’escalier, les clochards, le quart monde, qu’on chasse toujours plus loin, loin des centres villes gentrifiés, au nom du projet vertueux, qui consiste à transformer les centres urbains en espaces touristiques admirables, où acheter des produits de luxe, et où l’on passe, sans rester longtemps, comme on s’arrête sans rester, dans un hôtel de passe quatre étoiles.

Plus bas, la caste majoritairement exploitée jusqu’à la moelle épinière, jusqu’au reins, jusqu’aux organes revendables, celle des esclaves, les clandestins, sur laquelle s’abat tout le contrôle possible et la violence imaginable. La caste des inexistant sociaux, qui triment, isolés et micro-managés, dans les industries cachées, retirées, ou délocalisées, parfois, au péril de leur espérance de vie. Loin des avenues commerciales, loin de la vitrine clinquante, ils triment, à l’arrière boutique, surveillés et punis, par des petits managers-contremaîtres aboyant leurs ordres absurdes, fièrement soutenus par des directions cyniques, aux méthodes illégales, elles même spécialistes du bourrage de crâne et prêtes à tout au nom de leur petite carrière. Les inexistants sociaux, qui par chance présentent bien au début, sont monnayés et jetés dans les bras de vieux prédateurs aux fantasmes hideux. Et s’ils présentent mal ou sont amochés par leur vie de servitude, ils sont alors parqués à l’ombre de bureaux clandestins aux fenêtres closes, dotés de machines branlantes ou dangereuses. Les inexistants sociaux, évoluent dans des contextes industriel toxiques tant sur le plan environnemental qu’humain. Et leur espérance de vie chute d’autant plus vite qu’ils travaillent pour une paie de misère, sans filet de sécurité. Vite changés en zombis, ils travaillent pour manger et, se nourrissent pour travailler, toujours plus vite et pour gagner toujours de moins en moins, sans se reposer, sans pouvoir prendre du recul, sans jamais pouvoir se libérer, s’émanciper, écrire leur vie, leur histoire. Même le suicide n’est pour eux pas une option : se défenestrant, ils sont récupérés dans des filets de sécurité, plus bas, et on les remet fissa au travail, pour leur remonter le moral.

Enfin, au plus bas de la pyramide humaine de l’inhumanité, dans les tréfonds des camps de consommation, l’élevage intensif de millions de bêtes conscientes, sensibles, et parquées dans des sombres usines, enchaînant gavage violent et abominable abattage. Une vie animale d’herbivores vouée à manger de la farine animale issue d’autres herbivores et de tonnes de grains fadasses issus de l’agriculture intensive. Une vie de désespoir, terne, longue, dans l’enfer de la surpopulation industrielle, dopée aux antibiotiques et produits chimiques suspects. Dans l’enfer du cri d’horreur des hangars clos et désespérées, le règne animal abusé, est battu à mort par des tueurs en série autorisés. Il n’a d’autre libération que celle de la mort rapide, et pour but, l’étalage de sa chair, sous cellophane, avec un code promo valorisé dans les rayons de supermarchés pour doper artificiellement la vente. Tout ça pour que les grandes surfaces qui s’imaginent cornes d’abondance, jettent une scandaleuse montagne de chairs invendues dans d’immenses poubelles à la fin de la journée.

Et pour nourrir cette humanité, l’extinction de masse, la déforestation, la disparition des espèces, la destruction des poumons planétaires, pour planter des céréales à refourguer en grande partie aux fermes animales. L’agriculture intensive aura détruit la biodiversité et la biomasse en général, du haut du ciel jusqu’à 6 pieds sous terre, à coup de pesticides, et de plantes génétiquement modifiées pour être rendues stériles avant d’être copyrightées. A coup de dopants, de roundup, d’engrais azotés, les petits ruisseaux, les grandes rivières, les embouchures, et les océans, sont pollués pour des millénaires, les poissons intoxiqués s’échouent par milliers sur des plages, afin de satisfaire les carnets de commandes de ceux qui intoxiquent les autres, et eux, mangent bio.

Au fond du fond, au bout du bout de l’absurdité, on abat la foret qui reste, et on achève les animaux paniqués qui s’y abritaient encore, pour planter des champs de colza étrangement silencieux, sans vie, qui n’intéressent ni les insectes, ni les oiseaux, ni le règne animal, ni aucun écosystème. Des champs morts, plantés en carrés rectilignes, jusqu’à l’horizon, et pour en faire quoi, du carburant, pour des camions tracteurs, des machines motorisées d’épandage de pesticides.

Les philosophes des lumières d’hier, ils faisaient dans leurs livres l’apologie de l’homme qui cultive son propre jardin. Les illuminés d’aujourd’hui, ils font l’apologie de l’appropriation du jardin des autres pour le raser, le goudronner et en faire un parking payant, pour y garer sa bagnole le temps d’un aller et retour au supermarché en zone périurbaine, où acheter, au rayon frais, de la viande à manger en promotion.

Mangez-bougez, bossez-payez

Il va falloir en manger de la viande en promo, pour avoir l’énergie de payer des dépenses en alimentation qui explosent, à cause de la spéculation sur les denrées, et à cause de la cupidité cruelle des lobbies, des sociétés financières qui reversent aux petits agriculteurs, même groupés en coopératives, une misère sur leurs profits astronomiques, en attendant quoi, qu’ils croulent sur leurs dettes obligatoires, et se suicident, et qu’on puisse racheter leurs terres à leurs ayants droits attristés, le tout, sans trop d’opposition.

Il va en falloir de l’énergie, pour gagner de quoi payer pour le courant électrique, et l’assainissement des eaux potables contaminées par l’exploitation des terres rares et la fracturation hydraulique.

Il va falloir de l’énergie pour gagner de quoi payer le cout des produits high tech de luxe, pondus au bout du monde par des enfants esclaves asservis au nom de la concurrence déloyale.

Il va falloir en manger, encore et encore, pour avoir l’énergie de payer tous les crédits à la con, quasi obligatoires pour commencer à juste vivre normalement ou même commencer à travailler. Un crédit pour payer les études, la chambre de bonne hors de prix, la première voiture branlante, pour en payer le carburant dont le prix augmentera jusqu’à l’insupportable quand aucune autre solution équivalente n’existe vraiment. Un salaire minimum éternel, qui induit un nouveau crédit, pour payer le plus basique, et au final pour payer les impôts locaux. Opération ultime, un crédit pour accéder à la propriété privée, elle-même obtenue au prix d’une vie de sacrifice, et qui débouchera sur des nouvelles taxes et des nouveaux impôts sur la propriété. Impôts prévus pour devenir intenables, et se sur-rajoutant aux intérêts des crédits à payer et à de nouveaux impôts directs, et indirects, avant la revente au rabais.

Il va falloir en remanger, de la viande en promo, pour avec l’énergie de gagner de quoi payer le soin de sa gastro-entérite, de ses maladies cardiovasculaires, de son diabète de type 2, de ses inflammations, de ses allergies, de son asthme, de sa malbouffe, de son obésité, de son cholestérol, de son intoxication au tabac, de sa dépendance physique complète au médicaments, dépendance bonne à taxer, pour faire vivre tout le système qui s’enrichit dessus, c’est à dire, le ministère de la santé, régulièrement visité par les producteurs et revendeurs de solutions médicales adaptées.

Et il va falloir manger et manger et remanger, de la chair animale industrielle, pour avoir l’énergie de payer les impôts colmatant les intérêts de la dette abyssale des états souverains, le trou noir supermassif économique, gouffre sans fin contracté par les cons souverainement irresponsables, situés juste au dessus et au dessus d’eux encore, à la chaine, pour qu’un monde asservi par la dette appartienne bien à quelqu’un.

Il va en falloir de l’énergie pour payer le cout de fonctionnement d’un système pyramidal, entièrement au service de fainéants, qui spéculent sur la faillite du paiement des crédits. Un système qui crée de la monnaie à partir de rien, qui envoie des huissiers rapaces tout récupérer, avant de spéculer sur les profits de la revente des biens rachetés une misère. Il en faut de l’énergie, pour alimenter un système qui interdit à tous d’imprimer de la monnaie, mais qui s’enrichit lui-même avec la planche à billets, la planche à fausse monnaie. Pour un système qui se fait du fric à tous les coups, même sur la faillite des autres. Un système qui se trouve vertueux à « gagner sans rien faire » mais qui en contrepartie, assène aux autres, les yeux dans les yeux, dans des médias vendus, des vérités culpabilisantes, sur l’incapacité des pauvres gens, à travailler assez concrètement, sur leur irresponsabilité, sur leur infantilisme, sur leur impuissance à contribuer à la croissance des courbes, entre deux contractions économiques, deux récessions, deux dépressions historiques programmées.

La condition de l’homme nouveau, c’est d’être responsable et coupable, des déstabilisations de marchés, d’un chômage cycliquement conçu, et de ne plus pouvoir payer des crédits contractés auprès des banquiers pour payer des nouvelles taxes et de nouvelles lois réglementant de nouveaux impôts aux logiques débiles, pondus chaque jour ex nihilo par des cons toujours au dessus. La condition de l’homme nouveau c’est de cumuler de la culpabilité avec ses dettes, culpabilité qu’on ne peut jamais alléger, même en cumulant de plus en plus de jobs, d’ailleurs, absolument conçus comme minables. La condition moderne, c’est de père en fils, de rembourser des crédits, contractés pour une bagnole dotée d’un moteur à explosion au concept éculé, ou pour une maison familiale au rendement thermique aberrant et bourrée de perturbateurs endocriniens. C’est de payer pour une maison hyper-dépendante du réseau, et au cout de fonctionnement abyssal. Le tout en n’ayant dan cet esclavage par la dette, même plus le temps de fréquenter sa propre famille, de plus en plus divisée, et de plus en plus dysfonctionnelle, et qu’il faudra soigner, en premier avec une thérapie familiale payante, remboursée par la sécu, c’est à dire, par des impôts. Et en second, qu’il faudra définitivement soigner, avec l’aide d’un service juridique, qui organise le divorce, la séparation des biens, des vies, des meubles, des enfants, des animaux domestiques, des plantes.

La condition existentielle du nouvel homme, c’est de soutenir jusqu’à l’absurde, le poids d’un système qui augmente au dessus de lui, jusqu’à l’effondrement.

L’effondrement pyramidal

Le monde se divise en deux catégories. D’un côté ceux bossent vraiment mais s’appauvrissent inéluctablement dans le système qu’on leur a fait, et donc s’affaiblissent, et de l’autre une caste de parasites, qui ont conçu un jeu truqué où ils bossent le moins possible, et gagnent à tous les coups. Le système est au service des idéologues du moindre effort pour eux mêmes, mais qui demandent aux autres toujours plus : jusqu’à ce qu’ayant atteint un certain niveau d’entropie, le système s’écroule, s’effondre sur lui-même. Car je crois qu’on a oublié le principe d’une pyramide, même humaine. La pyramide, à la base, elle doit pouvoir être suffisamment solide et avoir assez d’énergie pour supporter « la charge ascendante » : et le siphonnage des fondements de la base jusqu’aux structures médianes, ne peut que contribuer à son écroulement en cascade.

Or, il faut le dire, au sujet de cet effondrement, s’il est redoutable, il est exceptionnel. Car l’édifice ne tombe pas si facilement. En effet, une pyramide est par nature stable et vouée à résister aux temps.

Aussi, comme pour tout édifice, même pyramidal et donc stable, quand le poids en haut est trop lourd, et la base est trop faible, les fissures apparaissent-elles inéluctablement. Les fissures sont verticales. Socialement ça se manifeste par le spectre d’un conflit vertical, qui se profile, c’est à dire quand les niveaux du bas pour leur survie, se doivent de faire cesser le drainage en provenance du haut du panier. Le spectre d’une révolte directe contre des élites parasites et les traîtres à leur service se profile et le sommet chancelle sous les coups de semonce qui lui sont envoyés. Or, le système n’est jamais aussi dangereux que lorsqu’il se sent menacé dans son pouvoir et qu’il a encore les moyens de le préserver.

Quand il ne convainc plus par les moyens usuels, il a un toujours un recours, sous la forme d’une petite diversion qui convertit le conflit vertical contre les élites, en conflit horizontal : il crée de toutes pièces, une guerre entre voisins de pallier.

La guerre des voisins de pallier, c’est la solution des très riches au risque de la perte de leur ascendance. On y envoie les plus velléitaires, pour y casser leurs pipes, au nom de la sécurité et de l’ordre général. Complètement bidons et artificielles, médiatiquement promues, les guerres de voisins de paliers démarrent par des attaques sous faux drapeaux, pour légitimer chez le peuple un besoin de protection et d’ordre que l’état peut justement procurer, et pour susciter des vocations à y mourir en héros. Les attaques sous faux drapeaux, s’ajoutent à la longue liste des traitrises, des crapuleries, des mensonges, des combines, des fautes morales, des fausses solutions, des manipulations, des logiques économiques foireuses, des déficits, des pertes, des truandages, du vol, de l’arnaque sociale totale, qui émaillent le quotidien des sociétés de moutons régulièrement tondues ou abattues. Indéniablement, lorsqu’un risque de soulèvement populaire pointe autour du palais et des villas des indignitaires associés, on trouve toujours des conflits de voisins de paliers, qui surgissent au coin de sa propre rue. Qu’elles soient civiles ou tournées contre un ennemi extérieur imaginaire, les guerres : surviennent toujours à point nommé.

Et une fois l’attention monopolisée par les guerres artificielles, et l’obligation catégorique de financer – par devoir – l’effort de guerre, ou d’y participer et y perdre malencontreusement la vie, et une fois l’esprit parasité par la haine du voisin, par la violence contre lui, une fois l’hystérie victimaire passée, et les lignes d’opposition internes disparues dans le chaos de la guerre, une fois les générations rebelles sacrifiées, les élites parasites refont surface, sortent de leurs trous, de leurs solides abris qu’ils ont préparé sous des décombres, et après avoir détruit un monde qui les menaçait, rebâtissent un monde nouveau, un nouvel ordre, pour y pomper un peu plus totalement l’énergie vitale qui reste, s’il en reste encore.

Après la guerre

Il arrive donc que la pyramide s’effondre, après la guerre.

Car comme toute chose, la guerre aussi, en tant que solution, peut s’émousser, et structurellement, peut finir faute de moyens, ou par faute de talent à savoir la justifier, par s’effondrer.

Pourtant l’imagination humaine est riche et il en existe des sources de conflits, à petite, moyenne ou grande échelle. De la guerre des chaumières à la guerre des étoiles, il y a de la marge pour s’occuper.

Mais, en effet, tout s’use, même les ficelles les plus efficaces, les plus solides, rompent.

Quand tout le monde a ouvert les yeux, à la fin, quand même l’exploitation de l’instinct de survie contre le voisin de pallier ne marche plus, quand la lassitude gagne l’âme jusqu’au point où vivre ou mourir ne fait plus aucune différence, lorsqu’on ne peut même plus invoquer le chaos, pour justifier l’ordre, ni la guerre civile pour justifier la paix des esclaves, lorsqu’on ne peut plus marcher aux faux terroristes, ou croire à la mise en scène de la fin du monde, ou s’effrayer à la lecture de l’Apocalypse selon le Saint Présentateur TV, quand on le peut plus craindre les astéroïdes déviés de leurs orbites, ou la fournaise climatique polluée, ou le dernier accident nucléaire, ou le nouveau virus sorti des usines de fabrication d’armes bactériologiques, ou la disparition de la couche d’ozone, ou l’inversion des pôles, ou le dégazage de masse coronale solaire, ou le grand tremblement de terre, ou l’explosion imminente d’un super-volcan, ou le déluge, ou l’âge de glace, alors, le système s’effondre vraiment.

Et il s’effondre comme le château de cartes truqué qu’il est. Il s’effondre, rapidement, brutalement, à l’instar de l’abandon brutal et définitif des cités des civilisations amérindiennes, bardées de monuments pyramidaux, et désertées par leurs habitants qui ouvrent tous en même temps les yeux, sur la réalité : ils ont voué leur vies et leurs âmes à des faux dieux.

Les parasites jettent alors un dernier appel pathétique, avec pour slogan officiel : « Sauvez les riches », l’avant dernier sursaut d’ingénierie sociale d’une caste qui veut que le monde la sauve, elle, qui a prévu au nom de son pouvoir, le sacrifice et la désolation du monde.

« Sauvez les riches », c’est le slogan qu’on entend quasi ouvertement, avant quoi, avant le grand saut final, le grand salto mortale arrière, avant le grand fracas, où tout ce système foireux ne vaut, à proprement parler, plus rien du tout.

Catégories :My Life

Tête update 6

06/02/2019 Commentaires fermés
Maxime Lorrai a une légende de tête
C’est à moi que tu parles ?
Je t’ai à l’œil
Catégories :My Life, Photos Étiquettes :

Tête update 5

19/05/2018 2 commentaires

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C’est à moi que tu parles

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Dans le viseur

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Ray banane

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Chute libre

No Man’s Sky 1.24 : ou le coup de blues du commercial

27/03/2017 Commentaires fermés

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Être ou ne pas être, paumé dans un improbable univers hostile, à l’atmosphère toxique, aux rayons de lumière ultraviolets dangereux, aux radiations mortelles, au froid létal, à la chaleur suffocante, aux créatures préhistoriques agressives et prêtes à tout pour défendre leur petit bout de territoire merdique, et surtout, seul, avec un vaisseau de l’espace crashé, en panne.

Planté dans le no man’s land, avec l’angoisse de ne pas savoir comment s’en sortir, devoir trouver des solutions pour en réchapper in extremis.

Sur le papier, No Man’s Sky affiche une promesse vidéoludique indéniablement attractive : une expérience de survie, dans des lieux désolés, impropres à la vie, extrêmes, parcourus de danger météorologiques inconnus, du sol, jusque dans le fond cosmos, du fond des océans, entre les astéroïdes, le tout, sur des espaces d’exploration aussi vastes que le sont des systèmes solaires, et au delà, là où aucun homme n’est jamais allé.

Survivre, sur des planètes aléatoirement conçues à la volée, planètes comme autant de beautés fatales à surmonter, planètes qu’on explore, dont on surmonte les conditions, et qu’on quitte grâce à un vaisseau, toujours nouvelles, toujours différentes, le tout, sans rupture dans le gameplay, sans écran de chargement…

Des planètes à l’environnement procéduralement généré à partir de variables extrêmement nombreuses et complexes qui vont de la couleur du simple grain de sable à la réfraction des ondes électromagnétiques dans la stratosphère en passant par toute la faune la flore, le biotope… avec une faune ou une flore aux réactions inconnues, imprévisibles, et des phénomènes environnementaux variables.

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Faut se tirer

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Reliefs étranges, parfois improbables, avec des cavernes et des grottes souterraines où l’on s’abrite temporairement des conditions climatiques les plus extrêmes, pour découvrir qu’elles s’élaborent en galeries interminables, en véritables labyrinthes géants où l’on se perd inéluctablement, pendant des heures, alors que les ressources qui maintiennent la combinaison de survie du joueur manquent de plus en plus.

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Le joueur est doté d’un jetpack, qui lui permet de survoler pendant quelques secondes des zones au relief extrême, mais gravité oblige, ce jetpack dispose d’un mode de dépense énergétique trop rapide par rapport à sa vitesse de rechargement : le joueur retombe vite inéluctablement au sol, dans une crevasse, en se blessant s’il n’y prend pas garde.

Mers, océans où des espèces spécifiques évoluent, où le joueur coule rapidement à cause du poids de sa combinaison, et cherche rapidement un rivage pour y remonter et retrouver son souffle, et pour échapper à quelques prédateurs évoluant entre deux eaux.

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Espèces végétales elles-aussi aléatoirement générées, espèces animales, générées aléatoirement, par combinaison morphologiques, et même, traces de vie plus évoluée, de civilisations technologiquement avancées, premièrement sous la forme de temples mystiques en ruines, puis, sous forme de drones sentinelles, effectuant une sorte de police écologique, qui s’inquiètent au moindre signe d’activité qui sort des cycles naturels. Enfin, ces formes de vie évoluées se manifestent sous forme de «bâtiments», parfois abandonnés, parfois occupés par des créatures résidentes, statiques, assises sur leurs chaises, et qui y sont bien abritées.

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Ces bâtiments sont autant d’abris en cas de tempêtes que de lieux formant l’occasion d’augmenter son équipement. Les unités de recherche scientifique, vous apportent des plans pour augmenter la technologie embarquée, des laboratoires biologiques accroissent votre connaissance de l’environnement…, ces modules sont pour la plupart abandonnés, leur petite taille prouve que leur construction n’obéit pas à un objectif colonisateur, toute perspective d’implantation de masse est exclue, ces modules habitables sont comme ces petites bâtisses paumées, situés au bord d’une route traversant le désert.

Du coup le titre du jeu semble à priori bien vu : comment s’en sortir dans ces bleds tous plus paumés les uns que les autres ?

Avec un peu de sens de l’exploration, on découvre même, au sein de modules habitables cachés dans la nature, des marchands, bien vivants, qui font de l’import export, attendent le voyageur d’occasion, au détour d’une colline ou grâce à un scanner qu’on a réussi à réparer. Mais disons que ces petits coins sont comme des ilots minuscules, plantés dans un environnement géant et hasardeux.

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Car oui, alors que le joueur pensait être seul dans un No Man’s Land, il découvre vite que la planète où il s’est crashé abrite des membres de civilisations spatiales évoluées. Il n’est pas seul, loin de là. Mais le problème : c’est que ces satanés aliens, bien tranquilles, ne savent que commercer, et surtout, ils ne comprennent rien à rien, tout comme vous d’ailleurs, n’entendez absolument rien à leur langage.

A vrai dire, ces créatures sont bizarres, elles sont seules, elles devraient au moins vouloir se barrer mais non : elles restent statiques, à attendre, dans le vide social total, au milieu de rien, mais diable : attendre quoi ?

En tout cas, attendre : pas pour le joueur, qui n’a qu’un objectif : se tirer de là.

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No Man Sky, c’est un système solaire composé de planètes rocheuses, solides, elles-mêmes situées dans des zones habitables, à la bonne distance des radiations solaires, suffisamment pour permettre l’existence d’eau liquide à la surface. Planètes au relief partiellement destructible, et composées de ressources, qui finissent une fois qu’on les a extraites avec un outil de rayon d’extraction ( capable de déstructuration moléculaire), en substrat compacté dans le sac à dos du joueur. Sous cette forme, ces éléments resservent de composants énergétiques, pour alimenter en énergie la biologie du corps, ou alors, pour alimenter la combinaison de survie elle-même, ou enfin, pour réparer, et augmenter le vaisseau, la combinaison, l’outil d’extraction lui-même.

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Opération ultime, vous pourrez même justement, marchander vos ressources avec les marchands d’occasion. Qui nous semblent presque pathétiques dans leur petite cabane isolée. On les regarde avec un peu de pitié, en se demandant : qu’est-ce qu’ils foutent là ? En en se disant en soi : « moi : jamais j’en arriverai là, à rester dans ce bled paumé».

No Man’s Sky 1.24 c’est un jeu où vous ne subissez pas le destin minable du vendeur d’occasion, où vous décollez, grâce à votre vaisseau réparé, et où vous observez soudain le monde de haut, ce monde qui vous retenait et d’où vous vous sortez, en quelques impulsions libératrices, rendues par le moteur du vaisseau, et surtout, par le moteur graphique. Vous laissez derrière vous la petitesse, l’étroitesse, l’esprit étriqué, de ce vendeur d’occasion.

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No Man’s Sky, c’est aussi, dans l’espace interplanétaire, des nuages d’astéroïdes géants, impressionnants, circulant rapidement et au sein desquels un vaisseau aura énormément de peine à piloter en ligne droite sans intervenir où y créer son chemin par la force du canon à photons. Ce sont des vaisseaux pirates qui comme des parasites, vous attaquent et vous harcèlent pour vous détruire et vous piquer votre cargaison péniblement acquise à coup d’un labeur de mineur éreintant sur un satellite voisin.

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No Man’s Sky, ce sont des stations de l’espace, sortes de refuges géants, presque aussi gros que des petites lunes, où l’on pratique majoritairement du deal, soit directement sur le pont d’arrivage des vaisseaux divers et variés qui passent et accostent, soit au sein d’un petit salon où quelques énergumènes assis sur une chaise vous attendent, pour vous proposer : de vendre et d’acheter leur camelote. En particulier, les éléments constituant un moteur d’hyper espace vous permettant d’atteindre le système stellaire voisin.

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Car en fait : il faut se tirer de là, de cet espèce de système, vide, où il n’y a personne, ce trou paumé où il ne se passe rien, vers la vraie civilisation, peut-être située ailleurs, plus au centre de la galaxie ?

Alors, vous consentez à avoir affaire à ces marchands et créatures au visage étrange, et aux borborygmes incompréhensibles, mais uniquement dans le but de vous barrer, car c’est bien entendu, que ces gens sont petits à rester assis, toute l’année quand l’infinie immensité de l’univers est à portée.

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No Man’s Sky, c’est une galaxie de trillions de systèmes solaires, tous visitables, et visités par une plusieurs des 4 races et espèces de créatures très évoluées qui y prédominent. Ces races sont technologiquement hyper avancées, assez typées, elles parlent chacune leur propre langage, que vous ignorez complètement, mais que vous pourrez finir par comprendre, plus ou moins partiellement. Ces races vous guideront plus ou moins volontairement à travers leurs affaires, vers l’acquisition de technologies de voyage interplanétaire, par propulsion hyper-espace, et même, par système de trous de vers créés par des singularités gravitationnelles.

Si la vie dans un mouchoir de poche vous rend paranoïaque, la grisante accélération du moteur à hyper-propulsion vous libérera après un compte à rebours inoubliable.

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Le jeu vous offre en prime de vivre concrètement ce que à quoi d’autres n’accèdent seulement qu’en carte postale : un safari à travers toute la galaxie, où chaque halte entre deux sauts à la vitesse de la lumière, offre à votre vue des paysages luxuriants et variés ou des formes de vie inconnues jusque là défilent devant vous.

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Contemplons

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Durant ces phases d’exploration, le rythme du jeu par défaut, n’est pas frénétique, stressant, tendu, ou effrayant, il est tout à l’opposé, calme et relaxant, lent et contemplatif, on se surprend à regarder le paysage et le terrain, intrigué par les formes de vie improbables que le moteur graphique est capable de générer, plus qu’à chercher à « entrer dans l’action ». Le jeu nous plonge dans des environnements différents et l’atterrissage dévoile assez souvent un paysage de « carte postale » surréaliste, avec en priorité, un scanner spécial qui nous permet de détecter des nouvelles formes de vie et un menu qui permet de « donner un nom » à ces formes de vie, avant de publier ce nom en ligne pour la postérité.

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No Man’s Sky 1.24 est sur le papier un jeu de survie/exploration mais les premières expériences que vous aurez au sein du premier système stellaire, ne mettront pas votre instinct de survie à rude épreuve : les animaux ne sont pas agressifs, la faune et la flore sont abondantes, la température ambiante est modérée, les sentinelles policières ne sont pas tatillonnes, le relief est doux, bref : l’aspect survie arrive bien tard, il semble vraiment secondaire, et à la limite, on a même l’intuition que les développeurs s’en sont préoccupés faiblement, du jeu de survie.

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Un  menu plus adapté à la contemplation…

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D’ailleurs, il faut le dire, les actions à effectuer dans No Man’s Sky 1.24 et qui vous permettent de progresser, passent majoritairement par l’usage d’un menu qui est techniquement clair mais très peu ergonomique, car il ne dispose pas de raccourcis : on ne peut imaginer se servir de ce menu pour les éventuelles phases d’action que proposerait le jeu. L’absence de raccourcis pour l’administration de certaines ressources et leur attribution, et l’obligation de passer par un menu qui voile la perception de l’action au premier plan, prouve que le jeu s’est développé avant tout dans l’optique d’une expérience plus contemplative et passive qu’un défi pour la survie qui passerait par la notion de « rapidité d’action » et « rapidité de réaction ».

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… qu’à l’action

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Alors est-ce que No Man’s Sky est au final un bon jeu de survie ou même, de tir ?

Pour un jeu de cette ambition galactique, disons que la réponse se doit d’être détaillée.

Ce périple qui consiste à s’extirper d’une planète pour voyager d’étoile en étoile, est jouable à partir du moment où les actions à effectuer dans chaque étape de cette progression rencontrent des véritables difficultés qui imposent des stratégies variées et à la complexité croissante pour les résoudre.

Alors on va dire que la première difficulté qu’on rencontre ne vient pas de l’environnement tel qu’il est représenté, d’obstacles qu’on trouve dans le monde virtuel tel qu’il est représenté, mais bien de l’ergonomie du menu dans No Man’s Sky. On cherche vainement où sont ces fichus raccourcis clavier pour recharger telle ou telle partie de la combinaison de survie : il faut se farcir une série de clics et slalomer, chercher, sans précision, en se retrouvant souvent coincé par les limites du sac à dos, qui ne peut pas transporter grand chose, alors que « l’environnement » exige qu’on emporte un paquet de types de choses pour progresser et construire de nouveaux items nécessaires… Et même le clic dans ce menu de gestion des ressources, est pensé pour une action hyper lente, une ballade, une promenade en dilettante : il faut maintenir le clic en attendant que le curseur ait le temps d’effectuer un symbole de cercle ayant accompli un tour complet sur lui-même, pour que le clic prenne effet !!! C’est le signe que No Man’s Sky n’est à l’origine pas un jeu d’action, c’est un jeu d’exploration contemplatif d’abord, et après éventuellement, un jeu de survie, si tant est qu’on puisse survivre à son menu.

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Pour meilleur exemple du problème de cette interface pas du tout pensée pour les phases d’action : faites vous attaquer par des pirates de l’espace. Dès que votre bouclier est endommagé, vous souhaitez le réparer ou le recharger. Vous devez passer par de nombreux clics avant d’arriver à recharger le bouclier, et tandis que vous le faites, les pirates continuent de vous agresser, au point parfois de réussir à vous buter.

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Quoi de neuf docteur ?

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Disons donc que si la phase survie est plutôt malaisée et faiblement développée, la phase d’interaction stratégique et de logique avec les espèces évoluée se résume à un commerce de ressources sur lequel l’univers est d’éccord, il faut donc se rabattre sur la phase exploration contemplative, ce qui somme toute semble bien le seul véritable but explicite du jeu : nous faire explorer une galaxie de 8 quintillions de planètes. Voilà, 8 quintillions, ça vous sortira de votre quotidien où vous voyagez en métro pour aller au boulot, sur quelques kilomètres par jour maximum en moyenne.

Et donc question légitime pour un jeu triple A vendu 60€ à sa sortie : les planètes sont-elles vraiment différentes les unes des autres ? En fait oui en surface et non dans le fond : les variations obtenues par le moteur du jeu sont réelles, elles suscitent une espèce de petite curiosité, mais elles restent quand même superficielles, donc la petite curiosité est vraie mais elle n’est pas non plus énorme.

C’est à dire : que toutes les planètes ne se ressemblent pas mais s’explorent de façon identique. Non pas qu’elles aient exactement les mêmes tailles, les mêmes reliefs, les mêmes couleurs, les mêmes plantes, les mêmes créatures, les mêmes marchandises, etc… Formellement, elles sont variées, mais en fait, ces variations formelles sont limitées, car toutes les planètes ont des « éléments types » qu’on retrouve fidèlement chacun à leur place à chaque nouvelle planète : elles ont des grottes avec des stalagmites des stalactites, des fleurs lumineuses, des cristaux. Elles ont toutes des plantes qui sont utiles au décollage de votre vaisseau et qui ont la même forme, la même couleur. Elles ont toutes des pierres avec du fer et des types de rochers et de rocs similaires. Elles ont des espèces d’avant postes scientifiques ou commerciaux qui disposent exactement de la même architecture, de la même stylisation… le tout étant similaire, au bout de la quatrième planète, l’exploration – qui pourtant est l’une des composantes fondatrices du jeu –  laisse place à l’installation d’une espèce de répétitivité, et d’ennui. Car vu que les planètes sont composées des mêmes choses dont l’apparence varie légèrement sans que cette variation ne change vraiment la façon de traverser cet environnement, l’expérience de découverte contemplative, et in extenso, de survie, vécue sur la quatrième planète, ressemble beaucoup trop à celle de la première, et ainsi de suite. On éprouve donc un mélange de petite curiosité tenace sur fond d’ennui.

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Et pourquoi pas faire partie d’une galaxie d’ermites individualistes ?

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En ce qui concerne l’expérience contemplative visuelle que nous propose le jeu, il est étonnant de constater que si chaque planète est quelque part habitée, voire occupée, elle l’est non pas sous forme de villes élaborées, mais sous forme de petites unités de laboratoire, ou de petites unités coloniales commerciales : aucune « ville » digne de ce nom n’est à signaler.

On a donc des vaisseaux de l’espace, des stations spatiales immenses, mais aucune ville de plus de 5 habitants… Un peu comme si dans un futur lointain, l’individu doté d’un vaisseau de l’espace avait coupé les ponts avec toute forme d’organisation sociale citadine, et pouvait se choisir non pas une maison à soi au sein d’une ville de plusieurs milliers d’habitants, mais carrément, une « planète à soi », avec des océans, ses déserts, sa végétation… et pas de voisins à des milliers de kilomètres à la ronde.

Comme si l’avenir était un avenir individualiste au point où l’individu isolé est propriétaire d’une planète, comme on est propriétaire d’un jardin. Mais disons que l’absence totale de villes dans cet univers, conjointement à l’existence de véritables civilisations et sociétés structurées dotées de technologies ultra avancées, n’est pas très cohérent.

Cette absence totale de « bain social », dans un monde aussi hanté par l’existence de civilisations avancées, démontre que les développeurs ont soit poussé le Paradoxe de Fermi dans ses derniers retranchements en imaginant que les aliens sont plus individualistes, et ne se sont implantés sur les autres planètes qu’individuellement, raison pour laquelle on n’en voit qu’en nombre très isolés…, soit qu’ils n’ont pas intégré dans leur jeu l’idée de la « génération procédurale » de villes – ce qui est décevant, car générer procéduralement des villes est justement possible, cela a d’ailleurs été déjà fait.

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Gravity

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Mais surtout et avant tout le reste, le comble dans cette jolie contemplation stellaire est qu’en l’état actuel où le jeu est développé, (car les développeurs conscient des lacunes du jeu à la sortie, n’ont de cesse de proposer des patchs d’amélioration depios) le moteur graphique ne gère pas correctement la notion de « gravité » et ignore royalement les règles les plus basiques la régissant, non seulement dans le ciel, mais aussi, majoritairement, au sol.

En effet : le jeu vous abandonne au départ, sur une planète rocheuse bonne à contempler et à prendre en appareil photo, flanquée de lunes/satellites/planètes jumelles. Ces lunes ou planètes sont certes belles, mais, parfois si immenses, tellement gigantesques, vues du sol, du moins, elles sont situées si près de leur planète principale, qu’ils devrait tous soit entrer en collision, soit se désintégrer, broyés par les champs gravitationnels, soit voyager en orbite autour mais à une vitesse phénoménale pour éviter la collision entrainant des phénomènes de marées délirants… et bizarrement rien de tout cela n’arrive.

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Vous découvrez stupéfaits, en levant la tête dans les premières secondes du jeu lorsqu’il commence, que ces planètes voisines, petites ou grosses, ne se déplacent pas dans l’espace, n’orbitent autour de rien, et n’effectuent d’ailleurs aucune véritable rotation sur elles-mêmes. Alors qu’au sol on voit bien que les étoiles bougent au dessus des nuages, lesquels bougent aussi selon le sens du vent, alors que la luminosité ambiante au sol respecte un cycle jour/nuit apparent, les planètes, elles, pourtant plus proches, et bien visibles entre les nuages, sont inexplicablement « statiques ».

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Il en va de même pour le soleil, qui reste lui-même statique lorsqu’il est visible au delà de la couche de nuages, alors que les étoiles de la voute du fond, elles bougent… Aussi stupéfiant que cela puisse paraître, le moteur de jeu de No Man’s Sky ne sait ni gérer la moindre rotation planétaire, ni la moindre orbite, en cercle, ou en ellipse… On aurait pu s’attendre de la part de développeurs attachés à reproduire une galaxie dans un jeu d’exploration, qu’ils intègrent au minimum la rotation des planètes sur leur axe, et leur rotation au moins circulaire autour d’un soleil… Mais non : la représentation céleste frise celle qu’on peut développer au sein des cercles de la théorie de la terre plate, où la « voute céleste bouge », mais où « la terre ne ne tourne pas » car elle est comme le nombril des partisans de cette théorie : au centre de tout. Moralité, le cycle jour-nuit est déconnecté de la position du soleil. On a donc une nuit stellaire, c’est à dire un ciel sombre, même illuminé par un plein soleil, et un « jour stellaire » mais, sans soleil dans le ciel pour expliquer l’existence du jour… Jours et nuits finalement se produisent mais ne s’expliquent pas, puisque les corps célestes ne bougent pas, n’orbitent pas, et n’entrent jamais en rotation sur leur axe.

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Autre problème, pour le moment, au sein du moteur graphique : alors que leur taille est pourtant variable, la pesanteur associée à ces corps célestes, devrait au moins s’adapter, à l’instar de ce qui se produit sur la lune : où les humains découvrent qu’ils peuvent faire des bonds plus haut avec la même force musculaire. Dans No Man’s Sky, rien de tout cela n’arrive, une planète rocheuse géante vous offre la même expérience de pesanteur qu’une planète dix fois moins importante, et la course à pied, la fatigue associée, la durée de vie d’une impulsion de jet pack et la puissance du jet pack nécessaire à un bond, n’auront pas varié d’un iota d’une planète à l’autre : ça aurait été pourtant une donnée facile à programmer, mais non, pourquoi se fatiguer à programmer une différence de pesanteur dans l’univers, c’est si rare et tellement futile.

D’ailleurs, puisqu’on parle de gravité sur une planète géante, la majorité des planètes géantes en fait dispose souvent d’une gigantesque, abyssale, et vertigineuse épaisseur de couche atmosphérique, à l’instar de Jupiter.  On aura donc dans No Man’s Sky 8 quintillions de planètes, mais elles seraient toutes de type « rocheux », et aucune planète gazeuse. Ces quintillions de planètes sont absolument toutes situées dans « la zone habitable » de leur propre système stellaire, lui-même, composé d’une étoile de type naine jaune, arrivée à mi chemin dans sa vie d’étoile, et donc, toutes ces planètes disposent sans exception d’une température supportable moyennant quelques ajustements rendus par la combinaison du pilote : alors que la réalité aurait du présenter au joueur, au moins, une planète gazeuse radicalement inhabitable, une géante bleue, un soleil rouge, ou un soleil en fin de vie.

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Le jeu n’a pas intégré la naissance d’une étoile, ni par ailleurs, sa mort, sous la forme d’un effondrement gravitationnel, avec par exemple comme phénomène extrême, l’effondrement d’une étoile géante, provoquant une explosion de type supernovae et son reste : une « étoile à neutrons ». Pour le coup : la survie dans l’espace lorsqu’il est balayé par l’onde de choc d’une supernovae est intéressante.

Une étoile à neutrons, est un objet résiduel de 20 à 40 kilomètres seulement, mais qui pèse autant qu’un soleil et demie. C’est dire sa phénoménale densité.

On ne peut le survoler sans se retrouver rapidement pris dans son champ électromagnétique et gravitationnel ultime, déchiquetant pratiquement tout ce qui chute dedans, et compactant la matière à un tel niveau, qu’elle ne forme plus qu’une soupe de neutrons superfluides, et pourquoi, parce que la densité de la matière y est si forte que les autres particules élémentaires (protons et électrons) y fusionnent et n’ont plus de place pour y « exister ».

Ces étoiles à neutrons tournent rapidement sur elles-mêmes, et au sein de cette rotation, leur axe de rotation change rapidement en émettant des radiations pulsées le long des champs magnétiques immenses produits : ces pulsations forment comme des phénomènes similaires à des « phares », dans l’espace.

Mais l’on imagine bien qu’il ne ferait pas bon se retrouver dans la ligne de mire de ces rayons, à proximité de ce type d’étoile à neutron. Ni pris dans son champ gravitationnel non plus, ni d’ailleurs, balay par l’onde de choc de la supernova d’où cette étoile naît.

Ce type de corps céleste, qui n’est pas à confondre avec un trou noir, est pourtant fascinant et dangereux, et pourrait perturber la trajectoire des voyages interstellaires de l’univers de No Man’s Sky, ou constituer une zone difficile à franchir car imposant d’éviter les rayons de la mort produits par le pulsar.

On ne comprend premièrement pas pourquoi ce type de danger pourtant connu, n’a pas été exploité mieux que ça dans la phase « survie spatiale » du jeu. Cela va faire pratiquement un an que le jeu est sorti, et il faut bien reconnaître que 60€ pour un jeu de survie, qui nous fait voyager au sein d’un espace sans danger, c’est presque un scandale.

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Un monde à la base trop bien tempéré

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Mais parlons d’atmosphère sur les planètes du jeu : pour qu’on parle de survie, on doit avoir affaire à une météorologie extrême : températures trop froides, trop chaudes, radiations, ou atmosphère aux composants toxiques… les « biomes » peuvent être variés, mais le danger météo et environnemental en général, peinent pour l’instant à transparaître visuellement dans le rendu du moteur graphique. Je veux dire, que l’interface de la combinaison, explique qu’il fait froid ou chaud, la visière peut présenter quelques signes de condensation et quelques cristaux sous le froid, on pourrait voir des gouttelettes de pluie au sol, mais tout cela n’est pas si impressionnant.

L’atmosphère la plus extrême se résume trop souvent à des « relevés de température », et à un choix de jeu de couleurs plus bleu en cas de froid, ou plus ocre en cas de chaud. Est-ce bien tout ce que ce jeu sait représenter de plus ultime, en terme de danger environnemental critique ?

Un véritable jeu de survie, s’agrémente de vraies zones de brouillard, de tempêtes de sable, de phases de pluies torrentielles, de vraies tornades, de vrais orages électriques, de vrais phénomènes atmosphériques énormes, bien identifiables qu’il faut faire l’effort de programmer, visuellement. Aux abords de l’océan, et alors que des planètes géantes influent et créent des ras de marée d’ampleur titanesque, on n’a pas la moindre vague scélérate du même que celle issue du film Interstellar à se mettre sous la dent.

Et de même, où sont les sables mouvants, les trous de vers géants au sol, les puits dans lesquels on tombe et où l’on meurt, où sont les pièges de la nature ?

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Tous ces visuels incontournables en science fiction, sont-ils seulement véritablement possibles, au sein de ce moteur graphique qui n’intègre même pas la rotation des planètes autour de leur axe, et même, autour du soleil ? Car au lieu de ça, des conditions climatiques soit-disant extrêmes sont rendues que de façon trop souvent modérée, et quasi « informative » à travers la voix de l’intelligence artificielle, qui se contente de mentionner quelques indicateurs de température, et toujours avec cette petite musique de fond planante, totalement déphasée par rapport au stress que pourrait représenter une suffocation par manque d’oxygène, ou une irradiation…

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Programmer une vraie électrocution faisant suite à un choc de foudre tombé près du joueur, ou les impacts sur la visière formés par une méchante pluie de grêle, ou par une tempête de pierres déplacées par une colonne de tornade géante : tout cela donnerait une réalité à cette idée qu’un environnement extrême est dangereux pour la survie.

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Mais cela a-t-il seulement été envisagé dès le départ ?

Parlons de ce qui fait la condition de possibilité de l’apparition de la vie : l’eau à l’état liquide. L’eau dans No Man’s Sky, est souvent « statique », et « stagnante ». Alors elle est peut-être liquide, elle ne joue cependant pas son rôle, esthétiquement du moins, car elle n’a pas le charme qu’on attend d’elle. Et c’est tout le problème du rendu de l’eau dans No Man’s Sky : comme elle est majoritairement stagnante, on n’a pas de vagues au bord de l’océan, pas de ressac, pas de clapotis, pas de tempêtes maritimes, il n’y a pas de marées, ni ras de marée, ni lames de fond, bref même l’océan est souvent plat comme un lac.

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Même si l’on trouve des étendues d’eau, et des zones de glace en altitude, le moteur graphique de No Man’s Sky ne représente aucun torrent, aucune rivière en action, aucun fleuve dont la force pourrait vous faire dériver, aucun cours d’eau en mouvement tourbillonnant, lors de la fonte des glaces sur des altitudes plus basses, aucun « écoulement d’eau » capable de vous emporter (pour vous y noyer)  dans les entrailles de labyrinthes souterrains.

Le mouvement de l’eau, n’est pas bien représenté, avec ce que ça suppose : on trouve pourtant des canyons, mais, aucun phénomène de ruissellement, ce qui est contradictoire, car c’est bien le ruissellement qui rend possible certains reliefs. Alors qu’une majorité de jeux triple A vendus 60€ à leur sortie savent représenter quand même un cours d’eau dévalant une pente et modélisent la « force d’un courant » : No Man’s Sky 1.24 n’essaie même pas.

Parlons même des températures, la seule chose que  No Man’s Sky a daigné rendre extrême. Il y a des planètes de glace et des planètes chaudes. Mais sur les planètes tempérées, tout est tempéré, même les régions polaires, qui n’ont pas de calotte glaciaire!

On parle de la glace, mais, que dire du feu ? On trouve des environnements très arides, brulants le jour, parfois, et pourtant, on ne verra aucun mirage à l’horizon, aucune fumée naturelle qui sort d’une cheminée naturelle, aucun geyser, aucun volcan, aucun départ de feu de foret, rien de bien brulant n’est à se mettre sous la dent.

Hormis les explosions de matériel de sentinelles qui tombent au sol et fument : qu’est-ce qui brule vraiment sur les planètes dans cette galaxie ? Pourtant, il n’existe rien de plus terrifiant que le fait d’être piégé dans un feu de foret. Eh bien non, en faisant l’économie de cette situation, les développeurs privent le joueur d’une énième épreuve intéressante à traverser au cours de cette exploration.

Donc résumons, les planètes toutes telluriques, sont toutes ignifugées et quelque soit le relief, l’eau ne court jamais à leur surface. Le tonnerre et les arcs de foudre n’existent pas. Les tremblements de terre, n’existent pas, les éruptions volcaniques n’existent pas.

Cela ne signifie qu’une chose, c’est que les mondes procéduraux programmés, sont étudiés pour former des visions assez « agréables » d’une part, et très peu « menaçantes » d’autre part : et personne chez Hello Games n’a véritablement cherché à programmer toute la panoplie des dangers naturels qui normalement, attendent n’importe quel explorateur livré à lui-même au sein d’une nature atypique.

Le « mode survie » du jeu, n’a pas grand chose à se mettre sous la dent pour exister réellement. Certes, ce mode représente sur le papier un bien meilleur challenge que le mode de jeu standard, car vous vous retrouvez en effet à des kilomètres de votre vaisseau sur une planète très « difficile » au sens où les ressources nécessaires sont rares, la distance à parcourir vers votre vaisseau est plus importante, et vous ne connaissez pas le terrain, ne savez pas où chercher les bonnes plantes, et les bonnes ressources pour recharger votre combinaison, et vous mourrez plusieurs fois avant de vous en sortir in extremis. Mais franchement, accélérer une « course aux ressources » et faire l’économie de la flânerie, ça ne rend pas pour autant la pauvreté de la programmation des dangers environnementaux moins flagrante, ça ne rend pas le menu du jeu abominablement contre-indiqué.

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Car mon sentiment sur ce jeu de survie / exploration, est qu’il a historiquement été juste un jeu d’exploration contemplative de jolis paysages aux formes de vies diverses, sans aucun challenge sur la survie, et que l’aspect « survie » a tenté d’être sur-rajouté à la hâte sur le dessus, sous la contrainte d’un commercial lui-même frappé d’un coup de blues devant les faibles perspectives de vente offertes par le jeu tel qu’il se présentait au jour ou le calendrier du marketing prévoyait sa sortie.

Déprimé, ce commercial a donc élargit son marché, mais, sans aucune conviction, sur la fin. On a donc véritablement le sentiment que tout cela a été plus un exercice de marketing qu’un réel effort de développement.

Je suis en train de vous expliquer que ce jeu de survie dans un environnement hostile, dispose d’une mécanique de « danger environnemental » : tellement réduite à sa plus simple expression qu’elle ne peut pas avoir été sérieusement envisagée comme telle par les développeurs eux-mêmes.

L’environnement de No Man’s Sky, est pauvre en événements extrêmes, il n’a pas les moyens visuels de les évoquer, comme on l’a vu, et il n’a pas non plus les moyens ergonomiques d’aller sur l’action nécessaire pour y faire face dans l’urgence.

Car à quoi se résume le « mode de survie » proposé ? Au grand maximum, à accélérer le pas de marche, et à accélérer les actions de maintenance de l’équipement, le tout à travers un menu lourd, impraticable, sans raccourci clavier, qui n’a jamais été pensé pour ce mode de jeu du reste.

Comment ne pas s’apercevoir d’un écart énorme entre les promesses vidéoludiques du jeu, et le « produit fini » tel qu’il est remis au public : produit qui donc, au vu de l’incomplétude qui le caractérise, donne d’avantage le sentiment d’être plus un produit vendu en version alpha.

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Mauvaises pioches

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Alors il y a les planètes cartes postales, et algorithme tirant au sort tout et n’importe quoi, il y a les planètes inoubliables mais dans le mauvais sens du terme : des planètes avec rien, et rien pour les enjoliver.

Rien d’autre qu’une pauvre texture maronnasse, déclinée en deux ou trois nuances. Et le vide de tout. Et donc forcément, des planètes sans intérêt autre que celui de gâcher le peu de carburant qui a été nécessaire pour s’y rendre.

En ce qui concerne les mauvaises pioches de la genèse procédurale, le rendu du moteur graphique peut aboutir générer au sol des transitions de textures profondément moches, ratées, improbables.

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Quand les textures ne piquent pas les yeux, la progression à pied au sol est souvent assez bien faite, mais les prises de vues du ciel restent indignes, car le jeu gère mal la profondeur de champ, et le brouillard volumétrique, selon la distance. Il dispose d’un algorithme de réduction de polygones et de simplification des objets et terrains éloignés, atrocement mal optimisé. On découvre souvent par exemple, en survolant une planète, des pans entiers de relief et de couleurs qui se transforment, à des distances relativement proches sous nos yeux, et surtout, les textures plaquées au sol révèlent – vues du haut – leur caractère répétitif et stéréotypé.

Après plus de 9 mois de mise en service, de patchs plus énormes les uns que les autres, le jeu souffre toujours de défauts rhédibitoires pour le prix de vente… un meilleur algorithme créant de meilleures transitions intermédiaires entre vues du ciel et vues au sol planétaire, manque toujours à l’appel.

De même que la procédure randomisant les textures est capable du pire, on va croiser des créatures aux formes complètement grotesques. Car on trouve en effet des animaux variés. Tel qu’il se présente au jour où cet article est rédigé, l’algorithme principalement responsable du vivant dans le jeu, associe différentes morphologies et différents schèmes d’actions pour créer quelque chose de nouveau à chaque fois est probablement fascinant.

Mais au delà de cet exercice de génétique par randomisation, les hordes d’animaux créés n’ont vis à vis du relief, ou des autres éléments du décor, qu’un très faible rapport logique entre eux : les herbivores mangent-ils des plantes et lesquelles ? Les carnivores mangent-ils des herbivores et quand le verra-t-on clairement ? Vivent-ils le jour et dorment-ils la nuit, ou inversement ? Impossible à dire en regardant juste cinq minutes une prairie dans No Man’s Sky, mais gageons que la réponse est probablement que pratiquement rien dans l’errance animale aléatoire qu’on y voit, suit une véritable logique environnementale forte ni ne démontre une véritable intentionnalité intelligente.

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Pour meilleure preuve : en cas de tempête de froid, ou d’épreuve de chaleur, les créatures devraient rechercher abris dans les grottes et cavernes souterraines : on devrait même y trouver des bêtes géantes qui n’aiment pas y être dérangées : au lieu de cela, aucune caverne n’est vraiment habitée si ce n’est pas de petits crabes ridicules, ce qui est aberrant, puisque ceux-ci devraient hanter les côtes maritimes, et d’autre part un abris de ce type devrait au contraire former un lieu d’occupation instinctivement occupé par toute une faune qui lutte âprement pour les avantages que ça représente.

En outre : les animaux n’ont aucune stratégie sociale : ils errent au hasard, sur le terrain et agissent sans interaction les uns par rapport aux autres, ils n’ont aucune intelligence sociale, ne se regroupent pas s’ils sont des proies, ou n’attaquent pas en bande non plus s’ils sont des prédateurs… Les animaux dans No Man’s Sky, sont finalement dotés d’une intelligence animale fondée sur la fuite de tout et n’importe-quoi, ce qui relève d’une intelligence si minime qu’on se pose la question de savoir comment ils ont parfois pu simplement survivre… Et l’on ne parle pas de l’intelligence des créatures évoluées, qui ont évolué, en suivant un « instinct de survie commercial » lequel requiert visiblement une maturité d’huitre, et un quotient intellectuel qui avoisine la température anale.

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Dans l’espace personne ne vous entend ronfler

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Mais même au plan cosmique, le réalisme des dangers spatiaux fait défaut, toujours au profit de cette espèce de sieste ludique que les concepteurs affectionnent… Et au bout du compte, je trouve que le sommet est atteint avec la gestion des anneaux d’astéroïdes.

On rappelait plus haut qu’il n’y avait rien de plus dangereux que l’espace, car non, l’humanité n’est pas faite pour vivre dans l’espace. Et le premier danger qu’on y rencontre sont les astéroïdes. Et là on parle des « anneaux » d’astéroïdes : voilà enfin quelque chose qui donne du fil à retordre pendant les phases de transit à très haute vitesse, entre les planètes : il faut soit éviter, ou soit dégommer des astéroïdes… Et parce que les astéroïdes sont soumis à la gravité et aux lois de la pesanteur, ils pourraient au moins orbiter autour de l’étoile, soit autour d’une planète et donc former des anneaux de tailles variables : mais hélas, c’est comme pour le reste de ce qui devait orbiter : pas programmé. Rien n’orbite dans ce monde. C’est comme pour le reste du cycle jour-nuit fonction de la rotation des planètes par rapport au soleil : force est de constater que, dans la tête des développeurs tout ça n’a aucun rapport.

Donc No Man’s Sky ignore royalement l’organisation des astéroïdes en ceintures ou en anneaux,  autour des planètes, ou autour des étoiles :  les développeurs balancent donc ces champs d’astéroïdes géants et infinis n’importe où, sans jamais leur donner la moindre orbite.

En outre, on peut rentrer en collision avec des astéroïdes issus d’un champ assez dense, à faible vitesse, mais alors, à haute vitesse, allez savoir, alors que le risque d’impact est encore plus élevé : c’est là que le moteur d’hyper propulsion les évite automatiquement, et systématiquement, ce qui est tout bonnement incompréhensible : car le moteur d’hyper propulsion cesse pourtant de fonctionner automatiquement à l’entrée de l’atmosphère d’une planète, alors, pourquoi ne ralentit-il pas de la même façon aux abords d’un champ d’astéroïdes : vu que la menace de collision est tout autant réelle ?

Et puis, la présence de quelques planètes géantes pourrait rendre plus difficiles les manœuvres spatiales pour les éviter, de par le fait que la force d’attraction gravitationnelle influe sur quelques virages. Mais non. On traverse ces seuls obstacles dans un aller simple de 5 minutes, comme dans du beurre, en appuyant simplement sur le bouton de vol en hyper propulsion : et voilà comment transformer un danger majeur dans l’espace en : traversée facile, sans aucun enjeu, tellement morne dans son exécution qu’on se demande pourquoi les programmeurs n’ont pas pensé à nous mettre en cryo-stase, au lieu de nous faire attendre crispé sur un bouton, 5 minutes à 8 minutes, pendant d’interminables voyages en hyper- propulsion, sans aucun danger, même pas une petite anomalie, même pas une micro-météorite qui fait un trou, qui crée un danger : rien.

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Et si ce n’était que cela. Le problème : c’est que les développeurs n’ont pas plus de respect pour la gravité des étoiles, des planètes, qu’ils en ont pour les astéroïdes du milieu interplanétaire. Presque un an après la sortie du jeu et après deux mises à jour majeures de plusieurs gigas chacune, on constate que parmi ces millions d’astéroïdes stagnant juste deux kilomètres au dessus de l’atmosphère d’une planète, aucun ne tombera au sol, même si sa trajectoire est descendante et perpendiculaire à l’horizon et même si sa vitesse est en constante accélération : on n’aura même pas une étoile filante en résultat. Aucun boum, aucun tremblement, aucune explosion massive mettant la vie au sol en danger. Une chute d’astéroïde aurait pourtant été un magnifique moyen de gérer une dose d’adrénaline dans un rythme ludique devenu fainéant, histoire de challenger un joueur assis dans la contemplation béate de son joli monde. Mais non : foutu pour foutu, autant éviter de créer un moindre gameplay avec ça, on risquerait d’avoir à jouer à quelque-chose de précis.

Les développeurs n’auront visiblement pas daigné intégrer l’idée que la « gravité » pouvait entrainer la chute d’un seul de leurs milliers d’astéroïdes au sol.

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Pire : même au sol lui-même, malgré la présence du moteur physique intégré et préprogrammé (havok), la gestion de la gravité laisse aussi à désirer en ce qui concerne les « terrains destructibles ». En effet, la majeure partie de votre effort sur ces planètes consistera à extraire des ressources à l’aide d’un « rayon d’extraction » capable de désintégrer les roches de tout ce qu’il touche avant d’en aspirer la matière première une fois décomposée en simples molécules. Cet outil génial serait sur le papier capable de modeler un terrain de fait « destructible ». Et alors qu’on commence à créer de véritables trous dans des pans de montagnes, on découvre avec stupéfaction que l’on peut simplement détruire toute la base d’une colline, au point de passer par le dessous, sans que le haut de la colline qui pourtant ne s’appuie techniquement sur « rien », ne retombe et ne s’écroule dans le vide sous-jacent, écrasant complètement le joueur et le tuant par la même occasion.

Le haut d’une colline reste ainsi, figé en apesanteur, sur du vide. On trouvera des bouts de rocher en suspend dans l’air, sans que ça ne dérange les auteurs du jeu, et ne crée le moindre risque environnemental pour le joueur.

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On en arrive à cette conclusion, que le moteur graphique du jeu en plus de se cantonner à la représentation de phénomènes assez tempérés, ne gère pas correctement tout ce qui touche à la gravité, à aucun niveau dans l’univers, et c’est simplement une terrible lacune au sein de cette « simulation » de survie cosmique qu’est No Man’s Sky.

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Interstellar

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Maintenant, parlons des étoiles, car, des étoiles, il y en a quand même un paquet dans No Man’s Sky. Vu qu’on l’a déjà abordé plus haut, passons rapidement sur cette aberration qui consiste à se dire que, quelque soit le moment du cycle jour-nuit, on ne voit du sol le soleil que si et seulement si l’on est « du bon côté de la planète », soit le côté qui est et restera toujours illuminé par un soleil lui-même statique, même pendant la phase de « nuit ».

Pourtant de par son cycle jour-nuit, la planète est supposée tourner sur elle-même et donc cette étoile devrait apparaitre d’elle-même à travers des levers et couchers de soleils, sans que l’on soit obligé de se déplacer autour de la planète pour générer cette vision.

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Autant vous le dire, se rapprocher d’un soleil étant extrêmement dangereux, les concepteurs du jeu ont tout fait pour que ça ne vous arrive jamais, et ce, même si vous restez une après-midi en hyper-propulsion, en ciblant en ligne droite l’étoile du système que vous explorez. Jamais vous ne le verrez grossir au point de remplir la surface de l’écran, jamais votre vaisseau ne donnera des signes de surchauffe,  jamais le jeu ne vous évoquera le moindre danger à foncer vers un soleil.

En fonçant droit vers une étoile, dans No Man’s Sky  : vous ne risquez rien.

Parlons maintenant de l’illumination du ciel interstellaire, par ces étoiles. Dès l’introduction du jeu, le joueur est introduit dans une galaxie composée de milliers, de millions, de milliards d’étoiles dont toutes les planètes sont explorables.

Cependant, il y juste un problème, ces milliards d’étoiles formant des systèmes explorables qui composent cette jolie galaxie sont bizarrement, absolument toutes des étoiles du même type, c’est à dire, du type « naines jaunes » (comme notre soleil), qui rayonnent toutes suivant la même couleur (jaune presque blanc). Mais, en plus, elles ont exactement la même intensité, ce qui nous laisse croire qu’elles ont toutes exactement la même taille, et exactement le même âge.

Pas de naines brunes, pas de naines rouges, pas de géantes rouges, pas de géantes bleues, pas de naines blanches, pas d’étoiles à neutrons. Les jolies couleurs psychédéliques qui parcourent le ciel galactique, ne viennent donc que de la traversée des rayons stellaires dans les nuages de poussières et de gaz spécifiques qui composent l’espace galactique.

Pourtant grâce aux observations des télescopes depuis plusieurs décennies, on s’est rendu compte qu’il existe des étoiles qui fonctionnent « en binômes », à savoir, des étoiles binaires, qui dansent avec un partenaire stellaire, parfois de forme ou d’âge différent.

Et depuis qu’on a commencé à véritablement observer les galaxies, au télescope, on s’est aperçus que ces étoiles doubles, ces binômes étaient très, très fréquentes. C’est la raison pour laquelle, dans Star Wars et à peu près tous les dérivés de science fiction qui suivent, on représente des visuels de couchers de soleils doubles, à l’instar de la vision culte du « coucher de soleil double sur Tatooine« .

Et pourquoi diantre dans ce jeu il ne pourra pas y avoir ce genre de visuel ?

Parce que pour sûr, No Man’s Sky, est une expérience unique, l’expérience d’un joli voyage au sein d’une galaxie, programmé par des développeurs qui n’y connaissent rien, en astronomie.

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On se surprend donc à quitter une planète, et à regarder vers l’étoile principale du système, pour découvrir que les développeurs n’ont finalement, jamais développé de « génération procédurale » pour des « étoiles différentiées » les unes des autres, et ce même superficiellement, ce qui transforme toute la partie « hyper-espace » interstellaire, en espace de déception vidéo ludique dont l’ampleur cosmique a rarement été atteinte dans l’univers du jeu vidéo.

Car qu’est-ce qu’on pourrait vouloir découvrir d’autres que des planètes telluriques en se rendant vers une nouvelle étoile ?! Si ce n’est justement, une nouvelle étoile différente dans sa présentation et sa forme, et dans ses effets, que la précédente ?!

La déception est cruelle, car finalement, tout cet effort consistant en plusieurs heures de crafting, pour construire un moteur à hyper-espace et explorer d’autres systèmes étoilés lointains, est plus que vain.

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Et tout cela, nous en dit long sur la culture scientifique des développeurs, qui n’ont semble-t-il pas daigné lire le moindre livre d’astronomie moderne, ou alors, qui se sont comme on pourrait presque le penser, arrêtés aux théories de la terre plate.

Il est vraiment dommage que le gameplay ait été autant saboté par ce type d’ignorance scientifique, car beaucoup de paramètres à la fois graphiques mais mais aussi de jouabilité, auraient pu être exploités par la simple prise en compte du minimum vital en terme de réalisme.

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De la langue étrangère à la langue de bois

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Alors que dans le jeu, tout semble avoir été aléatoirement et procéduralement généré, il semble quand même que le scénario, n’ait lui-même pas pu faire l’objet du même traitement…

En effet, si No Man’s Sky, est 9 mois après sa sortie officielle, un tour de force technologique, qui consiste à créer « à la volée », un bac à sable titanesque aux dimensions stellaires, de cinq ou six planètes rocheuses détaillées, qu’on survole, qu’on quitte, qu’on explore jusqu’aux entrailles…, c’est paradoxalement, un monde où la dimension historique et politique est proportionnellement aussi plate que le monde à explorer lui-même est lui-même incroyablement vaste.

Car lorsqu’on parle d’une dimension historique et politique, on parle de conflits, on parle de tension, on parle d’équilibre des forces, on parle de projets, on parle de mystères, mais aussi, d’amour, on parle de séparation, on parle d’un monde qui raconte des histoires, on parle de personnages auxquels on s’attache et que l’histoire nous enlève, on parle d’un héros qui s’inscrit dans cette histoire.

Et c’est là, que rien ne va plus : alors que la cadre et les paramètres esthétiques et visuels du jeu sont là, présents, pour servir de support à une histoire à raconter, ce cadre se révèle comme étant une très belle coque vide : dès que le vaisseau parvient enfin à décoller, c’est l’histoire qui ne décolle pas.

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Dans les premières heures de jeu, un artifice vient masquer cette absence de trame historique : la barrière de la langue étrangère. En effet, les fameuses races extra-planétaires qui vous abordent dans leurs unités au sol, parlent dans un dialecte incompréhensible, dont les mots vous sont au hasard de vos explorations, transmis télépathiquement par des « pierres » ou « monuments de savoir », mais à doses homéopathiques.

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Donc la lenteur de la traduction retarde le moment fatidique : où vous comprenez une fois les mots principaux traduits, que ces habitants galactiques, n’ont rien à dire, ils n’ont en fait, rien à raconter, ils n’ont pas de but élaboré.

D’ailleurs, vous-mêmes qui incarnez le héros, on ne sait rien de vous. De qui vous attend, de qui vous avez quitté, de qui vous êtes, d’où vous venez. Et ça écorcherai la main des concepteurs de taper au clavier un texte de trois lignes, pour donner ne serait-ce qu’une once de background historique au joueur lui-même ?

L’histoire du jeu ? Elle ne vient pas, pire, elle n’existe pas. Le but des créatures qui voyagent dans cette galaxie de plusieurs quintillions de planètes ? Visiblement, similaire au vôtre : survivre, collecter des ressources pour voyager dans un autre lieu où collecter des ressources, pour survivre, et voyager. Et voyager vers où ? Vers d’autres systèmes, pour aller y échanger quoi, des ressources. Et au delà ? Jusqu’au centre de ladite galaxie. Qu’y a-t-il là, qu’on ne trouverait pas à la périphérie ? On le sait depuis qu’un joueur à peu près cinglé a entrepris d’aller au bout de cette répétition obsédante d’explorations de systèmes figés comme sur une carte postale : un portail vers une autre galaxie, laquelle est semble-t-il bonne à explorer, exactement comme on aura exploré la précédente. Et pour y faire quoi ? Pardi, du commerce intergalactique !

La « motivation » de ces mondes est pauvrement développée, et catastrophiquement plate. On peut qualifier la vie de cette galaxie et dans cet univers, comme une pulsion à courir après des ressources pour « survivre » et commercer, sans avoir rien à dire. Il ne s’agit finalement dans ces systèmes solaires, que de monde focalisés sur des mécaniques de production de ressources, et de consommation nécessaires, mécaniques fermées sur elles-mêmes, sans perspectives, sans mystère. No Man’s Sky nous propose une galaxie qui comporte huit quintillion d’âmes, souvent isolées, seules dans leurs boutiques commerciales échangeant la seule valeur qui compte : le moyen de survivre, ou de s’alimenter. Ces pauvres âmes, à la limite ne se désolent même pas de leur manque de perspective. Disons que No Man’s Sky pour l’instant, est un monde où le principal challenge, c’est de trouver un sens à sa propre survie. Car à quoi bon survivre dans un monde où l’on doit survivre… pour visiblement survivre ?

Un peu comme un zombie, le joueur de No Man’s Sky avance pour se nourrir, et se nourrit pour avancer… Mais, tout le cycle qui consiste à collecter ses ressources nécessaires,  pour quitter la planète, avant de voyager dans le vide interplanétaire, n’aboutit à rien d’autre qu’à un nécessaire atterrissage, et sur quoi : sur une autre planète où l’attendent de nouvelles ressources, à extraire de la même façon que sur la précédente, ou a minima, sur un objet satellitaire naturel voire artificiel, lequel n’a d’ailleurs rien de mieux à proposer qu’une aire commerciale où l’on échange : des ressources.

Le système solaire, finalement, n’est qu’un immense terrain de prospection, d’extraction, et d’espace de production, d’achat vente, et de consommation de ressources. Le joueur passe des jours et des jours, à gratter le sol avec son espèce d’outil minier et à extraire des quantités plus ou moins importantes de matière première utile à la fabrication de modules permettant de voyage plus vite, plus loin, de creuser plus profond, plus vite, bref, d’être un zombie de l’espace : qui avance plus pour manger plus et mange plus pour pouvoir : avancer plus.

Si le concept de survivre et explorer des environnements étranges est en soi extrêmement stimulant, on ne peut que s’interroger une fois passé quelques heures sur un jeu qui développe derrière l’artifice de la langue étrangère, une langue de bois scénaristique, pour manquer complètement la phase de développement d’un scénario.

La technologie de génération de planètes « procédurale » est brillante, astucieuse, prometteuse. Mais suffit-t-elle à elle-seule ?

J’ai pour référence sur cette question, le souvenir de certains jeux qui pouvaient se contenter de ne pas avoir d’histoire : un certain DooM Classic, par exemple, se contente de sa propre jouabilité : la mécanique redoutable du premier et ultime FPS qu’est DooM Classic, fait qu’on ignore qui est le DooM Guy, quelles sont ses motivations, pourquoi il aime tuer des démons. Le Doom Guy n’a pas d’histoire. Avec le Doom Guy,  il n’y a pas de pourquoi, l’action brutale et éprouvante que constitue le « jeu de tir à la première personne » est omniprésente, le joueur est challengé à chaque sas qui s’ouvre, à chaque coin de porte, et se contente juste de se sortir du labyrinthe où des hordes de démons l’attendent au tournant.

Donc fort de cet exemple, on pourrait se dire, partant de là, que ce jeu de survie/exploration qu’est No Man’s Sky, pourrait se contenter de son propre gameplay pour se payer le luxe de ne pas avoir d’histoire…

Mais après ce qu’on a dit sur la nature même de l’expérience proposée, à savoir des heures de ballades contemplatives, il est impossible que ce miracle se reproduise ici…

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Car est-ce qu’on peut dire que No Man’s Sky dans sa dimension « jeu de tir » à la première personne, offre des phases de tension similaires à DooM, et qui suscitent autant l’instinct de survie du joueur ?

A vrai dire, la menace environnementale est pourtant bien présente, mais la façon de la gérer, n’a rien de bien excitant ou d’instinctif. On se protège des menaces environnementale de la même façon, dans une sorte d’acte de « gestion » qui passe par le menu de l’interface. C’est en gestionnaire d’un stock de ressources que vous venez à bout du challenge que vous propose telle ou telle planète. Votre niveau de protection aux radiations est bas ? L’exploit, c’est aller slalomer dans les items de votre menu interactif, pour alimenter votre combinaison avec le bon composant, collecté au préalable avec votre outil d’extraction. Voilà. Une fois le niveau de danger soporifique passé, vous fermez votre menu et reprenez votre appareil photo pour rester en mode contemplatif. Enfin pas trop longtemps, il faut trouver de la rocaille à casser et à collecter pour alimenter la combinaison si vos niveaux de survie sont bas. Voilà le sport.

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La bande son heavy metal des années 80 qu’on trouve dans DooM, a été écartée au profit d’un magnifique chef d’œuvre d’électro post rock planante, qui ne suscite absolument aucun stress, aucun malaise, aucune inquiétude, aucune autre motivation que celle qui consiste à regarder, à se balader, à rester en mode contemplatif. On en vient à énoncer un paradoxe : le jeu semble fondamentalement conçu pour un marché de niche qui se contente de flâner et de crafter, et est présenté par le service marketing comme « jeu de survie » alors que tout l’emballage visuel, technique, et auditif qu’il offre, ne challenge pas le joueur, ne suscite en lui, aucun autre instinct de survie que celui de se promener en touriste, de subsister entre deux regards admiratifs envers un paysage psychédélique, et de faire des photos de safari.

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La planète sur laquelle vous vous crashez est probablement étrangère à vos sens, avec un ciel d’une couleur inconnue, avec un relief étrange, avec une végétation qui – si elle existe – est étrange, avec des espèces animales tout aussi bizarres, rien ne vous est familier. En outre, l’atmosphère étant toxique, les radiations solaires étant plus ou moins bien filtrés en amont de la couche atmosphérique, vous êtes condamné à user de votre combinaison pour évoluer à la surface de cette planète, avec l’espoir d’y trouver et de pouvoir y collecter les nécessaires ressources en carbone, puis en matériaux spéciaux, qui permettrait la maintenance de la combinaison et la réparation de votre vaisseau.

Mais pour que tout cela soit intéressant et se passe d’histoire, il faudrait que les ennemis soient au moins, plus menaçants, plus intelligents, plus coriaces, plus imprévisibles, plus implacables.

A défaut d’une intelligence artificielle suffisante dans le jeu de tir, il faudrait que vous éprouviez quelque chose vous-mêmes, qu’une créature s’attache à vous et que vous vous attachiez à elle. Et qu’avez-vous pour générer ces craintes et ces attachements ?

Les quelques créatures qui vous agressent la première fois sont des sortes de plantes scorpion, statiques, parce que vous avez la malchance de marcher dessus… mais rien de létal… puis, à la suite, des espèces de crabes nerveux vous agressent, crabes qu’on peut soit trop facilement tuer, ou soit facilement fuir. On se retrouve pourtant souvent piégés dans des cavernes souterraines labyrinthiques : et y a-t-il un méchant monstre au cœur du labyrinthe… Même pas. On est loin, très loin de l’implacable xénomorphe d’un Alien Isolation.

Il en va de même pour les sentinelles, une simple course en sprint et elles vous lâchent les baskets, quoi que vous ayez fait selon le code de bonne conduite qu’elles essaient de faire respecter. Quant aux créatures évoluées et vraiment hostiles : elles n’existent pas au sol. Pourquoi ? Elles ont le cul vissé sur une chaise clouée au sol, et l’âme du commerce.

On pourrait croire que le jeu de tir au sol a faiblement été développé au profit du dogfight une fois le vaisseau lancé à pleine vitesse dans le cosmos, pourchassé par les agressions pirates. Hélas, ces agressions ne vous conduisent pas à des prouesses sur le plan des manœuvres en vol : elles vous conduisent à aller rapidement chercher dans votre menu de quoi renforcer votre blindage.

Et voilà : le reste de l’affection ou de l’hostilité que vous rencontrez, c’est la température, la radiation, et chaque type de problème a sa petite solution de gestion dans le menu : il suffit de recharger dans le menu la combinaison ou le blindage du vaisseau, avec une réserve de ressource collectée.

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Avez vous déjà frémi à l’idée de réussir à choisir un item dans un menu ? Si oui : précipitez-vous sur No Man’s Sky, ce jeu de survie avec des phases de jeu de tir, est fait pour vous.

Et l’intelligence artificielle des créatures peut-elle améliorer les phases de tir, et même, compenser le manque d’histoire ?

Vu l’intelligence des ennemis, leur tirer dessus n’a aucun intérêt, ça vaut pour la sentinelle au sol et aussi pour les pirates du ciel, pas plus futés que les sentinelles, à la différence prêt que les pirates du ciel peuvent vous tuer, non pas parce qu’ils sont plus agiles que vous, mais parce que vous devez recharger votre bouclier déflecteur au sein d’un menu abominablement lourdingue, tandis qu’ils vous canardent tranquillement, ce qui est soit dit en passant une façon de mourir inévitablement stupide.

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Qu’est-ce qui reste ?

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Si vous n’êtes ni satisfaits du rendu des systèmes stellaires par le moteur limité, ni satisfait par la découverte de mondes trop peu hostiles, ni véritablement challengé par les créatures, ou par les phases d’action, ni convaincu par les phases de jeu de tir, et si la gestion des risques environnementaux n’a rien de complexe ni rien de passionnant, que reste-t-il  ?

L’exploration suffit-elle ? Pour répondre à cette question, il faudrait d’ailleurs la reposer différemment : est-ce qu’il est intéressant d’explorer en totalité, 8 quintillions de planètes habitables, si c’est pour les explorer de la même façon et si c’est pour n’y apprendre rien de ce qu’on a appris sur les précédentes planètes ?

Je vous avais déjà parlé des réalités alternatives. Pour les représenter, on a coutume de montrer une vertigineuse quantité de copies de globes planétaires, s’étirant dans les profondeurs de la surface de l’écran, à la façon de l’effet produit par un objet placé au beau milieu d’un hall de miroirs s’auto-réfléchissant eux-mêmes.

No Man’s Sky forme une quasi parfaite expression du sentiment que je voulais vous communiquer à ce sujet, d’avoir affaire à un univers qui dans sa grande majorité, est formellement répétitif, et qui dans la superficie du détail se permet quelques petites variations cosmétiques, lesquelles rassurons-nous, ne changent rien au global.

Il reste donc au jeu : simplement, l’effet de cette « petite variation aléatoire ».

L’effet de cette petite variation aléatoire, est la genèse d’une petite curiosité dans l’âme.

On désire savoir ce que ça ferait si … on croisait une tête de lézard géante avec une crête en forme de queue de chien et des pieds de poule sans corps manifeste… On désire voir ces nuances, ces petites variations cosmétiques. On relance ce jeu, pour tuer le temps, se dit-on mais avec au fond de l’âme, une espèce de curiosité, accompagnée d’un petit plaisir coupable à satisfaire sa vue, avec des formes de vie issues du hasard le plus dru.

Dans ce sens, et même si c’est d’une façon peu réaliste mal achevée, ou rudimentaire, No Man’s Sky rempli son petit cahier des charges, exclusivement pour un marché de niche, marché qui peut s’en contenter s’il n’est pas dupe des artifices du marketing lequel aura tenté de refourguer ce jeu à n’importe quel prix, même au prix de fonctionnalités illusoires (survie, et pseudo mode multi-joueurs, soit la capacité de partager collectivement la personnalisation des planètes en mettant en commun sur un même serveur leurs noms et les bases qu’on aura créées ).

No Man’s Sky, n’a finalement réussit qu’à susciter un sentiment de curiosité ténu, mais suffisamment vrai, pour subsister pendant de nombreuses heures – même si au fond, chaque planète propose une phase d’exploration dans les grandes lignes quasi similaires à celle d’avant.

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Car si l’on essaie d’utiliser une analogie, présentons ces quintillions de planètes comme un jeu de cartes de visites imprimées par ordinateur, empilées bien droit, et s’élevant à la hauteur d’un gratte-ciel : personne n’aurait l’idée saugrenue de vouloir déjà regarder toutes les cartes de visite une par une, et pourtant, le logiciel d’édition aura changé ici la taille de la police, et là, la forme des premières lettres, ou alors, la couleur du titre, et peut-être, l’épaisseur du logo : même cette expérience est de nature quasi quantique, il n’en reste pas moins que l’expérience qui consiste à tirer et à lire ces cartes de visite au final « similaires » est terriblement répétitive.

En conséquence, si ce qu’il y a au loin au sein des autres systèmes stellaires, est autant similaire à ce que le système stellaire actuel offre : pourquoi s’évertuer à voyager d’étoiles en étoiles ?

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C’est probablement parce qu’ils sont enfin parvenus à faire ce ce constat que l’exploration des mondes forme une expérience trop répétitive pour être « suffisamment motivante », que les développeurs du jeu auront fini par ajouter une nouvelle perspective à l’exploration contemplative proposée : la perspective de la sédentarité.

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Faut se caser

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Oui, oui, vous avez bien lu, le mieux qu’on puisse faire dans un monde si vaste, qu’on a expérimenté entièrement en n’en visitant qu’une partie représentative, avant de se lasser profondément de sa morne similitude avec lui-même, c’est devenir sédentaire, et construire, bâtir, investir dans le déploiement immobilier, dans une station situé au cœur du terroir, au contact du marché local. Oui, le mieux qu’on puisse faire, au lieu de voyager du « connu » vers le « connu », c’est de rester là où l’on est – au moins, on n’est pas déçu du voyage.

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C’est à dire qu’après quelques mois de mise en service, et à la suite d’une impressionnante défection des joueurs, le jeu se dote d’une mise à jour majeure où l’on propose la construction de bases au sol des planètes, bases formées à partir de « modules » préfabriqués qui s’emboitent et/ou s’empilent, qui s’enchaînent les uns aux autres et dans lesquels ont peut habiter, vivre, et qu’on peut même montrer aux autres sur internet, comme l’heureux propriétaire qu’on est sur sa planète vide rien qu’à soi.

Et c’est à qui produira visiblement la base la plus grosse ou la plus tordue à coup de préfabriqués, et dont la vocation est somme toute, similaire aux bases aux surfaces beaucoup plus petites, à savoir : faire du commerce de ressources avec l’explorateur, avec le voyageur, qui veut encore voir ce que la prochaine planète a de si différent.

Parce que, devenir propriétaire d’une petite station de l’espace paumée, au milieu de nulle part, c’est peut-être ça finalement, l’aboutissement.

Sur le coup, suite à cette mise à jour, corrigeant pas mal de bogues graphiques, et regardant fièrement les planètes depuis ma nouvelle petite station de deux pièces plantée au beau milieu de rien, j’avais cru voir des lignes denses, dans le ciel, comme des sortes de filaments qui semblaient suivre les forces électromagnétiques planétaires, et je me disais peut-être que ces lignes avaient un sens nouveau, qu’elles étaient enfin les traces d’un phénomène naturel du style « ceinture de Van Allen », qui rendraient peut-être l’exploration spatiale différente… Ou plus difficile ? Mais en fait non, en suivant ces lignes, je me suis aperçu qu’elles ne servaient à rien, que c’était simplement les traces laissées par les moteurs à impulsion des vaisseaux commerciaux, sur les routes répétitives qu’ils prennent pour aller de planète en planète faire leur business.

Je me suis dit : et si c’était ça le message philosophique du jeu, le vrai sujet du jeu, à savoir que l’univers se divise en deux catégories : être ou ne pas être, de ceux qui voyagent sans un rond et finalement tournent en rond… ou être de ceux qui restent, pour s’enrichir, pour devenir ce qu’aucun autre homme n’avait jamais vraiment été avant : un commercial ?

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Au fond, le message du jeu est de plus en plus clair, cristallin, lipide, pur, comme le diamant : sur un plan strictement opératoire, l’univers n’a rien à nous apprendre de plus ultime, que les bases du commerce, et au fond, l’élévation la plus haute qu’il est possible d’atteindre au niveau de sa propre évolution en tant que créature vivante universelle, c’est d’arrêter de voyager, pour s’installer dans une planète à peu près tranquille, pour monter une boutique, et rester seul, assis comme un con, le cul sur une chaise toute la journée, derrière sa vitrine, son comptoir, et en attendant qu’un voyageur paumé vienne pour acheter et revendre un tas de quincaillerie.

Le reste : c’est du blabla, des histoires futiles, le reste n’existe pas, et d’ailleurs, on aura fini par s’en passer.

Dream

Tête Update 4.0

25/08/2016 2 commentaires

MAXIME LORRAI

Aout 2016

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